Cette semaine, éleveurs, institutions, associations et citoyens se sont retrouvés au CIRAD de Saint-Pierre pour débattre des défis de l'élevage réunionnais. L'errance animale figure parmi les problèmes les plus pressants, avec des répercussions économiques, sanitaires et sociales importantes.
La Réunion compte environ 255 000 chiens, dont 35 000 divaguent et 41 000 vivent à l'état errant. Chaque année, la Chambre d'agriculture recense plusieurs centaines d'attaques contre les exploitations agricoles et les basses-cours.
Cette situation inquiète. Les chiens errants transmettent des maladies comme la leptospirose, la brucellose et la néosporose, qui frappent durement les élevages, notamment bovins. Malgré les actions de l'État et des intercommunalités, la situation évolue peu.
Cécile Squarzoni, vétérinaire épidémiologiste et présidente d'une association de protection animale, pointe les failles des dispositifs actuels : « Les captures et euthanasies ne touchent que 5 à 10 % de la population errante et favorisent une augmentation de la reproduction chez les chiens restants. » Elle rappelle aussi que les chiens errants ne vivent que deux à trois ans, contre sept à huit ans pour les chiens divagants.
Elle refuse pourtant de voir l'errance comme une fatalité. « Des solutions existent, comme celles mises en œuvre en Italie », insiste-t-elle, appelant à s'attaquer aux causes profondes du problème.
Responsabiliser les propriétaires constitue la première étape. Cécile Squarzoni réclame des verbalisations contre les mauvais comportements et dénonce les éleveurs clandestins qui alimentent les trafics. « La sensibilisation des enfants est cruciale », ajoute-t-elle, encourageant les intercommunalités à miser sur l'éducation à la protection animale.
Un partenariat de 50 000 euros a démarré avec le rectorat pour sensibiliser 350 classes à cette problématique. Laurent Janel, représentant le sous-préfet de Saint-Pierre, a rappelé l'importance de ces actions.
Cécile Squarzoni défend une stratégie de capture, stérilisation et relâchement pour les chiens errants non agressifs. Les campagnes de stérilisation actuelles restent insuffisantes selon elle, et les actions doivent s'adapter aux données locales.
Jean-Marie Potin, président d'UFC-Que Choisir La Réunion, estime que la situation pourrait s'améliorer avec une vraie volonté politique. Sans l'engagement des maires, les solutions proposées manquent d'efficacité selon lui.
Du côté des éleveurs, l'inquiétude grandit. Yannick Gence, éleveur, tire la sonnette d'alarme : « On va droit dans le mur. Les actions menées sont insuffisantes et nous avons besoin de solutions concrètes. »
Kevin Landal, éleveur et élu à la Chambre d'agriculture, rappelle que la sécurité alimentaire dépend de la souveraineté alimentaire à La Réunion. Il appelle tous les acteurs à travailler ensemble pour valoriser la production locale et réduire les importations.


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