Dans sa première grande encyclique, intitulée Magnifica Humanitas, le pape Léon XIV appelle à « désarmer l'intelligence artificielle » et réclame un renforcement de la régulation internationale des technologies numériques. Le ton est franchement alarmiste : le souverain pontife met en garde contre des « systèmes technologiques capables d'échapper progressivement au contrôle humain », notamment dans les domaines militaires, de la désinformation et de la surveillance de masse.
Le texte dénonce aussi ce que Léon XIV nomme de « nouvelles formes d'esclavage » : travailleurs invisibles chargés d'entraîner les IA, ouvriers surexploités dans les chaînes de production technologiques, dépendance croissante des sociétés aux plateformes numériques. Une critique qui vise explicitement certains géants de la tech, accusés de propager une « culture de la puissance ».
La métaphore de la tour de Babel traverse l'encyclique. La course mondiale à l'intelligence artificielle y est comparée à cette quête de puissance sans réflexion morale. Le pape y voit une humanité réduite à devenir « consommatrice passive » de contenus générés artificiellement, dépouillée de toute pensée critique et de toute créativité personnelle.
Le choix du nom papal n'est pas fortuit. Le Vatican place Léon XIV dans la filiation directe de Léon XIII, auteur en 1891 de Rerum Novarum, texte fondateur de la doctrine sociale de l'Église face aux bouleversements de la révolution industrielle. En 2026, ce ne sont plus les machines des usines qui inquiètent Rome, mais les algorithmes, les IA génératives et leur capacité à remodeler l'information, le travail et les relations humaines.
L'encyclique aborde également un terrain plus inattendu : la mémoire de l'esclavage. Léon XIV reconnaît les lenteurs historiques de l'Église catholique à condamner clairement cette pratique et demande « pardon » au nom de l'institution pour cette « blessure dans la mémoire chrétienne ». Un geste rare, par lequel le nouveau pontificat entend replacer les grands enjeux contemporains — technologiques comme historiques — dans un cadre moral et spirituel qu'il compte visiblement occuper pleinement.


7 commentaires
Le point sur les travailleurs invisibles, je le vois côté corps aussi. Des patients indépendants qui bossent des nuits entières à alimenter des contenus pour des outils qui les remplaceront peut-être demain, lé pa fasil à porter sur le long terme. Le burnout des micro-entrepreneurs du numérique, c'est déjà sur mes tables.
La tour de Babel comparée à la course à l'IA, ça résonne. Dans le tourisme marin on voit la même chose : des plateformes qui agrègent tout, qui capturent les clients, et nous on devient juste des sous-traitants de leur algorithme. Sauf que nous, si les récifs crèvent, y'a rien pour remplacer. La régulation dont parle le pape, ça fait longtemps qu'on en réclame une dans le secteur maritime aussi, on n'est jamais entendus.
La partie sur les nouvelles formes d'esclavage, ça touche. Dans mon secteur, on voit déjà des plateformes intermédiaires qui captent tout et laissent les intervenants à domicile avec rien.
Ce qui me frappe c'est la comparaison avec la tour de Babel, elle fait écho à des débats qu'on avait à Nantes dans des cercles tech autour de la gouvernance des IA. Le Vatican qui prend position aussi fortement, ça aurait été impensable il y a dix ans. Je me demande si l'UE va s'appuyer sur ce texte dans les prochaines négociations autour de l'AI Act, ça donnerait une caution morale supplémentaire à la régulation.
Un pape qui parle de "culture de la puissance" et de géants de la tech, franchement ça m'aurait fait sourire il y a quelques années. Mais là sur mes chantiers, j'ai des gamins qui arrivent incapables de lire un plan papier parce qu'ils ont grandi avec des applis qui mâchent tout. Le truc de la pensée critique dépouillée, lé pa fasil à reconnaître mais je le vois tous les jours.
Je suis partagée. D'un côté les outils IA m'ont vraiment aidée à scaler mon activité cosmétique, génération de visuels, textes produits, planification réseaux. De l'autre, le point sur les "travailleurs invisibles" qui entraînent les modèles, ça m'avait déjà percutée en lisant des articles là-dessus. Y'a une vraie contradiction à utiliser ces outils sans se poser ces questions-là. L'encyclique n'a pas tort sur ce point précis.
Article intéressant, mais une petite précision s'impose : Rerum Novarum date bien de 1891, c'est exact, mais il faudrait rappeler que ce texte répondait aussi à la montée du socialisme marxiste, pas uniquement aux abus industriels. Le parallèle avec l'IA est séduisant, mais la comparaison mérite d'être nuancée, car les enjeux de régulation internationale en 2026 n'ont pas le même cadre institutionnel qu'au XIXe siècle. Cela dit, l'angle historique est bien traité.