La Réunion n'est pas directement menacée par les tensions autour du détroit d'Ormuz. C'est le message que font passer les professionnels du numérique de l'île, alors que l'Iran envisage de taxer les câbles sous-marins traversant ce passage stratégique du Golfe persique. Les fibres optiques qui relient La Réunion au reste du monde passent par d'autres routes — Maurice, Madagascar, l'Afrique du Sud, l'Inde — sans toucher cette zone de friction.
« Non, aujourd'hui, La Réunion n'est pas concernée directement », confirme Normane Omarjee, président de La Réunion Connectée, anciennement THD. « Les câbles reliant l'île passent principalement par Maurice et par des axes tournés vers l'Afrique australe et l'Inde, loin du détroit d'Ormuz. Il n'y a pas d'impact vis-à-vis de l'Iran. » Aucune coupure Internet locale n'est donc à craindre à court terme.
L'annonce iranienne a néanmoins ouvert un autre débat. Derrière la question technique des câbles sous-marins se pose un problème plus structurel : la dépendance des territoires insulaires à des flux mondiaux qu'ils ne maîtrisent pas. « L'océan Indien, le maritime et le numérique sont des sujets extrêmement sensibles dans un contexte de conflit mondial », dit Normane Omarjee. « Quand on vit sur un territoire insulaire, chaque tension géopolitique mondiale finit par avoir des conséquences directes. »
La Réunion en a fait l'expérience depuis la crise du Covid. Conteneurs difficiles à acheminer, rotations maritimes plus coûteuses, inflation importée, billets d'avion en hausse dès que le kérosène flambe. « Pour aller de Paris à Lyon, on peut prendre le train. Nous, non », résume le président de La Réunion Connectée. Située à plus de 9 000 kilomètres de l'Hexagone, l'île absorbe les chocs sans alternative.
Les câbles sous-marins obéissent à la même logique de vulnérabilité. Invisibles du grand public, ces infrastructures de fibres optiques transportent la quasi-totalité des communications numériques mondiales — données bancaires, échanges gouvernementaux, services cloud, appels internationaux. Une rupture majeure suffirait à paralyser des économies entières. Dans l'océan Indien, le maillage reste complexe et la souveraineté numérique, un enjeu politique autant que technologique.
Si l'Iran allait au-delà de simples taxes — en perturbant ou en contrôlant activement certaines infrastructures stratégiques —, le dossier changerait de nature. « Là, on serait sur un sujet d'État », estime Normane Omarjee. « Ce serait une question de relations internationales, de Commission européenne, d'affaires étrangères. » Pour l'heure, aucun impact direct n'est identifié sur les câbles qui alimentent l'île. La fragilité, elle, est bien réelle.


6 commentaires
@Jean-Claude B., ton client informaticien a raison et les câbles sous-marins c'est exactement pareil que les routes maritimes, tu coupes un axe stratégique et ça se répercute partout. Ce qu'il faut savoir c'est que les câbles qui passent par Maurice et l'Afrique du Sud, on les voit jamais mais y'a des noeuds de transit là-dessus qui font transiter des volumes de données dingues pour toute la zone. Lé pa fasil de diversifier ça du jour au lendemain, contrairement à une route maritime où tu peux toujours chercher un autre affréteur. Le jour où un câble pose vraiment problème dans l'océan Indien, on va regarder les délais de réparation et là personne sera content.
Moi ce qui me parle dans cet article c'est la comparaison avec les conteneurs. Depuis le Covid, j'attends mes matériaux deux fois plus longtemps et je paye parfois le double. Alors oui, les câbles internet c'est le même principe, on dépend de tout ce qui se passe dehors sans avoir la main dessus. Sur mes chantiers, une coupure internet ça veut dire plus de bon de commande dématérialisé, plus d'accès aux plans en ligne, le gamin qui peut plus pointer sur l'appli. C'est plus comme avant où t'avais tout en papier.
J'avais un client cette semaine, informaticien, qui m'a dit exactement pareil dans la voiture. Il m'a dit "Jean-Claude, si un jour le câble coupe, t'as même plus ta CB qui marche à la station". J'avoue j'y avais jamais pensé sous cet angle.
Paul Virilio écrivait que la vitesse des communications crée l'illusion d'un monde sans distance, mais que c'est justement dans les crises que la distance revient frapper à la porte. Cette phrase sur Paris-Lyon et le train, c'est exactement ça. On dirait une évidence, mais elle dit tout de la condition insulaire. Un câble sectionné et c'est toute une économie qui retrouve soudainement sa géographie réelle.
Article intéressant. En Bretagne, le sujet de la dépendance aux câbles sous-marins revient souvent dans les discussions sur la souveraineté numérique, mais là-bas y'a quand même d'autres options terrestres en cas de crise. Ici c'est vraiment différent, on est en bout de chaîne sur tout. Je trouve que Normane Omarjee met bien le doigt sur quelque chose que les gens sous-estiment : la vraie fragilité ce n'est pas Ormuz aujourd'hui, c'est l'absence d'alternative structurelle demain.
Moi j'entends tout ça et je me dis que les jeunes d'aujourd'hui réalisent pas la chance d'avoir internet partout, tout le temps. On vivait bien sans avant, mais bon, c'est plus le monde d'avant. Ce qui me fait peur c'est que quand ça coupe, tout s'arrête, même les soins à distance, même les ordonnances en ligne. La dépendance lé pa fasil à porter pour un petit île comme nous.