Le BSAOM Champlain a quitté le dock flottant Titan ce jeudi 28 mai au matin. Après deux mois d'arrêt technique au Grand Port maritime de La Réunion, le bâtiment de soutien et d'assistance outre-mer de la Marine nationale a achevé une révision décennale portant sur la coque, les moteurs et plusieurs équipements de communication.
Le commandant Augustin de Cordoüe décrit un chantier de grande ampleur : « entretien de la coque, remise en peinture du navire, grosse maintenance sur les moteurs qu'on a entièrement démontés pour les contrôler, changer les pièces et les remettre à neuf pour qu'ils puissent repartir pour dix ans ». Le navire a aussi été équipé de caméras haute définition et de nouvelles liaisons satellites pour renforcer ses capacités de communication.
L'équipage n'a pas été mis à l'écart pendant les travaux. Mécaniciens, électriciens et équipes de sécurité ont participé chaque jour aux opérations et à la surveillance du bâtiment. « L'équipage est très loin d'être en vacances, c'est une période très dense pour tout le monde », dit le commandant. Le Champlain doit rejoindre la darse Fouc pour finaliser les dernières opérations techniques, avant des essais en mer prévus à la mi-juin. Un retour en mission est attendu d'ici la fin du mois.
Ce chantier a aussi une portée pour la filière réunionnaise de réparation navale. Gilles Ham-Chou-Chong, directeur général adjoint du Grand Port maritime, indique que « des contacts ont déjà été pris pour amener d'autres navires se faire réparer à La Réunion ». Un premier navire de pêche doit prochainement entrer en arrêt technique sur le dock Titan. « On peut dire que La Réunion est désormais sur la carte des ports capables de faire de la réparation navale », affirme-t-il.
Des perspectives plus larges circulent déjà. Les tensions autour du détroit d'Ormuz compliquent l'accès aux infrastructures spécialisées du Golfe, ce qui pourrait pousser certains armateurs à chercher une escale technique dans l'océan Indien — y compris pour des yachts et des navires haut de gamme. Rien de formalisé à ce stade, mais l'hypothèse est déjà dans les esprits au port.


10 commentaires
Je vois pas trop le lien avec mon quotidien de soignante au départ, et puis je lis la partie sur l'équipage qui reste mobilisé deux mois sur place et ça me parle. En libéral on connait bien ces périodes où on est censé être "à l'arrêt" mais on continue quand même à tourner. Bonne nouvelle pour le port en tout cas.
Ce que j'aurais aimé voir dans l'article c'est la stratégie de communication du Grand Port pour attirer ces fameux armateurs. Parce que "des contacts ont déjà été pris" c'est bien, mais dans mon boulot on sait que sans visibilité sérieuse en ligne, sans présence dans les salons spécialisés, ça reste du bouche-à-oreille. Le péi-la mérite mieux que ça pour se vendre à l'international.
Article intéressant, mais je me permets une petite précision pour les lecteurs : un BSAOM n'est pas un navire commercial ordinaire, il relève du budget de la Défense nationale, ce qui signifie que ce chantier est financé par l'État et non par le Grand Port maritime lui-même. La distinction a son importance quand on parle de retombées économiques locales, car les règles de commande publique militaire ne sont pas les mêmes que celles d'un armateur privé. Cela ne retire rien au signal positif pour la filière réunionnaise, mais il faudrait savoir quelle part exacte des prestations a été réalisée par des entreprises réunionnaises, et non simplement sous-traitée à des groupes extérieurs.
@Bichik, t'as raison sur le fond, mais j'essaie de rester prudent sur l'enthousiasme. La phrase sur les armateurs du détroit d'Ormuz qui viendraient réparer leurs yachts à La Réunion, c'est de la prospective très floue. "Rien de formalisé à ce stade" dit l'article lui-même. On a un chantier réussi sur un navire de la Marine nationale, c'est bien, mais passer de là à se positionner comme hub de réparation navale haut de gamme dans l'océan Indien, ça demande des investissements, des certifications, et une main d'oeuvre spécialisée qu'on n'a pas forcément en volume. J'attends de voir des contrats signés avant de crier victoire.
@Rafiki, la position géographique de l'île c'est exactement l'argument, et ça fait des années que personne n'avait vraiment capitalisé dessus pour la réparation navale. Les nouvelles liaisons satellites installées sur le Champlain, ça me paraît presque plus intéressant que la peinture de coque, parce que c'est le genre d'upgrade qui montre que les équipages embarquent avec des outils sérieux. Si le port attire des navires haut de gamme, j'imagine le niveau de connectivité qu'ils vont exiger, et là ça peut devenir un vrai sujet tech local.
C'est une bonne nouvelle pour le port, mais j'espère que derrière ces grands chantiers navals, on pense aussi à ce que ça change pour les petits producteurs du sud. Nous à Saint-Jo on travaille la terre, on vend en circuit court, et franchement ce qu'on entend c'est toujours le même discours sur les grandes filières qui vont transformer le péi-la, mais le miel artisanal ou le rhum arrangé i fo se battre pour les placer ailleurs qu'au marché forain. Les yachts haut de gamme qui viendront se réparer ici, ils emmèneront leurs provisions de où, sûrement pas de chez nous.
Dans les hauts on entend pas trop parler de ce qui se passe au port, mais quand je descends à Saint-Denis pour vendre mes légumes le samedi matin, on voit bien l'activité là-bas. Si La Réunion peut garder ce genre de chantier sur l'île plutôt que d'envoyer les bateaux ailleurs, c'est du travail pour nos enfants qui veulent rester au péi. Les jeunes de Salazie partent trop souvent.
"La Réunion est désormais sur la carte des ports capables de faire de la réparation navale." Cette phrase, on aurait pu l'écrire il y a quarante ans si les choix avaient été différents.
Une de mes clientes travaille au port, elle m'avait justement parlé du Champlain la semaine dernière en se faisant coiffer. Deux mois de chantier et l'équipage qui reste là tous les jours, elle m'a dit que c'était une sacrée organisation. Contente de lire l'article pour avoir les détails !
Ce qui me frappe dans cet article, c'est la phrase sur les armateurs qui cherchent une escale technique dans l'océan Indien. Quand je guide des groupes dans les cirques, je leur parle souvent de la position géographique de l'île, carrefour de routes maritimes anciennes. Que le péi-la redevienne un point d'appui sur ces routes, ça a quelque chose d'historique. J'espère juste qu'on pense aussi à ce que ça implique pour le littoral si l'activité navale grossit vraiment.