SpaceX a réalisé le 12e vol d'essai de son Starship dans la nuit de mercredi à jeudi, avec pour la première fois en conditions réelles la troisième génération du lanceur géant. Le vaisseau a amerri dans l'océan Indien environ une heure après son décollage depuis Starbase, au sud du Texas, sous les acclamations des équipes réunies devant la retransmission en direct.
La méga-fusée de 124 mètres, pesant 5 500 tonnes au décollage, emportait 20 satellites Starlink factices. Premier lancement de l'année 2026, ce vol était aussi le baptême du feu de la version V3 : une itération inédite dotée d'une avionique améliorée, de ports de test pour un futur système de ravitaillement en vol, et des tout premiers moteurs Raptor 3 — plus puissants et plus légers — jamais utilisés en vol réel. L'étage inférieur Super Heavy, de son côté, est retombé séparément dans le golfe du Mexique six minutes après le décollage.
Le bilan est positif, malgré des dégâts visibles pendant la descente hypersonique : des tuiles du bouclier thermique et des fragments métalliques se sont détachés, et les volets de direction ont subi des dommages sérieux. Ils ont néanmoins tenu suffisamment longtemps pour permettre l'amerrissage contrôlé, nez vers le haut, tel que prévu.
Ce vol intervient à un moment particulier pour SpaceX. La société aurait déposé le 21 mai des documents liés à une introduction en bourse auprès des autorités financières américaines, visant une levée de fonds entre 75 et 80 milliards de dollars — ce qui en ferait potentiellement l'une des plus importantes de l'histoire des marchés financiers. Le résultat de ce test était donc suivi bien au-delà des cercles aérospatiaux.
Les ambitions du programme sont considérables. SpaceX prévoit d'utiliser Starship pour déployer ses satellites Starlink à large bande dans la seconde moitié de 2026, puis ses satellites V2 mobiles en 2027. La NASA compte sur le véhicule comme atterrisseur lunaire dans le cadre de la mission Artemis IV, prévue en 2028. La société évoque aussi le lancement de centres de données IA en orbite, alimentés à l'énergie solaire, et un futur survol de Mars par le milliardaire Chun Wang. Pour soutenir ce rythme, SpaceX déclare avoir investi 3 milliards de dollars en recherche et développement sur le programme en 2025, et 930 millions supplémentaires au premier trimestre 2026 seulement.


6 commentaires
@David, la zone d'amerrissage dans l'océan Indien est choisie pour des raisons de trajectoire orbitale, donc on est probablement loin à vue d'oeil depuis la côte. Ce qui me frappe moi, c'est que quand j'étais à Nantes il y a quelques années, ce genre d'actu spatiale restait très abstraite. Ici, le simple fait que l'océan Indien soit cité change quelque chose, y'a une proximité géographique inattendue avec des programmes qui semblent venir d'un autre monde.
Ce qui m'intéresse ici c'est moins le vol que la rhétorique autour des "centres de données IA en orbite alimentés à l'énergie solaire". On est exactement dans le même registre que ces projets immobiliers qui promettent l'éco-quartier du futur et livrent du béton ordinaire deux ans après. La différence c'est qu'à 124 mètres de hauteur et en orbite, personne ne viendra constater les dégâts sur les tuiles thermiques. Des volets de direction endommagés lors d'une descente hypersonique, ça s'appelle un incident sérieux, pas un "bilan positif".
124 mètres et 5 500 tonnes, alé, c'est vertigineux comme chiffres. Respect à toutes les équipes derrière ça.
Ce qui me frappe dans cet article, c'est la densité des enjeux qui se superposent : le technologique bien sûr, mais aussi le financier, le géopolitique, et même le spatial au sens littéral du terme. On parle d'une fusée qui amerrit dans notre océan pendant qu'une IPO potentielle de 80 milliards se prépare discrètement à Washington. Pour ceux qui veulent comprendre comment la course commerciale au spatial a évolué depuis les années 2000, je recommande de lire les travaux de Mariana Mazzucato sur l'entrepreneuriat d'État, qui relativisent beaucoup l'image du génie privé solitaire. Le financement NASA derrière Artemis IV, c'est quand même de l'argent public qui porte le projet.
Franchement ça me dépasse un peu tout ça, moi je suis resté bloqué sur "océan Indien"... c'est chez nous quand même ! On aurait pu voir des débris depuis le lagon de Saint-Leu ou quoi ?
L'article mentionne un dépôt de documents liés à une introduction en bourse, mais il faut être prudent sur la terminologie : un dépôt confidentiel auprès de la SEC n'est pas encore une IPO formalisée. SpaceX reste une société privée et ces documents peuvent très bien rester sans suite publique pendant des mois. Ce qui est certain, c'est que valoriser une entité à 75 milliards soulève des questions de gouvernance que les marchés européens ne traiteraient pas de la même façon.