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ChapsVision bat Palantir : la tech souveraine européenne s'impose

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ChapsVision bat Palantir : la tech souveraine européenne s'impose

Jean-Sébastien Suze, directeur général de NP6, et Guillaume Leman, COO Retail de ChapsVision. Crédit : ChapsVision


La startup parisienne ChapsVision a évincé Palantir au BfV allemand. Contrats DGSI, Bundeswehr en vue : comment une entreprise de 6 ans bouleverse le marché du renseignement.

Un contrat stratégique arraché à Palantir

Le Bundesamt für Verfassungsschutz a tranché. Le contre-espionnage intérieur allemand a retenu ArgonOS, la plateforme de ChapsVision, pour équiper ses analystes en outils d'analyse de données massives — écartant ainsi Palantir, le géant américain cofondé par Peter Thiel et dirigé par Alex Karp . Le choix, révélé par le Süddeutsche Zeitung, fait du BfV la première agence fédérale allemande à opter officiellement pour une alternative européenne .

Pas anodin. Six ans après sa fondation, une entreprise parisienne supplante sur le terrain de la sécurité nationale un acteur qui croyait avoir verrouillé ce marché. Ce n'est pas le premier coup : en 2024, ChapsVision avait déjà remporté l'appel d'offres OTDH1 de la DGSI française, toujours aux dépens de Palantir, et au détriment de la joint-venture Athea portée par Thales et Atos .

La posture des responsables allemands est, en fait, explicite. Le vice-amiral Thomas Daum, responsable de la cyberdéfense de la Bundeswehr, jugeait tout simplement « inconcevable » d'accorder à des salariés d'une entreprise américaine privée l'accès aux bases de données nationales . Sinan Selen, directeur du BfV, formule la même orientation en des termes plus diplomatiques : « Nous sommes bien avisés d'affûter notre focus européen. »

ArgonOS : une plateforme souveraine taillée pour le renseignement

ArgonOS agrège des données issues de bases internes, de sources ouvertes — l'OSINT — et du Darknet, propulsée par l'intelligence artificielle et hébergée sur un cloud souverain en environnement isolé . La promesse technique, au fond, repose autant sur l'architecture que sur la localisation des données : rien ne transite hors d'un périmètre contrôlé.

ChapsVision n'a pas construit cette capacité à partir d'une feuille blanche. La société a réalisé 29 acquisitions en cinq ans, dont Deveryware, Systran et Sinequa — ce dernier étant utilisé par Netflix, Boeing et la NASA . Un portefeuille construit à marche forcée, qui lui permet aujourd'hui d'afficher environ 200 millions d'euros de chiffre d'affaires et plus de 2 000 clients dans 40 pays .

Derrière la trajectoire, un fondateur au profil atypique dans l'écosystème deeptech français. Olivier Dellenbach avait créé ChapsVision en 2019 après avoir cédé le logiciel E-Front à BlackRock pour 500 millions de dollars . La capacité à construire puis céder une plateforme à ce niveau de valorisation n'est pas sans lien avec la méthode de consolidation rapide qui caractérise ChapsVision depuis sa création.

Palantir sous pression juridique et politique en Europe

La position de Palantir en Allemagne reste, malgré ces revers, partiellement ancrée. Son logiciel Gotham équipe encore les forces de police de trois Länder, dont la Bavière et la Hesse . Mais le terrain se fragilise sur le plan judiciaire — et la dynamique est défavorable.

En 2023, la Cour constitutionnelle fédérale allemande avait jugé inconstitutionnelle l'exploitation automatisée et indiscriminée des données par la police hessoise via Palantir . Résultat ? Deux nouvelles plaintes déposées par la Gesellschaft für Freiheitsrechte, visant cette fois la Bavière et la Hesse, sont actuellement en attente de jugement .

Les marchés ont intégré une partie de cette incertitude. Le titre Palantir a perdu environ 20 % depuis janvier, malgré des résultats financiers jugés solides par les analystes . Une décote qui traduit, au moins partiellement, les interrogations sur la capacité de l'entreprise à maintenir ses positions en Europe dans un environnement réglementaire et politique de plus en plus contraignant.

La proximité historique de Peter Thiel avec Donald Trump, connue et assumée, pèse-t-elle désormais comme un facteur de risque dans les appels d'offres souverains européens ? Le cas allemand suggère que la question est au moins posée dans les directions générales des agences concernées.

La Bundeswehr, prochain enjeu de la bataille des données

Le prochain test grandeur nature se profile cet été. La Bundeswehr évalue trois candidats pour son cloud de défense : Almato, basé à Stuttgart, Orcrist, basé à Berlin, et ChapsVision, basé à Paris . Un contrat attendu avant la fin de l'année 2025 .

La configuration est différente des précédents marchés. ChapsVision se retrouve cette fois en concurrence directe avec deux acteurs allemands, sur un contrat où la préférence nationale pourrait peser autrement que dans un face-à-face avec un opérateur américain. L'efficacité technologique ne sera pas le seul paramètre.

L'enjeu dépasse, en tout état de cause, le seul périmètre de ce contrat. La Bundeswehr constituerait un signal politique sur la capacité de l'industrie européenne à traiter ses propres données de défense sans dépendance extra-continentale. ChapsVision, en remportant successivement la DGSI puis le BfV, a construit en six ans une crédibilité opérationnelle que peu d'acteurs européens pouvaient revendiquer avant elle. Le marché de la tech souveraine, longtemps dominé par des rhétoriques sans contrats à l'appui, commence à produire des références concrètes.

Sources

  1. ChapsVision, la pépite française qui fait plier Palantir en Allemagne - OpexNews

13 commentaires

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L
Lulu 18/05/2026 à 09:26

Bon moi je comprends pas tout à ces histoires de cloud et de renseignement, mais une chose que je sais c'est que quand tu tiens un commerce, tu donnes pas tes recettes à n'importe qui. J'ai une cliente qui travaille dans l'informatique, elle m'avait expliqué un truc similaire sur les données des entreprises, et j'avais trouvé ça logique sur le moment. Là c'est pareil mais à l'échelle d'un pays entier, et finalement c'est du bon sens, non ?

K
KékéSurf 18/05/2026 à 09:01

29 acquisitions en cinq ans, ça fatigue rien que d'y penser.

P
PtiBatik 18/05/2026 à 08:35

Ce qui me frappe c'est l'image que ça donne, une petite structure de six ans qui efface une marque américaine sur son propre terrain. Dans mon atelier, quand un tissu local tient face à un imprimé industriel importé, c'est exactement cette sensation. Ça prouve juste que la qualité et la confiance valent plus qu'un grand nom.

O
Olivier 18/05/2026 à 08:18

Je suis pas du tout dans ce secteur, mais ce que je lis me rappelle quelque chose. Quand notre coopérative a décidé de pas confier le stockage de nos données à une plateforme basée à l'étranger, tout le monde nous a regardés de travers. Aujourd'hui on regrette pas. Les Allemands font pareil à leur niveau, i fo croire que le raisonnement est bon.

A
Anaëlle 18/05/2026 à 07:54

@Sophie, merci pour la précision sur la licorne, c'est utile. Du coup ça m'amène une autre question : est-ce que ChapsVision a déjà levé des fonds auprès de VC ou bien le modèle repose entièrement sur les acquisitions financées par la revente d'E-Front à BlackRock ? Parce que si c'est le cas, c'est un modèle de croissance qu'on voit assez rarement dans nos cours.

A
Alex 18/05/2026 à 07:46

200 millions de CA obtenus en grande partie par acquisitions, c'est pas la même chose que 200 millions générés en organique. Je veux bien qu'ArgonOS soit solide techniquement, mais est-ce que quelqu'un a un lien vers une analyse indépendante de la plateforme ? Parce que gagner des appels d'offres souverains peut aussi tenir à des critères politiques et non à la supériorité technique réelle. Je demande juste à voir.

A
Anaëlle 18/05/2026 à 07:43

Question peut-être un peu basique mais est-ce que ChapsVision est considerée comme une licorne française à ce stade ? Avec 200 millions de chiffre d'affaires et ces contrats souverains, je me demande comment on évalue la valorisation d'une boîte qui n'est pas cotée. C'est le genre de cas qu'on nous cite jamais en cours et pourtant ça me semble super concret.

K
Kelly 18/05/2026 à 07:41

@Mickaëla, je comprends ce que tu ressens, mais attention à ne pas idéaliser trop vite. Quand une entreprise fait 29 acquisitions en cinq ans, ce sont des dizaines d'équipes RH absorbées, des cultures d'entreprise qui disparaissent, des gens qui se retrouvent du jour au lendemain avec un nouveau badge et un nouveau N+1. J'ai vécu une fusion dans ma PME il y a trois ans et même à petite échelle c'est dur à digérer pour les équipes. La conviction du fondateur c'est une chose, mais derrière y'a aussi beaucoup de monde qui subit la croissance plus qu'il ne la choisit.

S
Sophie 18/05/2026 à 07:37

@Anaëlle, la notion de licorne (valorisation supérieure à un milliard de dollars) repose sur la valorisation en capitaux propres, pas sur le chiffre d'affaires — donc les 200 millions de CA ne suffisent pas à trancher. Il faudrait connaître la dernière levée de fonds ou une éventuelle valorisation cotée. Ce qui est sûr, c'est que la stratégie d'acquisitions à cette cadence implique généralement une structure de dette significative, et ça change beaucoup le profil financier réel de l'entreprise.

H
Hugo 18/05/2026 à 07:36

Ce qui m'étonne c'est la vitesse, 29 acquisitions en cinq ans c'est une cadence qu'on voit rarement en dehors de certains acteurs anglo-saxons. À Nantes y'a des boîtes deeptech sérieuses mais elles progressent différemment, plus organique. La consolidation à marche forcée que décrit l'article, ça peut créer de la valeur vite mais ça génère aussi des risques d'intégration pas toujours visibles de l'extérieur. Je me demande si la culture interne suit à ce rythme-là.

J
Jean-Marc 18/05/2026 à 07:33

Bon, je connais rien à ces histoires de renseignement et de cloud, mais une chose que je comprends c'est qu'un client qui préfère pas donner ses clés à un étranger, c'est du bon sens. Moi sur mes chantiers je confie pas mes plans à n'importe qui. Le reste c'est du jargon de costume mais le principe il est simple.

D
David 18/05/2026 à 07:31

Franchement ça fait du bien de lire ça, même si ça parle de tech parisienne et pas du péi. Mais au moins c'est européen et pas encore une boîte américaine qui vient aspirer toutes les données. On est bien placés pour savoir ici ce que ça fait quand des décisions se prennent à 10 000 kilomètres de chez vous.

M
Mickaëla 18/05/2026 à 07:24

Cette histoire me touche vraiment, parce qu'elle montre qu'on peut construire quelque chose de solide en partant de ses propres convictions. Quand une entreprise choisit de garder les données chez elle, dans un espace protégé, c'est une forme de respect de soi et des autres. C'est inspirant de voir que l'Europe commence à croire en ses propres ressources.