La Communauté intercommunale Réunion Est (Cirest) et l'Agence française de développement (AFD) ont signé lundi 20 juillet une convention de subvention de 400 000 euros, alors que la situation hydrologique dans l'Est de l'île atteint des niveaux qualifiés d'« historiquement faibles ». Selon Laurent Jean-François, directeur du service eau et assainissement de la Cirest, les dernières pluies n'offrent qu'une marge de 10 à 15 jours sur la ressource disponible avant un nouveau risque de coupures, faute de précipitations suffisantes.
L'argent ne financera pas directement des travaux. Abondée par le ministère des Outre-mer via le Fonds Outre-mer, la subvention couvrira quatre ans d'assistance à maîtrise d'ouvrage sur les volets technique, financier, administratif et juridique. L'objectif est de préparer et sécuriser plusieurs opérations inscrites dans la feuille de route de plus de 90 millions d'euros dévoilée par la Cirest ces dernières semaines.
Deux chantiers sont particulièrement visés : la future unité de potabilisation de l'Olympe à Saint-Benoît et l'extension de la station d'épuration de Chemin l'Étang à Saint-André. Sur ces deux dossiers, l'État a déjà acté des mises en demeure. Pour Christophe Dias, directeur régional adjoint de l'AFD, la subvention doit permettre de mieux préparer les investissements, de sécuriser les financements et le suivi des contrats, de consolider les outils de prospective financière et de renforcer les compétences des équipes. L'agence se dit par ailleurs prête à intervenir ultérieurement via des prêts et des financements bonifiés, une fois les projets suffisamment avancés.
La crise en cours donne à cette signature un relief particulier. La saison des pluies écoulée est présentée comme la plus sèche depuis le début des mesures de Météo-France. L'alimentation en eau de l'Est repose encore largement sur des ressources superficielles, qui réagissent bien plus vite au déficit pluviométrique que les nappes souterraines. Laurent Jean-François a repris l'image utilisée lors du comité sécheresse : « Si un réservoir a besoin de 20 litres et qu'une pluie n'en apporte que 50 centilitres, les 19,5 litres manquants restent à combler. » Le Grand Étang, visible à sec la semaine dernière, illustre cette situation — un phénomène habituellement observé autour des mois de novembre ou décembre, et qui n'aurait été constaté que deux ou trois fois en quarante ans à cette période de l'année.
Le président de la Cirest et maire de Saint-André, Joé Bédier, a décrit un territoire au bord de la saturation. « À Saint-André, moi, je suis limite où je ne peux plus délivrer de permis de construire. Et surtout, quand on sait qu'on est en train de travailler sur le développement économique, sans eau, comment va-t-on développer l'économie ? » Il a pointé un rendement des réseaux de l'Est d'environ 55 % et une consommation deux fois supérieure à celle observée dans l'Hexagone, avant de cibler le retard pris sur la rénovation des infrastructures : « On n'a pas anticipé. »


4 commentaires
Moi j'ai des clients qui viennent de métropole pour une semaine de rando dans l'Est et ils me demandent si les cascades sont encore en eau. Qu'est-ce que je leur réponds ? Que le Grand Étang est à sec en plein mois de juillet, que les paysages qu'ils ont vus sur les photos n'existent plus pour l'instant ? Le tourisme c'est aussi une question d'image, et là l'image elle est mauvaise. Sans parler des restaurants et hôtels de Saint-Benoît ou Saint-André qui vont devoir gérer des coupures en pleine saison.
Ici à Cilaos on connaît bien les problèmes d'eau, on a vécu des coupures qui duraient plusieurs jours, et les voyageurs qui venaient dormir au gîte faisaient avec, ils comprenaient. Mais pour l'Est c'est une autre échelle, c'est beaucoup plus de monde. J'espère que les 400 000 euros serviront vraiment à préparer les choses sérieusement, parce que l'assistance à maîtrise d'ouvrage c'est bien, mais les tuyaux qui fuient eux ils n'attendent pas les rapports.
Le Grand Étang à sec en juillet, c'est quelque chose que j'aurais du mal à expliquer à mes groupes sans qu'ils restent bouche bée. Cet endroit, d'habitude brumeux, presque mystérieux même en plein été austral, il donne l'impression que la forêt respire différemment quand l'eau y circule. Voir ce miroir d'eau disparaître, c'est un signal que les randonneurs lisent mieux parfois que n'importe quel bulletin météo. Ce péi-la change, et pas qu'en surface.
Joé Bédier dit qu'il est "limite où il ne peut plus délivrer de permis de construire". On aurait pu se poser la question dix ans plus tôt, avant d'autoriser des lotissements à tour de bras dans des zones où les réseaux n'avaient déjà pas la capacité. L'urbanisation et l'eau, ça se planifie ensemble, pas l'un après l'autre.