Édouard Philippe a détaillé jeudi 20 août, dans un entretien accordé à France Mayotte Matin, une série de propositions visant à suspendre l'essentiel des voies d'immigration vers Mayotte s'il accède à l'Élysée en 2027. Le président d'Horizons était attendu dans l'archipel les vendredi 21 et samedi 22 août, avant de rejoindre La Réunion.
« Pour construire l'avenir de Mayotte, l'urgence est de fermer les vannes de l'immigration. Pas à moitié. Totalement », déclare l'ancien Premier ministre et maire du Havre. Son projet prévoit un « moratoire total sur les voies d'accès à l'immigration à Mayotte pour toute la durée du quinquennat », couvrant les demandes d'asile, le droit du sol et l'immigration familiale.
Sur le droit d'asile, Édouard Philippe annonce que « l'enregistrement de toute nouvelle demande d'asile à Mayotte sera suspendu pendant le prochain quinquennat », ajoutant que « tant que le territoire restera saturé, cette voie d'immigration restera fermée ». Il dit rester attaché au principe du droit d'asile, mais juge que la situation mahoraise appelle un régime d'exception.
Le droit du sol, déjà soumis à des conditions spécifiques à Mayotte par rapport au reste du territoire national, serait lui aussi « suspendu totalement pendant plusieurs années » selon son projet. Mayotte comptait environ 323 000 habitants au 1er janvier 2026, et près de la moitié de sa population est de nationalité étrangère.
Le candidat pointe également l'arrivée de ressortissants d'autres pays africains, en plus de l'immigration comorienne. « Quel est le sens de créer un appel d'air supplémentaire pour une immigration africaine qui vient se surajouter à une immigration comorienne hors de contrôle ? C'est absurde, hypocrite et dangereux pour le territoire », dit-il. Pour faciliter les éloignements, il propose la création d'un « centre de retour français » en Afrique de l'Est, destiné à éloigner « rapidement et massivement » les étrangers en situation irrégulière présents à Mayotte.
Ces annonces précèdent le premier déplacement d'Édouard Philippe à Mayotte. Le candidat Horizons entend structurer son programme pour le territoire autour de deux axes : « reprendre le contrôle migratoire, accélérer la reconstruction et les grands équipements ».


9 commentaires
Les politiques, ils arrivent, ils annoncent, ils repartent. La mer, elle, elle reste.
@Boug du Lagon, t'as raison que c'est pas réaliste de fermer tout d'un coup, les flux migratoires c'est comme la houle, tu peux pas juste décider que ça s'arrête. Mais j'entends aussi les gens de là-bas qui sont à bout. Ce qui me choque c'est qu'on parle de centres de retour en Afrique de l'Est, ça sonne très 2027 mais sur le terrain je vois pas comment ça se met en place concrètement. En attendant les gens continuent à traverser.
Moi ce que je vis sur le terrain à Saint-Pierre, c'est des patients qui arrivent de Mayotte en situation de détresse physique et psychologique, parfois sans papiers, et on les soigne parce que c'est notre boulot et notre humanité. Les grandes annonces de campagne c'est bien, mais qui va financer les structures de soin là-bas ? Parce que suspendre l'immigration sans reconstruire le système de santé mahorais, c'est juste déplacer le problème. J'ai mis sept ans à comprendre comment fonctionne ce péi, Mayotte c'est encore une autre réalité.
Ces situations de tension, elles rappellent que derrière les chiffres y'a des vies, des trajectoires, des gens qui cherchent simplement un endroit où se reconstruire. J'espère que quelle que soit la politique choisie, on n'oublie pas ça.
@Margaux, la question du droit d'asile suspendu par décision politique, ça fait débat depuis longtemps dans les instances européennes. Mais Mayotte a toujours été traitée à part. C'est l'histoire de ce péi-là, des règles d'exception empilées les unes sur les autres depuis des années. On voit où ça mène.
Une cliente m'a parlé de ça ce matin pendant que je lui faisais son brushing, elle a de la famille à Mayotte. Toutes ces annonces, elle était partagée.
Je vois des touristes qui viennent de Mayotte ici à Saint-Gilles pour fuir ce qu'ils décrivent là-bas, et franchement les récits sont lourds. Mais je me demande si fermer toutes les vannes comme il dit c'est vraiment réaliste, ou si c'est juste du discours de campagne. Lé pa fasil de gérer une île surpeuplée avec des ressources limitées, on le sait aussi ici à notre échelle.
Ce qui m'interpelle c'est l'impact que ça peut avoir sur l'image de nos territoires ultramarins à l'international. Quand on essaie de vendre des produits made in Réunion à l'export, l'instabilité perçue dans la zone ça joue, les acheteurs européens amalgament parfois tout. Bon après sur le fond, la reconstruction de Mayotte c'est urgent, ça tout le monde le voit.
Honnêtement je ne suis pas sûre de bien comprendre tous les enjeux ici, on vient d'arriver il y a quelques années et la situation à Mayotte me semble vraiment complexe. Est-ce que suspendre le droit d'asile totalement, c'est légalement possible avec les textes européens ? Je pose la question sincèrement. En métropole on entend souvent parler de Mayotte mais de loin, c'est différent de vivre dans l'océan Indien et de toucher ces réalités.