Le tribunal administratif de Melun a rejeté, par une ordonnance du 10 août, le recours de la société française Midi Pyrénées Antennes contre l'attribution à l'entreprise tchèque Meteopress spol s r.o. du marché lancé par Météo-France pour équiper Mayotte et la Polynésie française de nouveaux radars météorologiques.
Mayotte reste à ce jour le seul département français sans couverture radar météorologique. Ce vide s'est révélé particulièrement criant après le passage du cyclone Chido puis de la tempête Dikeledi. En avril 2025, la ministre de la Transition écologique Agnès Pannier-Runacher avait annoncé le lancement du projet lors d'un déplacement sur l'île. Une fois opérationnel, le radar couvrira un rayon de 250 kilomètres autour de Mayotte, améliorant le suivi des précipitations et la prévision des épisodes cycloniques. Les données seront aussi exploitées par les prévisionnistes de Météo-France basés à La Réunion.
Le litige portait principalement sur les règles financières imposées aux candidats. Midi Pyrénées Antennes reprochait à Météo-France d'avoir combiné l'Incoterm DDP — qui fait peser sur le vendeur l'ensemble des coûts et droits jusqu'à la livraison — avec une demande de présentation des offres hors taxes et hors frais de dédouanement. La société y voyait une incohérence juridique de nature à fausser la comparaison entre candidats. Le tribunal a écarté cet argument : Météo-France bénéficie de franchises douanières pour ce projet, et la méthode retenue ne crée aucune rupture d'égalité. « La méthode de notation consistant à comparer les offres sur la base d'un montant hors taxes et hors frais de dédouanement ne méconnait pas le principe d'égalité de traitement des candidats, et n'est pas, par elle-même, de nature à conduire à ce que l'offre économiquement la plus avantageuse ne soit pas choisie », tranche l'ordonnance.
L'offre de Midi Pyrénées Antennes a par ailleurs été écartée pour irrégularité. L'entreprise avait inclus certaines taxes dans sa proposition initiale, puis transmis une version corrigée plusieurs jours plus tard, sans y avoir été autorisée par Météo-France. Le tribunal a relevé que cette version ne se contentait pas de retirer les taxes, mais modifiait aussi d'autres éléments tarifaires. « L'établissement public Météo-France a ainsi écarté, à bon droit, l'offre de la société requérante comme étant irrégulière », ont conclu les magistrats.
La société française contestait enfin la candidature de Meteopress, au motif que certains documents avaient été remis en anglais. Le tribunal a jugé que ces pièces ne contenaient que des informations administratives ou chiffrées dont la traduction était « manifestement dépourvue de toute utilité pour l'examen des offres ». Tous les griefs visant l'entreprise tchèque ont été rejetés.
Sauf nouveau recours, c'est donc Meteopress qui réalisera le premier radar météorologique de Mayotte.


6 commentaires
@David, tu as raison et moi c'est pareil à Saint-Pierre, dès qu'on entend cyclone je sais pas si je monte le food truck ou je reste à la maison. Des fois on ferme pour rien, des fois on aurait dû fermer plus tôt. Si avec ce radar les prévisions deviennent plus précises sur la zone, ça nous aide nous aussi à prendre la bonne décision pour nos clients et notre matériel.
Moi ce que je sais c'est qu'à Saint-Leu, quand un cyclone s'annonce on ferme tout et on perd plusieurs jours de chiffre d'affaires. Un radar qui couvre 250 kilomètres ça changerait la donne pour nous aussi, pas seulement pour Mayotte. Parce que les données vont alimenter les prévisionnistes de Météo-France ici à La Réunion, ça veut dire des alertes plus précises, moins de fermetures inutiles ou au contraire moins de mauvaises surprises. Que ce soit une boîte tchèque ou française qui le fabrique, du moment que ça marche et que ça arrive vite.
L'article résume bien le raisonnement du tribunal sur l'Incoterm DDP, mais il faut préciser un point : la franchise douanière dont bénéficie Météo-France est la clé de voûte de la décision. Sans elle, la combinaison DDP et présentation hors frais de dédouanement aurait pu effectivement poser un problème d'égalité entre candidats. Ce n'est pas une règle générale transposable à n'importe quel marché public, c'est une solution spécifique à la situation fiscale de l'établissement. Sur l'offre irrégulière, le tribunal est là-dessus parfaitement orthodoxe : une correction non sollicitée qui modifie d'autres éléments tarifaires, c'est une nouvelle offre, pas une rectification.
Une entreprise tchèque pour un marché public français sur un département français, et apparemment tout le monde trouve ça normal. Pendant ce temps les boîtes françaises spécialisées se font éjecter sur des points de procédure. Lé pa fasil de comprendre comment on en est arrivés là.
Ce qui me frappe dans cet article, c'est qu'on parle d'un outil censé protéger des vies après Chido et Dikeledi, et on a perdu des mois dans des recours juridiques. Pour les équipes de Météo-France qui travaillent au quotidien sur les prévisions, j'imagine que cette incertitude n'a pas aidé à planifier le déploiement opérationnel. Les gens sur le terrain attendent un outil concret, pas des ordonnances de tribunal.
Ce qui m'interpelle dans cette affaire, c'est moins le résultat que la méthode. Attribuer un marché public à une entreprise tchèque pour équiper un territoire français d'outre-mer, c'est un choix qui mérite qu'on pose la question du « mieux-disant » versus le « moins-disant » économique. Est-ce que Météo-France a réellement pesé les coûts de maintenance sur 10 ou 15 ans, le support technique à distance, la formation des équipes locales ? Le prix initial d'une offre ne reflète jamais la totalité du coût d'un équipement de cette nature. Je ne dis pas que Meteopress a tort de gagner, je dis qu'on ne voit jamais ces éléments dans les comptes-rendus de marchés publics.