Le Conseil de Paris a adopté mi-juillet une modification du Plan de sauvegarde et de mise en valeur du 7e arrondissement, levant l'un des principaux obstacles réglementaires au projet de nouveau pavillon d'accueil de l'Assemblée nationale. La décision a aussitôt ravivé les critiques contre un chantier estimé entre 50 et 53 millions d'euros.
Porté par la présidente de l'Assemblée Yaël Braun-Pivet, le projet prévoit la démolition d'un pavillon en pierre de taille datant de la fin du XIXe siècle, remplacé par une construction contemporaine en verre et environ 4 000 m² d'espaces souterrains. L'objectif affiché : doubler les capacités d'accueil du site et y installer un espace d'exposition consacré au Parlement.
L'association Sites & Monuments mène la contestation. Une pétition lancée contre le projet a recueilli plusieurs dizaines de milliers de signatures. Une vidéo diffusée ces derniers jours sur les réseaux sociaux a amplifié le mouvement, attirant des prises de position de personnalités aussi diverses que Ségolène Royal, Rachida Dati ou le rappeur JoeyStarr, qui a repartagé la vidéo avec le commentaire ironique « douce France ».
Le dossier avait déjà trébuché en février 2026 : le permis de construire avait dû être retiré en raison de difficultés liées à la hauteur du bâtiment et aux règles de protection patrimoniale. La modification du plan d'urbanisme votée par la mairie de Paris a relancé la procédure, ce que certains opposants ont qualifié de passage en force.
La présidence de l'Assemblée rappelle que l'opération serait financée par les fonds propres de l'institution, sans dotation de l'État, et que le projet avait été approuvé à l'unanimité par le Bureau de l'Assemblée en septembre 2024, à l'issue d'un concours d'architecture lancé l'année précédente.
Le parcours administratif reste long. Le projet doit encore obtenir l'avis de l'Architecte des Bâtiments de France, celui de la Commission locale du site patrimonial remarquable, puis passer par une enquête publique avant qu'un nouveau permis de construire puisse être déposé. Si toutes ces étapes sont franchies, la présidence espère engager les travaux avant la fin de la législature pour une livraison à l'horizon 2028.


9 commentaires
@Sandrine, vous posez la bonne question. Les fonds propres de l'Assemblée nationale proviennent pour l'essentiel de sa dotation annuelle inscrite au budget de l'État, autour de 560 millions d'euros par an, donc dire que l'opération ne coûte rien au contribuable c'est un raccourci qui mérite d'être sérieusement questionné. 50 millions sur cette enveloppe, c'est environ 9% d'une année de fonctionnement de l'institution. Est-ce que c'est la meilleure allocation possible de ces ressources, voilà ce qu'il faudrait vraiment débattre.
Ici à Cilaos on a une vieille maison créole au bord de la route, les enfants du village veulent la démolir pour faire du neuf, et vous savez combien de fois on nous a dit que c'était notre mémoire, qu'il fallait garder ça. Alors quand je lis qu'à Paris on va casser une belle bâtisse du XIXe siècle pour mettre du verre, je comprends plus très bien qui décide de ce qui mérite d'être gardé et ce qui ne le mérite pas.
50 millions d'euros, j'arrive même pas à imaginer ce que ça représente. Dans mes années à l'hôpital on nous demandait de couper dans le matériel, de compter les gants, et là on parle de démolir de la belle pierre ancienne pour mettre du verre et du souterrain. Les anciens auraient construit ça pour durer des siècles, et nous on détruit. Je comprends pas toujours la politique mais ça, ça me fait mal au coeur.
J'ai eu un client avant-hier, cadre dans une collectivité, il m'a dit texto : "si ça avait été le budget d'une mairie de province on en aurait parlé pendant dix ans". Moi j'entends ça dans ma voiture toute la journée, les gens sont fatigués de cette impression que les règles valent pour les uns et pas pour les autres. Même le bâtiment ils veulent le casser alors qu'il tient depuis 150 ans, lé pa fasil à comprendre pour monsieur tout le monde.
@Jean-Marc, exactement ce que tu dis. Dans mon métier, si je veux agrandir ma cave de découpe je remplis des dossiers pendant deux ans et j'attends que l'administration se mette d'accord avec elle-même. Là on modifie carrément le plan d'urbanisme pour faire passer un projet qui avait déjà été retoqué, et ça passe en quinze jours. On n'a pas les mêmes règles du jeu, c'est tout.
50 millions pour démolir un bâtiment qui tient debout depuis le XIXe siècle, moi je veux bien, mais quand je demande une aide pour creuser un forage sur mon exploitation à Sainte-Suzanne on me répond que les budgets sont serrés. Y'a des priorités qui me dépassent complètement.
On retire un permis en février parce que la hauteur pose problème, et six mois plus tard on modifie le plan d'urbanisme pour contourner ça. Dans le BTP on appelle ça changer les règles en cours de route. Si c'était un promoteur privé, tout le monde crierait au scandale.
Ce qui m'interpelle c'est la mention "fonds propres de l'institution, sans dotation de l'État". Ça mérite qu'on creuse un peu : d'où viennent ces fonds propres, quelle est la dotation annuelle de l'Assemblée, et quelle part de cette enveloppe serait mobilisée ? 50 millions sur un budget global de combien, c'est la vraie question.
Franchement, la communication autour de ce projet est catastrophique. Quand une vidéo virale sur les réseaux suffit à faire taper Ségolène Royal et JoeyStarr dans le même camp, c'est que le narratif a été complètement perdu dès le départ. 50 millions c'est un budget, ok, mais si tu gères mal ta story, tu perds ton audience avant même d'avoir posé la première pierre.