Face à la suppression de près de 600 contrats aidés, la ville de Saint-Denis a engagé 9 millions d'euros et lancé 350 recrutements pour assurer la rentrée dans ses 75 écoles. Un plan d'urgence décidé en quelques semaines, après que les nouvelles règles d'attribution des Parcours emploi compétences (PEC) ont rendu caduc l'essentiel des dispositifs sur lesquels la commune s'appuyait jusqu'ici.
Le choc a été net. Sur 323 personnes reçues par les services municipaux en vue d'un renouvellement ou d'un accès aux nouveaux dispositifs, 58 seulement remplissaient les critères révisés. Le durcissement des conditions d'éligibilité — notamment l'obligation de justifier de deux années consécutives de chômage — a exclu de nombreux bénéficiaires déjà engagés dans un PEC et en chemin vers un retour à l'emploi. « Une personne travaille six mois, retrouve un rythme, une formation, puis on lui dit : maintenant, il faut attendre deux ans de chômage avant de pouvoir revenir. Quel est le sens de cette politique ? », a déclaré la maire Ericka Bareigts.
La municipalité a choisi de ne renoncer à aucune des missions jusqu'ici assurées dans les écoles. Pendant plusieurs semaines, les services municipaux, la direction des ressources humaines, la Caisse des écoles et les équipes éducatives ont redéfini les besoins établissement par établissement. Les 350 agents recrutés le seront sous contrat de 26 heures hebdomadaires, contre 20 heures pour les anciens PEC. La ville s'appuiera aussi sur les quelque 1 000 agents déjà présents dans les écoles pour absorber une partie des postes laissés vacants. Chaque jour, près de 17 000 repas sont préparés dans les 63 cuisines scolaires de la ville — un service que la municipalité entend préserver.
L'effort financier est considérable. Saint-Denis consacrait jusqu'ici environ 6 millions d'euros aux contrats aidés ; elle en mobilisera désormais 9, dans un contexte budgétaire déjà serré. « Nous sommes en colère, mais nous sommes responsables », a affirmé Ericka Bareigts, qui dénonce une réforme nationale qu'elle juge inadaptée aux réalités du territoire. La maire rappelle que 36 % de la population de l'île vit sous le seuil de pauvreté et que plus de quatre enfants sur dix grandissent dans un ménage pauvre. « La ville de Saint-Denis n'est pas Nice », a-t-elle lancé, plaidant pour une modulation des critères nationaux selon les contextes locaux.
Au-delà de la rentrée, la suppression des PEC pose la question de l'insertion professionnelle. Priver d'un nouveau parcours des personnes déjà engagées dans un dispositif d'accompagnement fragilise un outil dont la vocation première était le retour à l'emploi, estime la maire. Elle appelle l'État à revoir les critères d'attribution pour tenir compte des réalités sociales réunionnaises. Pour les quelque 17 000 élèves dionysiens répartis dans 900 classes, la rentrée devrait, selon la Ville, se dérouler sans dégradation visible des services.


4 commentaires
L'article parle de 9 millions mobilisés en urgence, ce qui soulève une vraie question de droit budgétaire municipal : est-ce que Saint-Denis dispose des lignes de crédits correspondantes dans son budget voté, ou est-on sur une décision modificative qui devra passer en conseil municipal ? Ce n'est pas une critique, c'est important à clarifier pour comprendre la solidité juridique du dispositif sur la durée.
J'ai eu une dame dans la voiture la semaine passée, elle sortait de la mairie. Elle m'a dit qu'elle était en PEC depuis six mois, ça se passait bien, et d'un coup on lui a annoncé que c'était fini. Elle comprenait même pas pourquoi. Les domoun dans les écoles ils font un travail que personne voit, préparer 17 000 repas par jour ça se passe pas tout seul. Heureusement que la Ville a mis la main à la poche, mais i fo que l'État arrête de prendre des décisions sans regarder comment ça se passe sur le péi-la.
58 éligibles sur 323 candidats c'est un taux de 18%, franchement n'importe quel dev qui sort un filtre avec ce résultat comprend que l'algo est cassé.
Ce qui me frappe c'est la logique absurde du critère : deux ans de chômage consécutifs avant de pouvoir reprendre un parcours. Dans mon cabinet je vois des familles où moindre rentrée de revenus fait tout basculer, et là on demande aux gens de rester au chômage deux ans pour être éligibles à un dispositif censé les aider à en sortir. La commune a réagi vite, 9 millions c'est un effort réel, mais ce sont les personnes en chemin qui paient le prix fort de cette réforme.