Dans un courrier adressé ce jeudi 30 juillet au préfet de La Réunion, David Lorion, maire de Saint-Pierre et président de la Civis, a réclamé l'intervention urgente de l'État face à l'accumulation des déchets sur le territoire. Il demande notamment une évaluation sanitaire par l'Agence régionale de santé, une coordination renforcée entre les acteurs concernés et l'examen d'éventuelles réquisitions.
Depuis le 13 juillet, un mouvement social au sein de Derichebourg Océan Indien, titulaire du marché de collecte, perturbe le ramassage à Saint-Pierre et Petite-Île. Malgré le recours à des entreprises extérieures, des quartiers entiers restent insuffisamment desservis. Certains n'ont bénéficié d'aucune collecte depuis plusieurs jours, voire depuis le début de la grève.
Les chiffres transmis par la Civis donnent la mesure du retard accumulé. Entre le 13 et le 30 juillet, 888 tonnes d'ordures ménagères ont été ramassées sur les 1 408 tonnes attendues, soit 63 % du service habituel. La situation est bien plus dégradée pour les autres flux : 9 % seulement pour la collecte sélective (20 tonnes sur 219), 6 % pour les encombrants (20 tonnes sur 368) et 1 % pour les déchets végétaux (9 tonnes sur 740). La collectivité précise que les moyens disponibles ont été concentrés sur les centres-villes, les habitats collectifs, les principaux axes, les secteurs les plus denses et les gros producteurs de déchets.
Sur le terrain, la Civis signale une prolifération d'insectes et de rongeurs, des nuisances olfactives, une hausse des dépôts sauvages et une dégradation des conditions de salubrité. Des risques d'incendie liés à l'accumulation ou à la mise à feu des déchets sont également mentionnés. La collectivité indique par ailleurs avoir eu connaissance d'appels visant à empêcher ou perturber l'intervention des entreprises mobilisées en renfort, sans se prononcer sur la réalité de ces intentions.
Après deux mises en demeure adressées à Derichebourg OI, la Civis a fait appel à un premier prestataire de substitution, qui a déployé entre huit et dix véhicules. Une autre entreprise doit intervenir pour les déchets végétaux et les encombrants, aux frais de Derichebourg OI. David Lorion juge que ces moyens ne suffisent plus.
Le président de la Civis demande au préfet de garantir la libre circulation des véhicules et des personnels de collecte, et d'examiner la nécessité de recourir à des réquisitions temporaires, ciblées et proportionnées de matériels, de services, d'entreprises ou de personnels. Pour la collectivité, l'intervention de l'État est désormais indispensable pour rétablir un niveau de collecte compatible avec la salubrité et la sécurité publiques.


6 commentaires
@Tonton Bébert, tu n'as pas tort sur le fond, le dialogue social est la voie normale. Mais il y a quelque chose de particulier dans ce type de crise, que Camus décrivait bien dans La Peste à sa façon : le moment où une situation sanitaire dépasse le conflit qui en est à l'origine et impose ses propres urgences. Les 740 tonnes de déchets végétaux attendues, les 9 collectées, ça ne relève plus seulement du rapport de force entre un employeur et ses salariés. Je ne dis pas que les revendications de Derichebourg OI sont injustes, loin de là. Mais à un moment, la salubrité publique devient un tiers dans la négociation, et ce tiers-là ne peut pas attendre la prochaine réunion.
@Tonton Bébert, je comprends ton point sur le dialogue social, mais le problème c'est que pendant qu'on discute, les quartiers subissent.
Moi j'ai un chantier à Ligne Paradis, mes gars ils bossent avec l'odeur depuis presque trois semaines. Les gravats c'est pas notre problème mais les dépôts sauvages autour du chantier ça commence à poser des questions niveau sécurité, sans parler des clients qui passent et qui font la grimace. 1% de collecte de végétaux, c'est pas une grève, c'est un abandon de service. I fo trouver une solution vite fait parce que là on est dans le rouge.
La question qui me vient à la lecture des chiffres : 1 % de collecte des déchets végétaux sur la période, c'est presque zéro. On parle de 9 tonnes sur 740 attendues. Est-ce que la Civis a anticipé un plan de continuité de service lors de la signature du marché avec Derichebourg, ou est-on face à une dépendance totale à un prestataire unique sans filet de sécurité ?
L'article mentionne que les entreprises de substitution interviennent "aux frais de Derichebourg OI", ce qui mérite une précision. Dans ce type de marché public, la mise en régie ou le recours à un prestataire de remplacement aux frais du titulaire défaillant est encadré par les conditions générales du CCAG Travaux ou FCS selon le contrat. Ce n'est pas automatique et ça suppose en général une mise en demeure formelle restée sans effet, ce que la Civis semble avoir fait avec ses deux mises en demeure. C'est un point important que les lecteurs peuvent vouloir comprendre.
Alors là faut être clair : une grève, ça se négocie à la table, pas dans les journaux et pas chez le préfet. Si les salariés de Derichebourg tiennent depuis le 13 juillet, c'est qu'il y a des raisons sérieuses derrière. Lorion court chez le préfet pour parler de réquisitions, mais personne ne nous dit ce que les grévistes réclament vraiment. Les travailleurs on les voit quand ça sent mauvais, sinon on les oublie.