Le Premier ministre Sébastien Lecornu a réuni le 20 juillet à Matignon les représentants des principales banques françaises pour évoquer le financement des campagnes électorales en vue de la présidentielle de 2027. Le gouvernement veut éviter que des candidats soient contraints de s'adresser à des établissements étrangers.
Le cas du Rassemblement national est au cœur des discussions. Le parti cherche environ 10,7 millions d'euros pour financer la campagne de Marine Le Pen, sans avoir trouvé preneur parmi les banques françaises. Depuis plusieurs mois, le RN sollicite des établissements en Italie, en Allemagne, en Hongrie et au Royaume-Uni, là aussi sans succès à ce stade. L'entourage de Lecornu, cité par Franceinfo, a déclaré qu'« il est essentiel que tous les candidats, quel que soit leur bord politique, puissent accéder à des financements français pour financer leur campagne ».
Les précédents pèsent dans le débat. Pour la présidentielle de 2022, le RN avait emprunté un peu plus de 10 millions d'euros auprès d'un établissement hongrois. En 2014, Marine Le Pen avait contracté plus de 9 millions d'euros auprès d'une banque russe.
Parmi les pistes étudiées par Matignon figure un mécanisme par lequel l'État prendrait en charge une partie du risque supporté par les banques en cas de défaut de remboursement. Cette solution pourrait être intégrée au projet de loi de finances présenté à l'automne. Le président de la Fédération bancaire française, Daniel Baal, a lui-même proposé que l'État se porte garant des prêts ou verse une avance directe aux candidats.
Les réticences des banques tiennent à la structure du remboursement public des dépenses de campagne. Ce remboursement n'intervient qu'après validation des comptes par la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques, et il n'est pas automatique. Les candidats ayant obtenu plus de 5 % des suffrages au premier tour peuvent prétendre à un remboursement pouvant atteindre 8 millions d'euros, et jusqu'à 10,7 millions d'euros pour ceux qualifiés au second tour. Des précédents ont illustré le risque : les comptes de Nicolas Sarkozy avaient été invalidés après la présidentielle de 2012, et Valérie Pécresse avait dû faire appel aux dons de particuliers après son score insuffisant en 2022.
Maya Atig, directrice générale de la Fédération bancaire française, interrogée par l'AFP, a indiqué que les banques prennent des « décisions rationnelles » et ne prêtent pas « sur des critères de coup de cœur ».


7 commentaires
@Boug du Lagon, t'as mis le doigt dessus. Moi aussi j'ai bataillé pour financer mon premier véhicule de service, les banques demandent des garanties sur des garanties. Mais bon, c'est la réalité du terrain pour nous les petits.
Ce qui me frappe dans cette histoire c'est l'image que ça donne : des partis qui font la tournée des capitales européennes pour quémander de l'argent, comme un artisan qui irait vendre ses tissus à l'autre bout du monde parce que personne dans le péi-la veut lui acheter. Y'a quelque chose de cassé dans le tableau. Et maintenant l'État devrait garantir la toile pour que la scène puisse se jouer quand même.
10 millions pour une campagne.
Ce qui m'interpelle c'est le mécanisme de remboursement : les candidats récupèrent l'argent seulement si les comptes sont validés et s'ils font plus de 5%. C'est un risque réel, je comprends que les banques hésitent. Dans mon activité si j'attendais six mois après validation pour être payée, je coulais en trois semaines.
Un client m'a dit l'autre jour dans le taxi : "Si moi je rembourse pas mon crédit auto, la banque elle attend pas six mois, elle reprend la voiture." Il a pas tort, out frère. Y'a deux poids deux mesures dans cette histoire, et tout le monde le voit.
L'État garant des dettes de campagne... J'ai connu l'époque où un homme engageait sa parole et c'était suffisant. Maintenant faut que la République cautionne pour que les partis puissent exister. Je sais pas si c'est un progrès ou une façon de plus de mettre la main dans la poche du contribuable.
On parle de millions pour financer des campagnes politiques et moi j'arrive même pas à obtenir un prêt décent pour renouveler mes bouteilles de plongée. Les banques font des "décisions rationnelles" paraît-il. Rationnelles pour qui exactement ?