Le tribunal judiciaire de Saint-Denis a ouvert ce vendredi le procès pour harcèlement moral et complicité visant trois membres de l'entourage du maire de Saint-Paul, Emmanuel Séraphin. Après deux renvois successifs, Valérie Picard, ex-directrice générale des services (DGS), Sébastien Guyon, deuxième adjoint au maire, et Mustapha Omarjee, directeur de cabinet, comparaissent à la barre.
L'affaire avait été portée devant la justice par un article 40 signé de Tristan Floriant, alors premier adjoint du maire. Elle concerne le traitement réservé à une ancienne directrice générale adjointe (DGA), notamment chargée des ressources humaines, qui aurait été délibérément mise en difficulté pour être écartée de ses fonctions. Humiliée et ostracisée lors de réunions de Codir, elle avait finalement mis fin à son détachement et réintégré les services de la préfecture dont elle était issue.
En garde à vue, Valérie Picard a livré des déclarations qui ont pesé lourd dans le dossier. « J'ai reçu l'ordre de [la] décharger. C'est d'un commun accord entre le maire M. Séraphin, M. Guyon et M. Omarjee, le dircab. C'est un débat que nous avons eu à plusieurs reprises avec le même résultat. J'ai temporisé au maximum pour mettre en place un véritable dossier de décharge à compter de décembre 2021. Ils voulaient que ça aille plus vite mais il fallait que je prépare les choses… », a-t-elle déclaré aux enquêteurs.
Sébastien Guyon répond de complicité de harcèlement moral sur deux ex-cadres de la mairie. Devant les gendarmes, il a nié toute consigne d'éviction : « Il n'y a pas eu de consigne pour pousser qui que ce soit vers la sortie. » Sur les faits susceptibles de l'impliquer, il a opposé une mémoire défaillante, répondant le plus souvent par la négative. Mustapha Omarjee a quant à lui répété que « tout est faux », imputant les déclarations de l'ex-DGS à un mensonge délibéré.
Ces dénégations se heurtent aux témoignages recueillis au fil de l'enquête. Un témoin a confirmé que l'ex-DGA avait été « maltraitée lors de réunion de recadrage en présence d'un subalterne. Mise sous pression, invectivée publiquement, cible de ricanements et humiliée… » D'autres auditions ont corroboré ce tableau. Dès janvier 2022, le médecin du travail avait alerté Valérie Picard par courrier sur l'existence de risques psychosociaux, faisant état d'une « souffrance majeure et généralisée ainsi que des troubles psychosociaux des agents et de l'ensemble du service ». Huit cadres avaient quitté la DRH en peu de temps.
Entendu en audition libre, Emmanuel Séraphin a affirmé avoir été tenu à l'écart des difficultés internes jusqu'à la mi-juillet 2022, date à laquelle il dit avoir reçu les lettres de démission de deux cadres du service, dont l'une s'est constituée partie civile au procès. Il a néanmoins pris la défense de son entourage. Selon la synthèse des gendarmes, « il ne croit pas aux déclarations des employés mettant en cause le management de M. Guyon Sébastien ou la subordination directe de Mme Picard Valérie à M. Omarjee, son directeur de cabinet ».


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