La Communauté intercommunale Réunion Est (CIREST) a présenté mercredi une feuille de route hydraulique courant jusqu'en 2032, avec une enveloppe pouvant atteindre 300 millions d'euros selon les scénarios retenus. Confrontée à des coupures d'eau à répétition, notamment à Saint-André et Salazie, l'intercommunalité veut passer d'une gestion au coup par coup à une planification de long terme.
Le président de la CIREST, Joé Bédier, a ouvert la séance en assumant un retard structurel : « Notre territoire accuse un retard historique en matière d'infrastructures hydrauliques. Pendant plusieurs décennies, les investissements n'ont pas été réalisés à la hauteur des besoins. Les réseaux ont progressivement vieilli, leur renouvellement n'a pas suivi et les capacités de production n'ont pas suffisamment été diversifiées. » Élus, sous-préfet de Saint-Benoît et services concernés étaient réunis au siège de l'intercommunalité pour l'occasion.
Un premier bloc de 100 millions d'euros est déjà acté via le nouveau contrat d'exploitation signé avec la CISE. Les grands projets structurants réclameront des financements supplémentaires compris, selon les scénarios, entre 145 et 300 millions d'euros. Pour les boucler, la CIREST table sur l'État, l'Europe, l'Office de l'eau, le Département, la Région, l'AFD ou la Banque des Territoires. Joé Bédier réclame par ailleurs un « bonus Est », au nom d'un rééquilibrage territorial : « L'Est ne demande pas un traitement particulier. Il demande simplement de disposer des infrastructures indispensables à son développement. »
Le projet le plus ambitieux reste l'« Autoroute de l'eau », identifié fin 2024 sous la présidence de Patrice Selly, que Joé Bédier a tenu à citer : « Il faut rendre à César ce qui appartient à César. Patrice Selly a été l'initiateur de ce projet, merci Patrice. » L'idée : capter la ressource là où elle est abondante pour l'acheminer vers les zones les plus fragiles via un réseau d'interconnexions. Cinq scénarios sont à l'étude — deux mobilisant la Rivière de l'Est, trois reposant sur des ressources souterraines. Le coût d'une première phase est estimé entre 18 et 29 millions d'euros, l'enveloppe totale entre 150 et 300 millions.
À court terme, la stratégie repose sur la réduction des pertes en réseau, l'augmentation de la production et le renforcement du stockage. Le forage de Ravine Creuse à Saint-André doit voir ses capacités de pompage renforcées dans les prochains mois. Trois nouveaux forages d'exploration sont prévus à Saint-André, en lien avec le BRGM. Un réservoir de 3 500 m³ doit être construit à Dioré d'ici 2028. Plus de 19 millions d'euros sont programmés pour le renouvellement des réseaux vétustes. Le sous-préfet de Saint-Benoît, Fabrice Bonicel, a appuyé cette orientation en rappelant que l'Est ne mobilise aujourd'hui que moins de 1 % de sa ressource en eau souterraine.
La CIREST fait par ailleurs l'objet de trois mises en demeure de l'État : construction d'une usine de potabilisation à Sainte-Rose, mise aux normes de la station d'épuration de Saint-Benoît et extension de celle du chemin de l'Étang à Saint-André. Sur le deuxième point, l'intercommunalité affirme avoir remporté le contentieux.
Du côté des usagers, près de 60 000 compteurs seront remplacés par des équipements communicants d'ici 2028, pour un investissement de 5 millions d'euros. Ces compteurs intelligents doivent permettre de détecter les fuites plus rapidement et de localiser en temps réel les secteurs où les pertes sont les plus importantes. Un programme de 500 000 euros prévoit également la distribution de 1 500 récupérateurs d'eau de pluie à partir de 2027, en priorité dans les secteurs les plus touchés par les coupures. Sur la facture, l'impact de l'Autoroute de l'eau est chiffré entre 0,08 et 0,31 euro par m³, dans le respect d'un plafond fixé à 3 % du revenu moyen des ménages.


6 commentaires
Le mot « retard historique » prononcé par Bédier m'a arrêté. Il y a un livre de Jean-Claude Guillebaud, « La traversée du monde », où il parle de territoires qu'on développe en surface sans jamais en consolider les fondations. L'eau c'est précisément une fondation, invisible, souterraine, et pourtant tout repose dessus. Trois cents millions sur huit ans, c'est considérable, mais la vraie question reste celle du portage politique dans la durée, au-delà des mandats et des alternances.
Ce qui me frappe c'est que l'Est, côté paysages, côté couleurs, côté richesse naturelle, a toujours été le plus beau tableau de l'île, et pourtant c'est celui qu'on a le moins entretenu côté infrastructures. L'Autoroute de l'eau ça sonne presque poétique, mais derrière y'a des gens de Salazie qui remplissent des bassines depuis des années. I fo que les actes suivent cette belle feuille de route.
60 000 compteurs communicants d'ici 2028, c'est pas rien comme déploiement IoT à l'échelle d'un territoire. Curieux de savoir sur quel protocole ils vont s'appuyer, LoRaWAN ou autre chose.
Les 100 millions déjà actés via la CISE, ça mériterait qu'on creuse un peu les conditions de ce contrat d'exploitation. La CISE c'est une filiale de Suez, donc on parle d'un opérateur privé qui gère une ressource publique sur plusieurs décennies. Est-ce que les termes de ce contrat ont été rendus publics quelque part ? Parce que l'impact sur la facture annoncé entre 0,08 et 0,31 euro par m³, ça peut vite grimper selon la durée et les clauses de révision.
L'idée d'une Autoroute de l'eau qui capte la ressource là où elle est abondante, ça me fait penser à ce qu'on voit quand on remonte vers Salazie, ces rivières qui débordent en hiver et ces robinets qui crachotent l'été. La Rivière de l'Est, c'est un endroit que je traverse souvent avec mes groupes, l'eau y est claire, froide, impressionnante. Que ce potentiel soit enfin mobilisé pour les habitants plutôt que de partir à la mer sans être utilisé, lé bon.
300 millions c'est une belle annonce, mais nous les maraîchers on attend depuis des années une ressource en eau fiable. Quand il fait sec en juillet-août, mes cultures de christophines et de bringelles souffrent, et les forages existants n'ont plus le débit d'avant. Si cette feuille de route tient vraiment ses promesses d'ici 2032, ça changerait la vie de beaucoup d'agriculteurs de l'Est. Pourvu que les financements suivent et que ça reste pas qu'une belle présentation.