La baisse de la consommation de carburants à La Réunion a coûté 8,2 millions d'euros de recettes fiscales aux collectivités du territoire en mai. C'est ce qu'indique la Région Réunion dans un communiqué publié mercredi, qui détaille l'impact financier de l'évolution des habitudes de déplacement des automobilistes.
En mai, 379 730 hectolitres de carburants ont été mis à la consommation sur l'île, soit un recul de 33 % par rapport à mars. Un niveau que la collectivité n'avait plus enregistré depuis la crise sanitaire de 2020. La chute des volumes a mécaniquement amputé les recettes de la Taxe spéciale sur la consommation des carburants (TSCC), réparties entre plusieurs niveaux de collectivités.
La Région supporte la part la plus lourde avec une perte de 4,7 millions d'euros. Le Département enregistre un manque à gagner de 1,4 million d'euros, les communes de 1,8 million d'euros et les intercommunalités de 300 000 euros. Les recettes d'octroi de mer sur les carburants ont également déçu : la Région n'a perçu que 119 652 euros de recettes supplémentaires, contre 435 000 euros attendus, et les communes 571 376 euros, loin du surplus de plus de 1,5 million d'euros initialement prévu.
Face à cette contraction des finances publiques, la Région affirme maintenir ses dispositifs de soutien. Du côté des professionnels de la route, 164 dossiers représentant 1 816 véhicules ont été déposés depuis l'ouverture, le 13 mai, de la plateforme d'aide exceptionnelle au carburant. Les abonnements au réseau Car Jaune ont progressé de 20 % entre avril et mai 2026, la fréquentation globale du réseau affichant une hausse de 16 % sur un an. Le covoiturage via la plateforme Karos a enregistré une progression de 15 % des trajets passagers.
La collectivité confirme par ailleurs le maintien du prix de la bouteille de gaz à 18 euros, alors que son tarif réel atteint 22,29 euros au 1er juillet. L'effort financier de la Région sur ce poste s'est élevé à 365 375 euros en mai, contre 128 904 euros en avril. La participation régionale par bouteille est ainsi passée de 1,27 euro en mars à 4,29 euros au 1er juillet.


9 commentaires
@Lulu, je reconnais exactement ce que tu décris. Ma boutique à Saint-Paul, c'est pareil, les passages ont changé de couleur en quelques semaines, on dirait. Moins d'éclats rapides, plus de gens qui viennent à pied, qui s'attardent, qui causent. C'est pas forcément mauvais pour l'artisanat, mais quand les collectivités ont moins de ressources, c'est souvent les événements culturels qui trinquent en premier, et nous on existe beaucoup grâce à ça, les marchés, les festivals, tout ce qui fait rayonner le péi-la.
Ce que ces chiffres illustrent, c'est un phénomène classique d'élasticité de la demande sous contrainte financière, mais à une vitesse rarement observée ici. La hausse de 20 % des abonnements Car Jaune en un mois mérite vraiment qu'on s'y arrête : ce sont des habitudes de mobilité qui se restructurent, et on sait que ces changements peuvent devenir durables si l'offre suit. Ce qui me préoccupe davantage, c'est l'impact sur les associations qui dépendent des subventions communales et intercommunales. Beaucoup d'entre elles ont déjà des trésoreries très fragiles, et un manque à gagner de 1,8 million d'euros côté communes, ça finit forcément par se répercuter sur les enveloppes culturelles et sociales en fin d'année.
Ce qui m'interpelle dans ces chiffres, c'est le bond des abonnements Car Jaune et la hausse du covoiturage. Les comportements changent vite quand le portefeuille est sous pression. Pour mon activité, ça me parle directement : si les gens bougent moins en voiture, ils commandent plus en ligne, et effectivement mes ventes de mars à mai ont suivi cette tendance. La vraie question c'est de savoir si les collectivités vont réorienter une partie de leur soutien vers les petits e-commerçants locaux, parce que 8 millions de manque à gagner ça va forcément se retrouver quelque part dans les arbitrages budgétaires.
Ce recul de 33% des volumes de carburant en un mois, c'est un signal que personne ne peut ignorer dans nos métiers. Ça va mécaniquement ralentir les programmes de construction, les enveloppes communales vont se resserrer, et on va se retrouver avec des projets d'équipements publics mis en veille ou revus à la baisse. On a déjà du mal à faire passer des études préalables sérieuses sur l'habitat dense et la mobilité douce, si en plus les collectivités n'ont plus les moyens d'investir dans une réflexion urbaine cohérente, on va continuer à bricoler du lotissement pavillonnaire au kilomètre comme si on avait encore de la place.
8,2 millions de moins pour les collectivités, ça va se répercuter où à votre avis ? Sur les chantiers publics, les appels d'offres, les délais de paiement qui s'allongent encore. J'ai déjà deux factures en attente depuis plus de 60 jours avec une mairie. Si en plus elles ont moins de rentrées fiscales, on va morfler nous les petits sous-traitants. Le gaz à 18 euros c'est bien, mais c'est pas ça qui va me payer mes gars à la fin du mois.
Infirmière libérale, je roule entre 80 et 100 km par jour minimum pour mes patients. La plateforme d'aide pour les professionnels de la route, j'ai essayé de m'y inscrire mais je ne rentre apparemment pas dans les critères. Honnêtement depuis mon arrivée ici j'ai vu beaucoup de dispositifs annoncés qui passent à côté des soignants libéraux, comme en métropole d'ailleurs. La hausse des abonnements Car Jaune c'est bien beau mais ça ne remplace pas une visite à domicile.
Ce qui me préoccupe c'est l'effet sur les services à la personne. Mes salariés font des tournées à domicile toute la journée, le carburant c'est leur outil de travail. Les aides exceptionnelles annoncées, elles couvrent quelle catégorie de professionnels exactement ? L'article ne le précise pas clairement.
Moi mes clients arrivent moins en voiture, ça se voit sur le front de mer depuis quelques semaines. Certains viennent à pied ou en covoiturage, ils me le disent. Bon côté des choses, y'a peut-être un peu moins de monde mais ceux qui font l'effort de venir, ils consomment bien ! Par contre 8 millions de moins pour les collectivités en un seul mois, lé pa fasil pour boucler les budgets locaux.
Un niveau qu'on n'avait plus vu depuis 2020, ça dit quelque chose sur la période qu'on traverse.