La réduction des contrats Parcours emploi compétences (PEC) attribués aux communes réunionnaises fait peser une pression financière directe sur plusieurs collectivités, à moins de deux mois de la rentrée scolaire. À Bras-Panon, le surcoût lié au seul personnel des écoles pourrait dépasser le million d'euros. À Petite-Île, la facture supplémentaire est chiffrée à plus de 300 000 euros. Dans une commune des Hauts non identifiée, elle atteindrait près de 400 000 euros.
Bras-Panon est passée de 150 PEC environ à seulement 11 contrats financés par l'État. Le conseil municipal doit entériner ce mercredi la possibilité de recruter jusqu'à 70 agents temporaires sur fonds propres pour assurer la rentrée. « Si nous voulons assurer la rentrée, cela représente plus d'un million d'euros supplémentaires par an. C'est énorme pour une commune comme la nôtre », déclare le maire Jeannick Atchapa. Plus de la moitié des contrats aidés étaient affectés aux écoles et à la restauration scolaire.
Petite-Île a subi la même réduction, de 123 PEC à 11. Son maire, Serge Hoareau, qui préside également l'Association des maires de La Réunion, explique que l'enveloppe consacrée aux PEC ne permet de recruter que 53 agents en contrats occasionnels pour les écoles, laissant une trentaine de postes non couverts pour les autres missions communales. « Les PEC permettaient à des centaines de familles d'avoir un revenu et de retrouver une dignité par le travail », dit-il, avant de préciser qu'une soixantaine de familles de sa seule commune « resteront sur le bord du chemin ».
Au-delà des budgets, c'est la sécurité dans les écoles qui inquiète les élus. À Saint-Benoît, dont le quota a été réduit de près des deux tiers, le maire Patrice Selly n'écarte pas un risque sur la rentrée. « Le taux d'encadrement sera largement inférieur à ce que nous avions jusqu'à présent. Le risque existe encore qu'on ne puisse pas ouvrir certains établissements dans les conditions habituelles », prévient-il. Il va plus loin : « Cette baisse du personnel peut faire courir un risque aux enfants, au personnel communal et aux enseignants. » Serge Hoareau cite quant à lui le cas d'un collègue maire des Avirons qui, faute de moyens suffisants, se retrouverait avec un agent pour 43 élèves dans une école de 300 enfants.
Les compensations annoncées n'ont pas convaincu les élus. Le Département a attribué 500 PEC supplémentaires aux communes, une mesure jugée insuffisante. L'État a mis en avant une hausse de la dotation globale de fonctionnement (DGF) : elle atteint près d'un million d'euros à Saint-Benoît, 93 000 euros à Bras-Panon. Mais Patrice Selly rappelle que le cyclone Garance a engendré « presque un million de dépenses supplémentaires imprévues » l'an passé, que la hausse de DGF vient peut-être compenser, sans rien régler la perte de PEC. « Aujourd'hui, la position de l'État n'a pas évolué sur les quotas de PEC. On garde l'espoir qu'au vu de la situation compliquée à Saint-Benoît comme ailleurs, l'État revoie un peu sa copie », dit-il.
Pour les communes qui recruteront des agents temporaires, les dépenses nouvelles de personnel risquent d'amputer les capacités d'investissement. « Aujourd'hui, nos excédents de fonctionnement servent à financer les investissements. Si on doit absorber ce surcoût, ce sont forcément des projets qui devront être reportés ou abandonnés », reconnaît Jeannick Atchapa, dont la situation financière est décrite comme saine. Serge Hoareau ferme la porte à une pérennisation des emplois créés en remplacement : « Je dis juste qu'on est obligé de nous réinventer. Et se réinventer, ça ne veut pas dire forcément pérenniser des emplois », précisant que les besoins sont occasionnels et non des CDI. Les services hors écoles — entretien des espaces verts, bâtiments et équipements sportifs — seront contraints de « fonctionner de manière dégradée », selon ses propres termes.


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