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Préférence régionale à La Réunion : une conseillère plaide pour une lecture sociale

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Préférence régionale à La Réunion : une conseillère plaide pour une lecture sociale

Tribune - Maloya, mérite, réflexion sur le prolétariat, la créolitude et la préférence régionale : Pour une Réunion maîtresse de son destin ? - Crédit Zinfos974 - Société


Annie Pignolet Dumont, conseillère municipale de Saint-Paul, publie une tribune dans laquelle elle défend une lecture sociale des inégalités réunionnaises, à rebours des grilles communautaires qui dominent les débats récents autour du maloya ou du « privilège zorey ».

Son point de départ : la fracture qui traverse l'île n'est pas raciale. Elle oppose, selon elle, ceux qui concentrent réseaux, capitaux et positions d'influence à une majorité de travailleurs, d'artisans, de fonctionnaires et de jeunes diplômés qui peinent à accéder aux postes stratégiques.

Pour étayer ce diagnostic, la tribune s'appuie sur des données de l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). Entre 1990 et 2017, la part des natifs parmi les cadres réunionnais est passée de 33 % à 47 %. Un progrès réel, reconnaît l'auteure, mais qui bute sur un plafond de verre documenté : en 2017, seuls 5 % des natifs de La Réunion en âge de travailler détenaient un diplôme de master ou plus, contre 7 % pour les natifs des Antilles et 11 % pour ceux de la province métropolitaine, selon l'Insee Analyses Réunion n° 49 de novembre 2020.

La tribune remonte aussi à l'histoire économique du territoire. Elle rappelle qu'au moment de l'abolition de l'esclavage, le 20 décembre 1848, les propriétaires ont été indemnisés à hauteur de 671 francs or par esclave libéré, tandis que les anciens esclaves ne recevaient rien. Elle évoque ensuite l'arrivée de près de 200 000 travailleurs engagés, venus principalement d'Inde puis de Chine, pour maintenir la production sucrière, puis la concentration du foncier et de l'industrie après la crise sucrière de 1863, au profit des seules familles disposant déjà des capitaux nécessaires pour investir dans les nouvelles machines à sucre.

C'est dans ce cadre historique qu'Annie Pignolet Dumont défend la notion de préférence régionale. Elle la définit non comme un repli identitaire, mais comme la reconnaissance qu'à compétences égales, la connaissance du territoire et l'engagement local constituent des atouts légitimes. Elle cite en parallèle l'existence d'un pouvoir économique d'origine prolétaire, bâti sans réseau ni capital de départ, qu'elle dit vouloir associer plutôt que combattre.

Sur le plan politique, l'auteure se réclame d'un gaullisme réunionnais qu'elle décrit comme un gaullisme de responsabilité, d'enracinement et de mérite, opposé à l'assistanat comme au communautarisme. Elle appelle à un rassemblement transpartisan entre ceux pour qui la réussite individuelle reste compatible avec l'intérêt collectif. La Réunion, conclut-elle, doit demeurer pleinement française tout en se dotant d'une doctrine de développement propre, capable de peser sur ses choix économiques et institutionnels.

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6 commentaires

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J
Jean-Claude B. 21/06/2026 à 08:45

La semaine dernière j'avais un passager, cadre dans une boîte du Port, qui me disait que pour lui la préférence régionale c'est du protectionnisme déguisé. Deux jours après, j'en avais un autre, jeune diplômé du Tampon, qui cherchait son troisième emploi depuis deux ans. Ces deux là ont besoin de se parler, parce que dans mon taxi moi je les entends tous les deux et franchement i fo trouver un terrain d'entente.

M
Mamie Câline 21/06/2026 à 08:36

Moi je suis à Cilaos depuis toujours, j'ai vu des saisons et des saisons passer. Ce que dit cette dame sur la connaissance du territoire, ça me touche au fond du coeur. Quand les touristes arrivent ici, c'est nous qui savons quel sentier éviter après la pluie, quel plant médicinal pour soigner une foulure, quelle famille peut dépanner un groupe bloqué par le brouillard. Cette sagesse-là, elle ne s'apprend pas dans un bureau en ville.

M
Margaux 21/06/2026 à 07:14

@Lastron-Leïla, ces chiffres sur les diplômes m'ont aussi interpellée. Quand on est arrivés avec mon conjoint pour ouvrir le gîte, on s'est rendu compte assez vite qu'on ne connaissait pas grand-chose à la réalité du territoire, malgré nos diplômes. Je me demande si cette notion de préférence régionale s'appliquerait aussi à des métropolitains qui sont là depuis plusieurs années et qui ont vraiment investi ici, ou si elle vise uniquement les natifs ? Ce n'est pas une critique, c'est une vraie question parce que la limite me semble difficile à tracer.

M
Marie 21/06/2026 à 06:11

Très bien écrit, mais i fo que ça reste pas que des mots. Dans mon secteur, j'ai vu combien c'est dur de recruter local quand les candidats manquent de formation. On a besoin d'actes concrets, pas juste d'une doctrine.

L
Lastron-Leïla 21/06/2026 à 06:09

Le chiffre sur les diplômes de master me choque vraiment : 5 % pour les natifs de La Réunion contre 11 % pour la métropole. C'est énorme comme écart et on en parle si peu ! La question c'est kosa on fait avec ça maintenant, parce que la préférence régionale sans former plus de gens ici, ça reste un slogan. Quelqu'un a lu la source complète de l'INSEE ?

R
Rafiki 21/06/2026 à 06:03

Ce qui me frappe dans cette tribune, c'est que le diagnostic rejoint ce que j'observe sur le terrain quand j'accompagne des groupes dans les cirques. Les guides, les porteurs, les gîteurs de Mafate ou de Salazie, ils ont une connaissance du territoire que personne ne peut reproduire en débarquant de la métropole un matin. Et pourtant, quand les appels d'offres touristiques sortent, ce sont souvent des structures extérieures qui raflent les marchés, parce qu'elles ont les dossiers bien ficelés et les réseaux qu'il faut. La préférence régionale comme atout légitime à compétences égales, oui, je comprends ce que veut dire la conseillère. Il reste à voir comment on traduit ça concrètement sans que ça devienne une formule creuse.