Au lendemain du vote par le Sénat de la loi sur les préjudices subis par les Réunionnais dits « enfants de la Creuse », Marie-Thérèse Gasp, auteure et romancière déplacée de force dans son enfance, a publié une tribune pour dire sa déception. « Je ne crie pas victoire. Loin de là. Je ne peux pas me satisfaire d'un texte qui continue à parler de transplantation là où nous avons vécu un déplacement forcé. Je ne peux pas me satisfaire d'une allocation forfaitaire censée couvrir l'ensemble des préjudices », écrit-elle.
Enfants de la Creuse : la loi votée au Sénat déçoit une déplacée de force
Enfants déportés, Réunionnais poussés dehors : "voilà d’où vient le privilège zorèy" - Crédit Zinfos974 - Société


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J'ai une cliente qui est passée chez moi la semaine dernière, elle a la soixantaine, elle m'a parlé de sa cousine qui avait vécu ça. J'avais jamais vraiment compris ce que ces enfants avaient traversé avant qu'elle me raconte. Une allocation, même si c'est mieux que rien, ça efface pas une vie entière passée loin des siens.
Ce que Marie-Thérèse Gasp exprime, c'est une blessure d'identité profonde, pas juste une injustice administrative. Quand on grandit coupé de ses racines, de sa famille, de sa terre, ça laisse des traces que même le meilleur accompagnement peut mettre des décennies à toucher. Une allocation forfaitaire ne peut pas être le point final d'une telle histoire, il faut aussi une reconnaissance vraie, des mots justes, un espace pour que ces femmes et ces hommes puissent enfin se sentir entendus dans ce qu'ils ont vécu.
Moi ce qui me choque c'est le mot transplantation qu'ils ont gardé dans le texte. On parle de gamins réunionnais envoyés de force dans la Creuse, pas de boutures de géranium. Les gens qui ont rédigé ce texte y ont jamais mis les pieds ici ou quoi ? Une allocation forfaitaire pour couvrir tous les préjudices, c'est comme si tu me disais que ma maison brûlée vaut un prix unique peu importe les dégâts. Ça tient pas la route.
Une loi qui déçoit ceux qu'elle est censée réparer, c'est raté dès le départ.
Ces enfants-là ont été coupés de leur péi comme on coupe une liane de son arbre. Une allocation forfaitaire, ça répare pas ça. Y'a des choses que l'argent peut pas couvrir, la mémoire d'un lieu, l'odeur de la terre, la voix de la mère. La loi devrait au moins nommer les choses avec les bons mots.
C'est une honte que ça ait pris autant de temps pour arriver à un texte qui satisfait même pas les premières concernées. Marie-Thérèse Gasp a raison, le mot transplantation c'est insultant, ça fait penser à une plante qu'on déplace, pas à un enfant arraché à sa famille.