Huguette Bello, Cyrille Melchior et Younous Omarjee ont adressé un courrier commun à Emmanuel Macron pour qu'il défende le Programme d'options spécifiques à l'éloignement et à l'insularité (Posei) lors du Conseil européen des 18 et 19 juin. Les trois élus réclament le maintien du dispositif et une hausse de son enveloppe dans le cadre financier pluriannuel 2028-2034.
Créé en 1989, le Posei soutient l'agriculture des régions ultrapériphériques. À La Réunion, il compense les surcoûts liés à l'éloignement du continent européen pour des filières comme la canne à sucre, l'élevage ou les fruits et légumes. Les signataires rappellent que les exploitations réunionnaises cumulent des contraintes bien réelles : foncier rare, intrants plus chers, concurrence internationale plus vive qu'en Europe continentale.
L'inquiétude porte sur les arbitrages budgétaires à venir. Les élus redoutent une réduction des crédits alloués au Posei dans la prochaine période de programmation. Ils demandent que le dispositif soit « confirmé comme un instrument spécifique et pérenne en faveur des régions ultrapériphériques, sans remise en cause de son existence à chaque nouvelle période de programmation ».
Le courrier pointe aussi l'intégration récente de Mayotte au Posei, réalisée à budget constant, comme un facteur de tension supplémentaire sur l'enveloppe actuelle. Les élus réclament une « revalorisation significative » des montants, qu'ils jugent déconnectés de la hausse des coûts de production. Ils s'appuient sur un vote favorable adopté par le Parlement européen en avril dernier, qui allait dans ce sens.
Dans leur lettre, les signataires font valoir que la souveraineté alimentaire est devenue « un enjeu stratégique de premier plan pour l'Union européenne », dans un contexte de tensions géopolitiques et de dérèglement climatique. Pour La Réunion, territoire fortement dépendant des importations, le Posei conditionne la capacité de l'île à maintenir une production agricole locale et les emplois qui en dépendent.


8 commentaires
@Patrick974, t'as mis le doigt dessus. Chaque nouvelle période de programmation, c'est la même angoisse qui recommence, et ça dure depuis des décennies.
Ce qu'on oublie souvent dans ces débats sur le Posei, c'est que même avec les aides, les contraintes restent énormes. L'eau pour irriguer mes cultures de chouchou et de bringelles dans l'Est, le coût des semences bio certifiées, le foncier qu'on n'arrive pas à agrandir... le dispositif compense une partie, mais lé pa fasil de tenir la tête hors de l'eau face aux produits importés qui arrivent avec des prix cassés. Si en plus l'enveloppe diminue, les petits maraîchers comme moi on est les premiers à morfler, pas les grandes structures.
@TataYoyo, t'as raison et c'est pareil pour nous en restauration. Quand les produits locaux disparaissent ou deviennent hors de prix parce que les éleveurs et les agriculteurs ne s'en sortent plus, c'est toute la carte qu'on doit revoir. Mes clients, ils viennent aussi pour manger réunionnais, pas pour du surgelé importé. Si le Posei se réduit comme peau de chagrin, c'est le tourisme qui morfle aussi, indirectement.
Ce que peu de gens soulèvent, c'est que l'intégration de Mayotte à budget constant revient concrètement à une baisse de dotation pour les filières déjà en place. Si on ajoute un territoire qui représente plusieurs milliers d'exploitations supplémentaires sans réviser l'enveloppe globale, chaque bénéficiaire existant reçoit mécaniquement moins. Ce n'est pas une opinion, c'est une division de base. La revalorisation réclamée par les élus n'est pas un souhait politique, c'est une nécessité arithmétique.
L'argument de la souveraineté alimentaire comme enjeu stratégique est exactement le bon levier pour peser dans ces négociations européennes. Ce n'est pas neuf, ça fait des années que des économistes spécialisés sur les petites économies insulaires le documentent, notamment dans les travaux du CEROM, mais le placer dans le contexte géopolitique actuel lui donne une portée nouvelle. Ce qui me préoccupe davantage, c'est la pérennité du dispositif : on ne peut pas continuer à remettre en cause son existence à chaque cadre financier pluriannuel, ça rend toute planification agricole à long terme quasi impossible pour nos producteurs.
Les marmay qui font de l'élevage ou qui cultivent la canne, y'a pas beaucoup de reconnaissance pour eux. Si le Posei part, c'est toute une façon de vivre qui part avec. Lé pa fasil de tenir une exploitation ici avec tout ce que ça coûte.
Ce qui mérite d'être souligné ici, c'est la question de l'intégration de Mayotte à budget constant. C'est mathématiquement intenable : on ajoute un territoire sans augmenter l'enveloppe, et on s'étonne ensuite que les filières réunionnaises se retrouvent à se battre pour les mêmes crédits. La vraie bataille n'est pas d'écrire à Macron, c'est de convaincre la Commission européenne que les RUP ne sont pas une ligne budgétaire ajustable comme une autre. Est-ce que quelqu'un a des données sur l'évolution réelle des dotations Posei depuis 2006 ?
Les élus écrivent des lettres, ça fait des années qu'on attend. La mer elle attend pas, elle, les prix ils montent tous les ans. On verra ce que Macron en fait.