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Euro Béton jugé le 23 juin pour des années de pollution à Sainte-Marie

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Euro Béton jugé le 23 juin pour des années de pollution à Sainte-Marie

Rejets d'effluents dans la ravine, stockage de déchets dangereux, affouillements sans autorisation... : Euro Béton à nouveau devant la justice pour la pollution de son site de Sainte-Marie - Crédit Zinfos974 - Faits Divers


Cinq membres de la famille Samourgompoullé, qui se sont succédé à la tête de la société Euro Béton, sont convoqués le 23 juin prochain devant le tribunal correctionnel de Saint-Pierre. Les faits reprochés : rejets d'effluents dans la ravine des Figues, stockage de déchets dangereux, affouillements et constructions sans autorisation sur le site de La Mare, à Sainte-Marie. Le parquet avait saisi la justice en 2020 ; il aura fallu cinq ans pour que l'affaire arrive en correctionnelle.

Le dossier remonte bien plus loin. Dès 2012, puis en 2017, Euro Béton avait été condamnée à de fortes amendes pour avoir déversé dans la nature des effluents aqueux issus du lavage des camions-toupies, ainsi que des boues chargées en ciment. Des sanctions confirmées en appel, qui n'ont rien changé aux pratiques. En septembre 2015, la DEAL constate à nouveau « le rejet au milieu naturel sans traitement des effluents liquides », un stockage de déchets sans protection des sols ni des eaux souterraines, et l'exploitation d'un second malaxeur non déclaré. La ravine des Figues, qui longe la zone d'activité, et la nappe phréatique en dessous sont particulièrement exposées.

« Avant, il y avait des poissons et on entendait les grenouilles dans cette ravine, mais il n'y a plus rien. » Cette habitante du quartier décrit aussi l'érosion progressive de son terrain, accélérée par le bétonnage du lit de la ravine. Elle évoque une famille voisine contrainte de déménager en raison de problèmes respiratoires chez les enfants, qu'elle attribue aux poussières du site. Ses courriers à la mairie sont restés sans réponse.

Face à l'inertie de l'entreprise, la préfecture avait prononcé la suspension des activités en août 2016, invoquant « la gravité des atteintes à l'environnement » et « le caractère d'urgence ». Euro Béton a contesté ces arrêtés devant la juridiction administrative, sans succès, mais a continué d'exercer. En mai 2019, après un nouveau contrôle révélant la présence de déchets inertes, non-inertes, dangereux et non dangereux sur le site, la préfecture a exigé la cessation définitive des activités liées au stockage et la remise en état des parcelles. Elle a aussi réclamé le recouvrement de l'astreinte financière courant depuis 2016 : 980 euros par jour ouvré, soit 539 000 euros au total.

« Il est clair que pour Euro Béton, il est plus rentable de poursuivre son activité quitte à laisser courir l'amende », résumait alors un connaisseur du dossier. La société, dont le chiffre d'affaires avoisine les 6 millions d'euros annuels, est l'une des rares productrices de béton prêt à l'emploi à La Réunion. En 2018, sa défense avait tenté de retourner la situation devant le tribunal administratif, dénonçant « un acharnement de l'État » et réclamant 3,9 millions d'euros de dommages pour perte d'activité — une activité qui, de l'aveu même du dossier, n'avait jamais réellement cessé. Aujourd'hui, l'entreprise assure que « tout a été remis aux normes » et que les griefs de la DEAL n'ont plus lieu d'être. Un collectif de riverains s'est constitué partie civile pour obtenir réparation des préjudices environnementaux.

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