La Cour administrative d'appel a tranché. Dans un arrêt du 2 juin 2026, elle confirme la résiliation anticipée de la convention de Délégation de Service Public (DSP) portant sur la gestion du port de Longoni, avec effet au 1er septembre 2026 — soit deux ans avant son terme initial. La gestion assurée par la société MCG, dirigée par Ida Nel, y est qualifiée de « contraire à l'intérêt général ».
La décision fait suite au jugement du tribunal administratif de Mayotte, prononcé à la demande de l'Union Maritime de Mayotte (UMM). La CAA y ajoute un constat accablant : MCG a « appliqué aux usagers du port, de manière délibérée, des tarifs dépourvus de base légale, y compris en se prévalant d'un arrêté falsifié du président du conseil départemental ». La falsification de la signature de Soibahadine Ibrahim Ramadani, ancien président du Département, est désormais reconnue par la justice.
Les manquements reprochés à la délégataire s'accumulent depuis plus d'une décennie. Dès l'obtention de la DSP en 2013, Ida Nel avait modifié le code APE de sa société pour basculer vers la manutention portuaire, entrant directement en concurrence avec les opérateurs déjà en place. La non-transmission de documents obligatoires — rapports annuels d'activité, éléments financiers, plan d'investissements quinquennal — avait ensuite « fait obstacle au contrôle effectif par le Département de la bonne gestion du port », selon la CAA. L'investissement dans des grues et RTG surdimensionnés, amorti sur une période anormalement courte, avait généré des charges artificiellement gonflées, servant à justifier des tarifs jugés exorbitants.
En mai 2022, Ida Nel avait été placée en garde à vue dans le cadre d'une enquête pour fraude fiscale menée par le Parquet National Financier. Un contrôleur général économique et financier avait parallèlement adressé un signalement au procureur de Mamoudzou pour « suspicion de prise illégale d'intérêt et d'abus de biens sociaux ». En septembre 2024, le tribunal administratif avait condamné MCG à rembourser 503 285 euros de trop-perçu, relevant que « l'application de tarifs illégaux depuis 2016 a nécessairement eu des répercussions sur le prix des biens et des marchandises ». L'Autorité de la concurrence avait pour sa part sanctionné MCG d'une amende de 100 000 euros pour « abus de position dominante » et « obstruction » à son enquête.
La question pénale reste ouverte. L'ancien député Mansour Kamardine avait évoqué publiquement le délit de concussion — le fait, pour une personne en charge d'une mission de service public, d'exiger sciemment une somme indue. En retenant le caractère « délibéré » de l'application de tarifs illégaux, la CAA semble conforter cette lecture. Ce délit est passible d'au moins cinq ans d'emprisonnement et de plus de 75 000 euros d'amende. Le Conseil départemental conserve par ailleurs la possibilité d'engager une action en dommages et intérêts. À plus long terme, une évolution du statut de Longoni vers celui de Grand Port Maritime ou d'Établissement Public Industriel et Commercial est évoquée.


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