Face à la baisse annoncée des contrats Parcours emploi compétences (PEC) par le préfet de La Réunion, l'intersyndicale ne se contente pas de dénoncer une réduction des dispositifs aidés. Elle réclame une rupture franche avec la logique des contrats précaires et l'ouverture de véritables emplois statutaires dans les collectivités locales.
« Les besoins dans les communes et les services publics sont réels et permanents », écrit l'intersyndicale dans un communiqué. Les agents concernés interviennent chaque jour dans les écoles, les services techniques, l'animation, l'accompagnement social ou l'entretien des équipements publics. Des missions structurelles, selon les syndicats, qui ne peuvent pas continuer à reposer sur des contrats temporaires.
La critique dépasse le seul dispositif PEC. « Derrière chaque changement de sigle — TUC, CES, CUI, PEC — la réalité reste la même : des travailleurs maintenus dans l'instabilité, sans perspective d'emploi durable ni véritable reconnaissance professionnelle. » Un constat sévère, qui pointe la façon dont les contrats aidés ont progressivement été détournés de leur vocation d'insertion pour couvrir des besoins permanents des collectivités.
L'intersyndicale formule des revendications concrètes : création d'emplois pérennes, titularisation des agents occupant des fonctions permanentes, financement durable des services publics. Elle appelle l'État, les collectivités et les décideurs publics à ouvrir des discussions sur un plan global pour l'emploi, incluant « un véritable plan de lutte contre le chômage et la précarité ». « La population réunionnaise ne peut plus être condamnée aux contrats temporaires et à l'incertitude permanente », concluent les syndicats.


9 commentaires
TUC, CES, CUI, PEC... c'est littéralement un changelog sans amélioration fonctionnelle depuis 40 ans.
Nous les artisans on connaît bien la précarité, les fins de mois serrés, les lendemains incertains. Mais on a au moins le sentiment de construire quelque chose. Ces gens sous PEC ils bossent dur, ils assurent des services réels, et à la fin de l'année c'est zéro garantie. C'est pas une insertion ça, c'est de la main-d'oeuvre à prix réduit pour les collectivités.
J'ai une cliente qui travaille dans un service scolaire depuis quatre ans sous contrat aidé, elle me parlait encore de ça la semaine dernière en se faisant coiffer. Elle sait même pas si ses enfants pourront rester dans leur école l'année prochaine parce qu'elle sait pas si elle sera là. Ce genre de stress i fo pas minimiser.
@Alex, tu soulèves un point légitime sur le chiffrage. En Pays de la Loire j'avais suivi de près un débat similaire dans des communes rurales, et ce qui avait débloqué la discussion c'est justement quand les syndicats avaient produit eux-mêmes une estimation du coût par rapport à ce que les collectivités dépensaient en renouvellements successifs de contrats aidés. Le vrai argument économique n'est pas toujours celui qu'on croit. Ici la problématique est amplifiée par le taux de chômage, ce qui rend le statu quo encore plus difficile à défendre sur le long terme.
Intéressant. En Bretagne j'avais vu des dispositifs d'insertion qui finissaient par déboucher sur des CDI dans des régies communales, pas parfait mais mieux qu'une répétition de CDD. Le vrai problème ici c'est que les collectivités réunionnaises utilisent ces contrats comme variable d'ajustement budgétaire depuis tellement longtemps que c'est devenu structurel, justement. La rupture réclamée par l'intersyndicale est logique sur le papier, mais elle demande une volonté politique que je n'ai pas encore vue se matérialiser.
J'ai une cliente qui est en PEC depuis trois ans dans la mairie, elle sait jamais si elle sera renouvelée en septembre. C'est une vraie angoisse pour elle et pour ses enfants. On parle de stabilité pour les grandes entreprises mais ces gens-là méritent la même chose.
Ce débat sur les contrats aidés revient de façon cyclique depuis les TUC dans les années 80, et à chaque fois le diagnostic est le même sans que les solutions changent vraiment. La question de fond est simple : est-ce que les finances publiques locales à La Réunion peuvent absorber une vague de titularisations, sachant que plusieurs communes sont déjà sous tutelle financière ou très proches du déséquilibre ? L'intersyndicale a raison sur le principe, mais un plan global pour l'emploi sans simulation budgétaire sérieuse, ça reste un voeu.
Chaque fois qu'on change de sigle on recommence à zéro pour les travailleurs, lé pa fasil. Sur le port on a des gars sous contrat aidé depuis des années à faire un boulot qu'aucun titulaire ne veut toucher. À Maurice ou à Mayotte c'est pareil, les collectivités s'appuient sur des précaires pour tourner. Ça finit toujours en grève.
L'argument des missions "structurelles" est recevable, mais l'intersyndicale évite soigneusement de chiffrer combien de titularisations on parle et pour quel coût annuel pour les collectivités. Ouvrir des emplois statutaires à La Réunion, c'est alourdir des budgets communaux déjà sous tension. La vraie question c'est : qui paie, et comment, concrètement ?