Plusieurs parlementaires ultramarins, dont le sénateur réunionnais Stéphane Fouassin, ont cosigné une tribune pour dénoncer ce qu'ils qualifient de « faute politique, sociale, stratégique » de l'État envers les territoires d'Outre-mer. En cause : des arbitrages budgétaires récents qui, selon eux, reviennent sur des engagements financiers pourtant votés en loi de finances.
Le logement social concentre les critiques les plus vives. Malgré les 236,3 millions d'euros inscrits en autorisations d'engagement pour 2026, les signataires font état de baisses comprises « entre 40 % et 62 % » entre les crédits votés et les montants réellement notifiés aux préfets. Sur le terrain, le résultat est concret : opérations gelées, chantiers suspendus, projets abandonnés — dans des territoires où la demande de logements reste pourtant massive.
Même constat pour le Fonds exceptionnel d'investissement (FEI). Les parlementaires affirment qu'une partie des crédits non consommés est redéployée vers d'autres priorités, « sans lien direct avec leur objet initial ». Près de 46 millions d'euros n'auraient pas été engagés, et environ 30 millions n'auraient pas été consommés.
La tribune dénonce aussi la réduction des parcours emploi compétences (PEC), passés selon les signataires de 30 000 à 15 000 contrats cette année, l'absence d'avancée du projet de loi contre la vie chère et les effets de la crise énergétique mondiale sur des économies ultramarines déjà fragilisées. « Ce qui se dessine n'est pas un ajustement technique mais une inflexion politique au risque d'un décrochage social des territoires d'Outre-mer », écrivent-ils.
Les auteurs rappellent le rôle de ces territoires dans la souveraineté maritime et énergétique française, dans un contexte de tensions géopolitiques et de pression climatique croissante. « Faire des économies aujourd'hui sur le dos de nos territoires, c'est affaiblir demain notre capacité d'action », préviennent-ils, en ciblant explicitement le débat à venir avant la présidentielle de 2027. Parmi les cosignataires figurent notamment les sénateurs Thani Mohamed Soilihi, Georges Patient et Dominique Théophile.


6 commentaires
@Jean-Marc, chantiers suspendus, équipes à l'arrêt, ça me rappelle une époque où les bateaux restaient à quai pas par choix. Quand les moyens ne viennent pas, c'est toujours les mêmes qui attendent, ceux du bas. Ce péi-la mérite mieux que des promesses votées et jamais honorées.
@Jean-Marc, je comprends la frustration sur le terrain, mais j'aurais aimé que la tribune cite des projets précis, des montants nominatifs, pas seulement des pourcentages globaux. Entre 40 et 62% de baisse selon les territoires, ça peut vouloir dire des réalités très différentes d'un DOM à l'autre. Fouassin parle pour La Réunion ou pour l'ensemble des Outre-mer de façon indifférenciée ? Ce serait plus lisible si chaque sénateur détaillait la situation de son territoire.
On parle de logement, d'emploi, et c'est légitime, mais personne ne mentionne que le FEI finance aussi des projets côtiers, des infrastructures littorales. Quand ces crédits ne tombent pas, c'est aussi la gestion des récifs et des zones marines protégées qui prend du plomb dans l'aile. La saison touristique lé bon pour l'instant, mais ça tient à pas grand chose, et une côte mal gérée ça se retourne très vite contre tout le monde.
Et la loi contre la vie chère alors, on en parle ? Mes clients se serrent la ceinture depuis deux ans et y'a toujours rien de concret qui arrive.
Les chiffres cités méritent qu'on s'y attarde. Si 46 millions n'ont pas été engagés et 30 millions non consommés sur le FEI, ça représente potentiellement 76 millions immobilisés ou redéployés, sur un fonds censé financer des investissements structurants. Pour des territoires où les besoins sont documentés, c'est un écart difficile à justifier par la seule sous-capacité locale d'absorption.
Ça fait deux chantiers logement social gelés sur ma commune depuis le début de l'année. Les maîtres d'ouvrage nous disent que les notifications ne sont pas tombées, on attend, et pendant ce temps mes équipes sont à l'arrêt. On parle de 40 à 62% de moins entre ce qui est voté et ce qui arrive vraiment sur le terrain, c'est pas un ajustement ça, c'est une catastrophe pour les petites entreprises comme la mienne. On a des charges qui tombent tous les mois, nous, lé pa fasil de faire tourner une TPE quand l'État joue avec les crédits comme ça.