Abattoir bovin, cuisine centrale, pôle multimodal, résidence seniors : la Communauté de communes du Sud de Mayotte (CCSud) a engagé un vaste programme d'investissement à l'horizon 2032. Validé en Conseil communautaire le 1er avril 2023, le Plan Pluriannuel d'Investissement (PPI) recense une dizaine de chantiers pour un montant global qui dépasse les 100 millions d'euros.
Le projet le plus avancé est le Pôle Viande de Mromouhou. Doté d'un budget de 20 millions d'euros, ce futur abattoir bovin — le premier du territoire — a démarré ses travaux en juin 2025, pour une livraison attendue avant fin 2026. L'objectif est double : structurer une filière viande aujourd'hui peu organisée et réduire la dépendance alimentaire du territoire. À Bandrélé, le Pôle d'Échange Multimodal (PEM) de Musicale Plage suit un calendrier comparable. Estimé à 17 millions d'euros, ce projet d'aménagement du front de mer intègre le développement du transport maritime léger de passagers. Les travaux, lancés après une année d'études, doivent s'achever en 2027.
Deux autres chantiers d'envergure sont encore en phase de programmation. La Cuisine Centrale Intercommunale, budgétée à 22 millions d'euros, prévoit la production de 15 000 repas par jour à destination des établissements scolaires du premier et du second degré, avec une mise en service envisagée en 2028. Le futur Siège Social de la CCSud représente quant à lui 18 millions d'euros : bureaux, auditorium de 200 places, centre de ressources — les travaux sont programmés pour 2027.
L'aménagement des littoraux constitue un autre volet du PPI, avec 11 millions d'euros répartis entre deux sites. La plage de Mbouanatsa (4,7 millions) sera sécurisée et réorganisée. Le Jardin récréatif de Mbouini (6,5 millions) fera l'objet d'interventions hydrauliques et écologiques, dans un secteur qui accueille notamment le Festival Laka.
Sur le plan social, la Résidence Autonomie de Bandrélé — estimée à environ 10 millions d'euros — est encore en phase d'études. Ce projet d'habitat pour seniors autonomes serait, selon la CCSud, une première à Mayotte. Enfin, la zone de Miréréni concentre plusieurs équipements : un centre de formation ALEFPA, une caserne de gendarmerie, une clinique privée, une base du RSMA et un Pôle Sportif Départemental. Aucun calendrier ni budget précis n'a été communiqué pour ce secteur.


9 commentaires
@Yannick P, bonne question, et personne n'en parle. Un abattoir c'est bien, mais si derrière y'a pas une comm sérieuse sur la filière, les éleveurs locaux, les débouchés, ça reste invisible. Le péi a besoin que ces projets soient racontés, pas juste annoncés.
@Yannick P, exactement, et c'est le même problème qu'on a dans le maraîchage et l'apiculture ici. On construit des outils avant de consolider les producteurs qui vont les alimenter. Pour le pôle viande, si la filière bovine locale n'est pas organisée en amont, avec du soutien aux éleveurs, du foncier, de la formation, l'abattoir va tourner à moitié vide ou importer. J'espère vraiment qu'il y a un volet agricole dans le PPI qu'on ne voit pas dans cet article, parce que l'outil seul, ça ne suffit pas. Lé pa fasil de structurer une filière sans partir du territoire réel.
La résidence autonomie pour seniors, ça me touche vraiment. Vieillir dans un espace pensé pour soi, avec de l'autonomie préservée, c'est une vraie reconnaissance de ce que les aînés méritent. J'espère que le volet humain, l'accompagnement quotidien, sera aussi travaillé que le volet architectural.
@Yannick P, tu soulèves un point que je me posais aussi. Mais est-ce que justement l'abattoir ne peut pas créer un effet d'entraînement sur l'élevage local ? Genre, si les éleveurs savent qu'ils ont un débouché structuré à proximité, ça ne les incite pas à développer leurs cheptels ? Je suis peut-être naïve là-dessus, mais j'ai l'impression que l'infrastructure peut précéder la filière et la tirer vers le haut.
Pour compléter ce que je disais sur la résidence autonomie, j'ai vu à Brest un projet porté par Brest Métropole avec un volet intergénérationnel qui a vraiment changé la donne sur le lien social. La question c'est si la CCSud prévoit quelque chose de similaire ou si on reste sur un modèle classique. Le fait que ce soit une première à Mayotte, c'est déjà une étape, mais le modèle choisi va tout conditionner.
La résidence autonomie pour seniors, si c'est vraiment une première à Mayotte, c'est un signal fort. À Nantes y'a eu des projets similaires portés par les intercommunalités dans les années 2010, et ça a bien marché quand le volet animation sociale était pensé dès la conception. Curieux de savoir si la CCSud a prévu ça ou si l'aspect humain arrive après le béton.
Un plan pluriannuel d'investissement à 100 millions pour une communauté de communes de cette taille, c'est ambitieux, et c'est bien. Ce qui m'interpelle, c'est le projet de cuisine centrale à 22 millions pour 15 000 repas par jour. Si on fait le calcul rapide, ça représente un coût d'investissement assez élevé par repas produit par rapport aux standards qu'on voit en métropole. Est-ce que les études ont anticipé les coûts de fonctionnement récurrents, personnel, énergie, logistique froide ? Ce sont souvent ces postes-là qui plombent ce type d'équipement sur la durée.
100 millions d'euros, 10 projets, horizon 2032, ça sonne bien. Mais combien de ces chantiers sont réellement financés aujourd'hui, et quelle part repose sur des subventions européennes ou de l'État qui ne sont pas encore confirmées ? L'article parle d'un PPI validé en 2023, mais entre voter un plan et sécuriser les financements y'a souvent un sacré écart. J'aurais aimé voir au moins un tableau de financement.
Le pôle viande de Mromouhou, c'est intéressant sur le papier, mais la vraie question c'est d'où viennent les bêtes. Si la filière locale reste insuffisante, ils vont devoir importer du bétail vivant depuis Madagascar ou les Comores, et là ça devient un vrai sujet logistique. Le transport maritime léger à Bandrélé va dans le bon sens pour désengorger les routes, mais 17 millions pour un PEM sur un territoire comme Mayotte, i fo que les liaisons suivent derrière.