Vincent Rivière remet sur la table l'idée d'un concours d'affectation locale pour les enseignants du second degré à La Réunion. L'ancien candidat aux municipales de La Possession a formulé cette proposition au lendemain d'une conférence de presse organisée à la Région par des enseignants touchés par les mutations interacadémiques.
Ce type de dispositif existe déjà dans certains territoires ultramarins, à Mayotte ou en Guyane. « À La Réunion, c'est déjà le cas pour le premier degré avec le CRPE : les enseignants formés et recrutés ici restent ici », rappelle Vincent Rivière. Selon lui, une telle mesure permettrait de limiter les départs contraints d'enseignants réunionnais vers l'Hexagone.
La proposition rencontre des réserves, notamment « chez certains syndicats enseignants attachés à la mobilité nationale ». Vincent Rivière envisage plusieurs formules : « commencer par quelques filières avant une éventuelle généralisation » ou « faire coexister un concours local avec le concours national actuel afin de laisser le choix aux candidats ».
Il suggère également de faire évoluer les critères des Centres des intérêts matériels et moraux (CIMM), déjà pris en compte dans le barème des mutations, afin de « mieux prendre en compte la situation des enseignants réunionnais et renforcer leurs chances de revenir travailler sur leur territoire ».
Vincent Rivière appelle à un travail collectif associant l'État, les élus, les organisations syndicales et les enseignants concernés. « Chaque année, à la même période, nous faisons le même constat et lançons les mêmes alertes », déclare-t-il. « À un moment, il faudra choisir : agir concrètement ou accepter que cette situation se répète indéfiniment. »


6 commentaires
@Patrick974, tu poses la bonne question sur la volonté politique, mais j'ajouterais que le problème de fond c'est la centralisation à outrance. On l'observe aussi dans l'urbanisme : toutes les décisions structurantes pour le territoire passent par Paris, et on se retrouve avec des résultats qui ne correspondent ni aux usages ni aux réalités locales. Un concours d'affectation locale, c'est finalement la même logique qu'un PLU qui respecte le contexte du péi plutôt que d'appliquer un modèle standard copié-collé depuis l'Hexagone.
Franchement ça me parle ce sujet, j'ai des potes qui ont passé le CAPES, qui ont été mutés dans le 93 ou en Normandie alors qu'ils voulaient rester ici. C'est un peu comme un bug dans le système, sauf que là c'est pas un patch qu'on peut déployer en 48h, ça fait des années que le ticket est ouvert et personne merge la PR.
L'idée n'est pas nouvelle, et c'est d'ailleurs ce que Rivière reconnaît lui-même. La vraie question c'est celle de la volonté politique : l'État a-t-il intérêt à décentraliser la gestion d'un corps aussi stratégique que les enseignants du second degré ? Les syndicats attachés à la mobilité nationale défendent aussi un modèle d'égalité de traitement qui a sa cohérence. Faire coexister un concours local et un concours national, pourquoi pas, mais ça crée deux vitesses et potentiellement deux légitimités différentes dans les mêmes salles des profs. Je pense qu'on sous-estime cet aspect-là.
En Bretagne, y'a aussi des débats sur la rétention des talents dans les territoires, mais c'est plutôt côté entreprises privées qu'on cherche des solutions. Que ce soit l'Éducation nationale qui se penche dessus à La Réunion via un concours spécifique, c'est une approche que j'ai pas vue ailleurs. Ce qui m'interroge c'est la question de la réciprocité : un enseignant formé ici qui veut évoluer vers un poste national, il aurait des désavantages par rapport à ses collègues hexagonaux ? Ça mérite qu'on pose clairement les règles du jeu.
C'est une belle initiative, on sent que la réflexion vient d'un endroit sincère. Quand les gens peuvent s'épanouir là où ils ont leurs racines, ça change tout pour eux et pour leur entourage. J'espère que ça avancera vraiment cette fois.
Est-ce que ce type de concours local aurait aussi un impact sur les filières de formation à l'ESPE ou à l'université ici ? Je me demande si ça changerait le nombre d'étudiants qui s'orientent vers l'enseignement en sachant qu'ils pourraient rester au péi.