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Didier Robert : le parquet requiert six mois ferme en appel

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Didier Robert : le parquet requiert six mois ferme en appel

Procès en appel de Didier Robert : "Il s’est échiné à nier l’évidence avec une mauvaise foi caractérisée", selon l’avocate générale


L'avocate générale n'a pas ménagé ses mots. Ce jeudi 23 avril, Saliha Hand Ouali a réclamé une peine plus sévère que celle prononcée en première instance contre Didier Robert : un an de prison dont six mois ferme sous bracelet électronique, 150 000 euros d'amende et cinq ans d'inéligibilité. L'ancien président de la Région Réunion comparaissait devant la chambre des appels correctionnels dans l'affaire de ses indemnités de séjour, perçues entre 2016 et 2020.

« Il s'est échiné à nier l'évidence avec une mauvaise foi caractérisée », a lancé la magistrate. Au cœur du dossier : 134 280 euros d'indemnités journalières versées pour l'occupation d'une villa louée chemin de la Vigie, à La Montagne. Didier Robert percevait 90 euros par jour, soit près de 2 700 euros par mois, qu'il séjourne ou non dans cette maison qu'il présente comme un « logement professionnel ».

« Pourquoi avoir touché des indemnités chaque jour ? », a demandé la présidente. « J'ai beaucoup de mal à comprendre ce qui m'est reproché », a répondu l'ancien élu, sans vraiment répondre. Il a pourtant reconnu rentrer « le plus souvent possible » à son domicile de Saint-Paul, « une fois par mois peut-être ». La cour lui a rappelé que son foyer fiscal affichait 20 500 euros de revenus mensuels en 2017. « Qu'est-ce qui vous empêchait de vous payer un logement personnel ? », a glissé la magistrate. « J'avais d'autres contraintes… », a répliqué Didier Robert.

L'avocate générale a pointé le processus décisionnel. « Vous proposez un rapport qui concerne une indemnité pour Didier Robert avec Didier Robert qui vote et Didier Robert qui signe. Ce processus ne pose-t-il aucune difficulté alors que vous êtes juge et partie ? » Pour Saliha Hand Ouali, il s'agit d'une prise illégale d'intérêts doublée d'un délit de concussion. « Il aurait dû pointer précisément les jours où il était à Saint-Denis. Pas ceux où il était à Saint-Paul, au Tampon, en métropole ou ailleurs », a-t-elle martelé. Le loyer s'élevait à 2 300 euros mensuels, indemnités du pisciniste et de la femme de ménage comprises.

« Je ne suis ni un délinquant, ni un voleur, ni un truand », s'est défendu l'ancien président de Région. Il a mis en avant ses « indemnités modestes au regard de ses responsabilités » et la gestion d'un budget régional de plus d'un milliard d'euros. « Il ne m'est jamais apparu exagéré de percevoir des indemnités pour avoir un logement qui me permette d'assumer mes fonctions. » L'avocate générale a balayé cet argumentaire comme des « écrans de fumée ». « Une culpabilité éclatante, tellement elle est évidente dans cette affaire », a-t-elle conclu, estimant que trente ans de carrière politique auraient dû lui donner « la connaissance des règles juridiques ».

Me Philippe Creissens a plaidé la relaxe au moyen d'une argumentation technique sur les textes en vigueur, après avoir soulevé trois questions préjudicielles rejetées par la cour. La Région réclame 23 590 euros de dommages et intérêts, le reste du préjudice ayant été absorbé par l'État lors de la mise en cause du comptable public. Le délibéré est attendu le 18 juin.

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