Des salariés et anciens salariés de la SPL Estival, soutenus par le syndicat FO Transports 974, ont déposé ce mercredi une plainte au tribunal judiciaire de Saint-Denis. Leur objectif : donner un coup d'accélérateur à une enquête qu'ils estiment au point mort, malgré la gravité des faits dénoncés.
Cette démarche s'ajoute à une centaine de procédures déjà engagées devant les juridictions judiciaire, administrative et prud'homale. Il s'agit en réalité d'une plainte déjà déposée individuellement par plusieurs salariés, mais reformulée. « On synthétise la plainte, on la met en forme en caractérisant les infractions », précise Ralph Blindauer, avocat spécialiste du droit du travail venu de métropole. Le texte s'appuie sur le rapport de la Chambre régionale des comptes, publié en septembre 2024, pour recentrer le dossier sur des qualifications pénales précises.
Les plaignants évoquent des soupçons de détournement de fonds publics, de favoritisme dans l'attribution de marchés et de prise illégale d'intérêts. La SPL, majoritairement financée par des fonds publics, exerce une mission de service public. Son placement en redressement judiciaire en 2023 a révélé un passif de plus de trois millions d'euros. Ils dénoncent une hausse importante des charges de personnel, liée selon eux à des recrutements et évolutions salariales injustifiés, ainsi que des dépenses contestées : loyers pour des locaux inoccupés, prestations de gardiennage dont la réalité serait douteuse.
« Le but c'est aussi de relancer l'enquête. Je ne sais pas s'il s'agit de la relancer ou de la lancer », poursuit l'avocat. Il redoute un enlisement comparable à d'autres affaires restées sans suite pendant des années. Sans mettre en cause directement magistrats ou enquêteurs, il pointe un manque de moyens structurels et la responsabilité de l'État. « Ce qu'on exige, c'est qu'il soit au-dessus de la pile. »
La plainte vise également plusieurs acteurs jugés défaillants dans leur mission de contrôle : le commissaire aux comptes, l'administrateur judiciaire, mais aussi certains représentants du personnel. « On n'a pas l'habitude, dans les organisations syndicales, de tirer sur des représentants du personnel, mais là, c'est plus grave », affirme Ralph Blindauer. Il évoque des situations où certains auraient bénéficié d'avantages en contrepartie de leur silence.
Pour Sarah Lambert, salariée et déléguée syndicale FO Transports, il s'agit de faire reconnaître une injustice profonde. Elle pointe un décalage entre les avantages accordés à certains et les difficultés subies par d'autres, dans un contexte qui a conduit à des licenciements économiques. Les plaignants attendent de la justice qu'elle dise « toute la vérité » et se saisisse pleinement du dossier. « On a cette impression que rien ne bouge. »


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