Réunies au sein du SOCLE, les principales organisations économiques de La Réunion réclament une application différenciée du Mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (MACF). Elles craignent une forte hausse des coûts dans le BTP, l'agriculture et l'économie locale.
Le monde patronal réunionnais se mobilise contre la mise en œuvre du Mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (MACF), entré en vigueur au 1er janvier. Dans un communiqué commun, le SOCLE – qui regroupe le Medef Réunion, la CPME, l'ADIR, la FRBTP, le SICR et l'UMIH – demande aux pouvoirs publics d'intervenir pour obtenir un régime spécifique aux Régions ultrapériphériques (RUP), dont La Réunion.
Lire aussi : SOCLE : la nouvelle arme du patronat réunionnais face aux coupes budgétaires
Les organisations signataires disent partager « l'ambition de décarbonation de l'Union européenne », mais dénoncent l'application uniforme du dispositif à des territoires insulaires confrontés à de fortes contraintes logistiques. Une transposition sans adaptation pourrait provoquer, selon elles, « un séisme économique et social sans précédent ».
Les importations concernées pourraient subir un surcoût moyen de 31,9 %
Le SOCLE avance plusieurs chiffres pour étayer ses craintes. Les importations concernées pourraient supporter un surcoût moyen de 31,9 %. Le prix du ciment grimperait de 34 % dès 2026, dont 31 % directement imputables au MACF. Le béton prêt à l'emploi augmenterait de 18 à 19 %, avec des conséquences immédiates pour le logement et les infrastructures. Les signataires pointent aussi une menace sur la sécurité alimentaire, via la hausse du coût des engrais azotés pour les agriculteurs.
Lire aussi : Taxe carbone : la CPME Réunion compte sur le futur "Omnibus RUP" pour faire plier Bruxelles
Les organisations patronales soulèvent également ce qu'elles jugent être une incohérence environnementale. Elles rappellent que les territoires ultramarins abritent des forêts tropicales, des mangroves et de vastes espaces maritimes qui contribuent à l'absorption du CO2. Taxer davantage des économies qu'elles présentent comme des « puits de carbone nets » leur paraît contradictoire.
Autre argument avancé : la question des approvisionnements. Le SOCLE rappelle que les routes maritimes vers les RUP s'étendent sur plusieurs milliers de kilomètres et juge contre-productif de contraindre ces territoires à se fournir davantage en Europe continentale plutôt que dans leur environnement régional. Le communiqué relève aussi une contradiction avec la loi Bélim, censée favoriser le sourcing régional et réduire le coût de la construction outre-mer.
L'article 349 pour adapter
Les organisations économiques s'appuient sur l'article 349 du Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, qui autorise des adaptations spécifiques pour les RUP. Elles réclament trois mesures : l'exclusion du MACF pour les intrants destinés à la production et à la consommation locales, une clause de flexibilité pour préserver les filières du BTP et de l'agriculture, ainsi qu'un guichet unique pour aider les PME à faire face à la complexité administrative du dispositif.
Le SOCLE appelle les élus réunionnais, les parlementaires et l'État à porter ce dossier à Bruxelles. « L'Union européenne ne peut prétendre protéger le climat en détruisant le tissu industriel et social de ses propres régions ultramarines », préviennent les signataires.


0 commentaire
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier !