700 voix d'avance à 19h30. Alexis Chaussalet, 32 ans, venait de faire basculer Le Tampon, une ville réputée imprenable depuis quarante ans de pouvoir TAK. Dans les bureaux de vote, les premiers signes ne trompaient pas.
« Je vois des gens qui ne sont pas à notre bord politique, qui ont l'espoir dans les yeux du changement », raconte le nouveau maire, encore surpris par l'ampleur de sa victoire. Dès le matin à Bourg-Murat, territoire acquis à ses adversaires, il pressent le changement. Le soir, les bastions tombent un à un.
Cette victoire, Alexis Chaussalet la revendique collective. « Hier, ce n'était pas la victoire d'Alexis. C'est la victoire de l'équipe. » Le mot revient sans cesse dans sa bouche, comme un antidote à la politique verticale qu'il combat.
L'engagement ne date pas d'hier chez ce fils de mère métropolitaine et de père réunionnais. À treize ans, il manifeste contre le CPE. À quinze ans, dreadlocks et mégaphone en main, il crée une section lycéenne syndicale qui essaimera sur toute l'île. Après Sciences Po Aix, qu'il juge décevant, il milite dans les mouvements altermondialistes avant de revenir à La Réunion en 2020.
« Je suis né sous l'ère TAK. Je ne voulais pas mourir sous l'ère TAK », lâche-t-il. Face aux figures installées, il mise sur les abstentionnistes et la jeunesse. Deux ans de porte-à-porte méthodique, de « ronkozés » où affluent 50, 100, 150 personnes. « On allait chercher les gens. Vraiment. »
Le résultat ? Huit points de participation en plus entre les deux tours, « et ces huit points, ils sont pour nous ». Une campagne difficile marquée par « des attaques, des violences, des taggages d'affiches systématiques ». Mais une méthode payante : réconcilier la politique avec le quotidien des habitants.
Célibataire, passionné de randonnée et de maloya, Alexis Chaussalet refuse l'étiquette de « professionnel politique ». Ses priorités : les cases de quartier, l'approvisionnement local des cantines scolaires, une « démocratie radicale ». « On a l'interdiction stricte de décevoir les gens », prévient-il, conscient que beaucoup de ses électeurs avaient cessé de voter.


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