Environ 80 planteurs se sont rassemblés le mercredi 28 janvier 2026 devant l'usine Téréos de Saint-Louis pour une annonce politique de poids dans le secteur agricole. La Confédération générale des planteurs de canne de La Réunion (CGPER) et l'Union des producteurs de canne à sucre (UPNA) ont officialisé leur rapprochement en vue des élections des commissions mixtes d'usine (CMU) prévues en avril prochain. Ils veulent proposer un projet commun pour garantir un avenir économique aux producteurs de canne.
C'est devant l'usine du Gol que la CGPER et l'UPNA ont scellé publiquement leur alliance. Jean-Michel Moutama, président de la CGPER, et Dominique Clain, président de l'UPNA, ont confirmé les rumeurs d'une liste commune pour les prochaines élections. « Après les élections de la Chambre d'agriculture, nous avons commencé à dialoguer avec l'UPNA. Nous avons réalisé qu'une alliance aurait pu changer nos résultats », a déclaré Jean-Michel Moutama. Après plusieurs réunions, ils ont décidé de préparer une initiative pour l'avenir de la filière. Dominique Clain insiste sur l'importance de ces élections : « Ces élections déterminent le prix de la tonne de canne entre les producteurs et les industriels. Nous devons agir rapidement pour sauver la filière. »
Les deux dirigeants ont précisé qu'il ne s'agit pas d'une fusion, mais d'une collaboration pour élaborer un projet commun. « Notre but est que les producteurs puissent vivre dignement de leur travail », a résumé Moutama. Les discussions ont rapidement abordé la question de la rentabilité de la filière canne. « C'est l'une des rares filières où les producteurs ne parviennent plus à vivre », a déclaré Moutama. Il a interrogé les instances sur le coût de production d'une tonne de canne, sans obtenir de réponses claires. Les syndicats demandent donc une étude approfondie sur les coûts de production. « Nous solliciterons le CPCS pour réaliser cette étude, car c'est son rôle. Cela nous permettra de fixer un prix plancher qui garantisse la viabilité des exploitations », a insisté Moutama. Clain a ajouté : « Notre combat est centré sur la mécanisation et le prix plancher. Chaque fois que nous abordons ces thèmes, nous sommes ignorés. Pour sauver la filière, il faut trouver un revenu acceptable pour tous. »
Un chiffre, 13,8, a été au centre des débats. Il représente la richesse de référence servant à établir le prix de la tonne de canne, fixé à environ 40 euros. « La moyenne de l'île se situe aujourd'hui à 13,35. Les 13,8 sont obsolètes », a martelé Moutama, pointant une perte importante pour les producteurs. Clain a précisé que de nombreux agriculteurs sont bien en dessous des 13,8, certains atteignant même des valeurs de 4. Pour les deux syndicats, cette référence doit être révisée par l'État, qui peut seul lancer une nouvelle étude officielle.
Un autre sujet de préoccupation : la dette envers Téréos. « À la fin de l'année 2025, les planteurs de canne doivent 5 millions d'euros à Téréos pour divers trop-perçus et avances », a déclaré Moutama. Il a critiqué un système où les producteurs se retrouvent à devoir de l'argent après avoir livré leur produit. Clain a témoigné de ses difficultés personnelles : « À la fin de l'année, je n'arrivais même plus à payer mon loyer. Nous devons prioriser le paiement des salariés et des charges, et il ne reste rien pour nous. »
Pour CGPER et UPNA, cette union est une question de survie. « Les décisions sont prises par les industriels, sans consulter les agriculteurs. Nous devons être entendus », a conclu Clain. Moutama a lancé un appel aux producteurs : « Rejoignez-nous. Nous devons porter ce projet ensemble. Si rien ne change, la filière canne est condamnée. » Les élections des CMU d'avril revêtent une importance capitale pour l'avenir de la filière canne.


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