Les représentants de la filière canne-sucre-rhum ont manifesté leur colère ce vendredi après la réintégration de l'amendement Fouassin dans le projet de loi de finances 2026. Cette taxe est « injuste, mal préparée et potentiellement destructrice » pour l'économie réunionnaise, dénoncent-ils. Selon eux, la mesure avantagera les alcools importés sans réduire l'alcoolisme.
Teddy Boyer, président de La Réunion des Rhums, retrace l'historique mouvementé de ce dossier. La mobilisation débute en décembre quand l'amendement arrive au Sénat. D'abord étendu à tous les départements producteurs, il vise finalement La Réunion seule après l'opposition des élus antillais.
En janvier, la commission des finances de l'Assemblée nationale rejette l'amendement pour ses impacts économiques. « Nous avons appris que le gouvernement maintenait cet amendement malgré l'opposition unanime des acteurs de la filière », déplore Boyer.
L'ampleur de la hausse inquiète particulièrement. Selon les calculs de la filière, la fiscalité sur le rhum grimperait à plus de 2.360 euros par hectolitre, contre environ 811 euros actuellement. Soit une explosion de 1.014 %. Les consommateurs paieraient environ 8 euros de plus par bouteille de rhum blanc à 49°, avant l'octroi de mer et la TVA. « La Réunion deviendrait le seul département français à imposer une telle taxe sur une production locale », dénonce Boyer, qui parle de mesure « discriminatoire ».
La filière conteste aussi l'idée que le rhum réunionnais serait le moins taxé de France. Avant cette surtaxe, La Réunion affiche déjà la fiscalité DOM la plus lourde, avec une vignette Sécurité sociale qui a bondi de 360 % en cinq ans et une accise régionale en hausse de 42 % depuis janvier.
En 2026, une bouteille de vin en métropole supportera environ 3 centimes de taxes, contre plus de 11 euros pour une bouteille de rhum réunionnais avec la nouvelle surtaxe. Boyer rappelle que le rhum paie déjà plus que le vin par gramme d'alcool pur.
La filière ne nie pas les enjeux de santé publique, mais doute de l'efficacité de cette approche. Les hausses précédentes n'ont pas fait baisser la consommation d'alcool, rappelle Boyer. Il cite une étude de l'ARS : 47 % des personnes dépendantes boivent du rhum, contre 53 % d'autres alcools qui échappent pourtant à ces hausses.
Les professionnels redoutent un péril pour toute la filière canne-sucre-rhum. Philippe Labro, président du Syndicat du sucre, évoque un « matraquage fiscal » qui doublerait le prix moyen d'une bouteille et favoriserait les alcools importés.
Le président de Téréos Océan Indien alerte sur la perte du marché local pour la mélasse, qui coûterait environ 3 millions d'euros par an à la filière. Olivier Fontaine, président de la Chambre d'agriculture, prévient qu'affaiblir un maillon pourrait faire tomber tout le secteur.
Alexis Rivière, fondateur de la distillerie Payet & Rivière, craint pour l'avenir des microdistilleries. Cette taxation pourrait fermer son entreprise et supprimer ses emplois. Il observe que les jeunes boivent moins d'alcool par choix personnel, pas à cause des taxes.
Tous les acteurs réclament le retrait de l'amendement et une vraie concertation avant toute réforme fiscale. Ils préparent une manifestation devant la préfecture pour ce « cri de colère ». Mais la ministre de l'Outre-mer a confirmé : l'amendement reste dans le projet de loi.


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