Le débat sur la taxation des alcools forts à La Réunion s'intensifie. L'amendement du sénateur Stéphane Fouassin, réintégré dans le projet de loi de finances pour 2026, provoque de vives réactions dans la filière canne. Alors que le gouvernement envisage d'utiliser l'article 49.3 pour faire passer la loi, Fouassin réclame une table ronde avec tous les acteurs concernés.
Le dispositif, qui permettrait une majoration des droits d'accise sur les alcools forts, a été réintroduit après avoir été supprimé en commission des finances de l'Assemblée nationale. Cette suppression résultait d'un amendement du député Philippe Brun, soutenu par la présidente de Région, Huguette Bello. Fouassin, qui avait anticipé ce coup de théâtre, avait déjà prévu de réintroduire son amendement par un autre canal.
Avec l'activation potentielle du 49.3, le sort de cet amendement dépend principalement du gouvernement. Fouassin, tout en se félicitant de la réintégration de son texte, reste prudent et attend la validation par le Conseil constitutionnel.
Il rappelle que son amendement ne s'applique qu'à La Réunion, ce qui pourrait poser des problèmes de conformité constitutionnelle. Pour éviter d'éventuelles censures, une extension aux autres territoires ultramarins producteurs de rhum avait été envisagée.
Face aux inquiétudes croissantes, le sénateur a renouvelé son appel au dialogue. « Je demande une réunion avec les producteurs de rhum pour établir une concertation avec le conseil départemental. Cela permettra d'éviter des conséquences néfastes sur la filière », a-t-il déclaré. Il insiste sur l'interdépendance entre les planteurs de canne et ceux qui produisent la mélasse, essentielle à la fabrication du rhum.
Cette demande de concertation trouve un écho chez des acteurs économiques locaux, qui ont exhorté le président du Département à suspendre le projet et à engager un dialogue constructif.
La Chambre d'agriculture, le Comité paritaire de la canne et du sucre (CPCS) et le Syndicat du sucre ont également alerté le Premier ministre Sébastien Lecornu. Dans une lettre, ils expliquent que la mise en œuvre du projet pourrait entraîner une augmentation de plus de 1 600 euros par hectolitre d'alcool pur, soit une hausse de 1 200 % de la fiscalité sur le rhum local. Cette situation pourrait conduire à un report de la consommation vers des alcools importés, mettant en péril les distilleries et l'ensemble de la filière canne-sucre.
Les représentants de ce secteur estiment que la perte pourrait atteindre 3 millions d'euros par an pour les planteurs, menaçant près de 15 000 emplois locaux. Ils demandent donc au gouvernement de retirer cette « mesure discriminatoire » du projet de loi afin de garantir la compétitivité de la filière.
La Réunion des Rhums, syndicat professionnel, a également fait part de ses inquiétudes et réitéré son appel à la concertation, rappelant la nécessité d'un dialogue entre toutes les parties prenantes. Ce dossier continue de cristalliser les tensions entre les enjeux de santé publique, les équilibres économiques et l'avenir de la filière canne-sucre-rhum à La Réunion.


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