Ce mercredi, les 39 caisses régionales du Crédit Agricole ont vécu une journée de débrayage national. À La Réunion, des salariés ont manifesté devant le siège régional et dans plusieurs agences, sous la pluie, à l'appel de la CFE-CGC et de Sud Solidaires. Les syndicats dénoncent des suppressions de postes, des écarts de salaires avec la métropole et l'enlisement des négociations annuelles obligatoires (NAO).
Alain Nativel, délégué syndical SNECA et président de l'union régionale CFE-CGC, pointe deux problèmes principaux. Premier grief : les salaires. Les dernières NAO ont débouché sur une hausse de 0,4 %, très loin de l'inflation locale.
L'inégalité de traitement avec l'Hexagone persiste aussi. « À poste équivalent, les salariés réunionnais gagnent en moyenne 8 000 euros de moins par an que leurs homologues métropolitains, alors que le coût de la vie est plus élevé ici », précise-t-il, en s'appuyant sur un rapport d'expertise qui classe la caisse régionale de La Réunion-Mayotte parmi les moins bien rémunérées.
Second motif d'inquiétude : le projet national « Efficacité 2030 », qui prévoit de réduire les coûts du groupe, surtout par des suppressions d'emplois. Nativel réclame l'ouverture de négociations pour anticiper et accompagner cette transformation. Il rappelle que la caisse régionale génère chaque année entre 35 et 40 millions d'euros de bénéfices.
Ce débrayage fait partie d'un mouvement national porté par une intersyndicale qui réunit la CFE-CGC et Sud Solidaires. La CFDT et Force ouvrière ont quitté l'intersyndicale. Nativel déplore le blocage des négociations, au niveau national comme régional, et indique que les NAO n'ont toujours pas commencé localement.
À La Réunion, les syndicats comptent plus d'une cinquantaine de participants au débrayage, sans chiffre officiel confirmé. Matthias Ramsamy, délégué syndical SUD CAM – Sud Solidaires, juge que la reconnaissance du travail des employés ne reflète pas leur engagement et que les NAO restent décevantes.
Ramsamy dénonce un dialogue social « à l'arrêt depuis près de quatre ans » et des projets conçus sans tenir compte des spécificités ultramarines. Il avance que jusqu'à 30 % des postes risquent de disparaître d'ici 2030, avec l'automatisation croissante.
Les syndicats comptent maintenir la pression pour relancer les discussions, même si aucun rendez-vous avec la direction n'était programmé ce jeudi. Nativel veut « se réunir pour avancer ensemble », sans exclure un durcissement du mouvement en cas de blocage persistant.
Pour Ramsamy, cette mobilisation envoie un signal fort : « Le Crédit Agricole n'a pas l'habitude de faire grève. La mobilisation des 39 caisses régionales et des salariés de La Réunion, malgré les intempéries, montre une véritable motivation et un malaise profond. »


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