La cour administrative d'appel de Bordeaux a relancé la procédure engagée par l'association Fort Réunion contre le permis de construire délivré par la mairie de Saint-Denis pour la dépose de la statue de Mahé de La Bourdonnais. Le tribunal administratif devra réexaminer le dossier. Ce conflit autour du patrimoine et de la mémoire n'est pas terminé.
L'association Fort Réunion, qui conteste ce qu'elle appelle un « déboulonnage » d'un symbole historique, marque un point. La cour a annulé la décision du tribunal administratif de La Réunion, qui avait déclaré irrecevable le recours contre le permis autorisant le retrait de la statue du square éponyme de Saint-Denis. Une nouvelle bataille judiciaire s'ouvre sur ce dossier où histoire, culture et politique s'entremêlent.
Christian Cadet, président de l'association, accuse la municipalité d'Ericka Bareigts de vouloir effacer un pan de l'histoire de l'île sous couvert de travaux de réaménagement. Le 4 décembre 2023, la statue a été retirée pour être restaurée et déplacée à la caserne Lambert.
Fort Réunion a multiplié les recours : deux pour annuler le permis et un référé en urgence pour suspendre les travaux. L'association affirme que le permis signé par la mairie cache en réalité un acte de démolition. Patrice Rivière, trésorier de Fort Réunion, rappelle que « le code de l'urbanisme ne prévoit pas de permis de déplacement pour un monument historique ». Selon lui, la charte de Venise adoptée par l'Unesco exige une concertation scientifique avant ce type de décision.
La mairie invoque un projet de requalification urbaine et la volonté de retirer du centre-ville un symbole lié à l'esclavage. Cette position a déclenché un vif débat. Des historiens comme Prosper Ève, Albert Jauze et Alexis Miranville ont pris parti pour l'association, estimant qu'il ne faut pas gommer les traces d'un passé complexe.
La cour d'appel a reconnu à Fort Réunion un intérêt à agir, compte tenu de son rôle dans la défense du patrimoine et du « vivre-ensemble réunionnais ». Le recours contre le permis municipal retourne devant le tribunal administratif de Saint-Denis, tandis que la contestation de l'accord préfectoral a été définitivement rejetée.
Cette décision conforte l'association dans son combat pour une mémoire « partagée et non effacée ». À Saint-Denis, la statue de Mahé de La Bourdonnais, absente depuis plus de deux ans, cristallise un débat qui va bien au-delà du juridique et interroge la place de l'héritage colonial dans l'espace public.


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