La FIFA veut ouvrir son capital à des investisseurs privés. Le projet, baptisé FIFA Forward Enterprise, consiste à regrouper les principales activités commerciales de l'instance — droits de diffusion, partenariats, billetterie, licences et exploitation des compétitions — au sein d'une nouvelle structure. Des investisseurs minoritaires pourraient y entrer à hauteur d'environ 20 %, selon plusieurs médias. La FIFA assure qu'elle conserverait la majorité au conseil d'administration et l'autorité exclusive sur la gouvernance sportive.
Gianni Infantino, président de la FIFA depuis 2016, défend le projet sur le terrain financier. L'instance promet une levée de fonds de 4,2 milliards de dollars dès cette année et une enveloppe globale pouvant dépasser 10 milliards de dollars sur quatre ans, contre 2,7 milliards de dollars initialement prévus pour les fédérations membres sur la période 2027-2030. Ce mécanisme a été rebaptisé FIFA Fast Forward Programme.
Le projet a été monté avec la banque d'affaires J.P. Morgan et le fonds Thrive Eternal, créé par Joshua Kushner, frère de Jared Kushner, gendre de Donald Trump. Cette dimension à la fois financière et politique alimente déjà les critiques.
L'UEFA a répondu avec la plus grande fermeté, jugeant que la gouvernance et les compétitions du football ne peuvent pas être traitées comme des actifs soumis à la logique des investisseurs. Philippe Diallo, président de la Fédération française de football, a déclaré sur France Inter avoir découvert le projet par communiqué, sans aucune concertation préalable. Une réunion d'urgence a rassemblé l'UEFA et les grandes fédérations européennes. Selon Radio France, l'hypothèse d'un boycott du prochain Mondial y a été évoquée.
La contestation dépasse les frontières de l'Europe. La Confédération asiatique de football et la Concacaf ont toutes deux regretté l'absence de consultation et réclamé davantage de transparence. La ministre française des Sports, Marina Ferrari, a estimé que « le football n'est pas à vendre ». Le commissaire Glenn Micallef a soulevé des questions liées au droit de la concurrence. Javier Tebas, président de la Ligue espagnole, a dénoncé un mélange dangereux entre pouvoir, argent et décisions sportives.
Le projet doit encore être validé par le Conseil de la FIFA. L'instance affirme que les investisseurs ne contrôleront pas le jeu et que les bénéfices seront réinvestis dans le football. Ses opposants craignent qu'à terme, les intérêts financiers pèsent sur les décisions sportives, au détriment d'une compétition que beaucoup considèrent comme un patrimoine commun.


5 commentaires
Je connais rien à la finance, mais j'ai une cliente qui me dit toujours que dès que quelqu'un arrive avec des millions à investir, c'est jamais vraiment gratuit. Et là avec des Kushner dans le lot, on dirait que même le foot i fo faire attention à qui ouvre la porte.
Ce qui me gêne dans ce projet, c'est la même chose qu'on voit parfois en entreprise : les décisions tombent d'en haut, les parties prenantes l'apprennent par communiqué, et après on s'étonne que ça crée de la résistance. Philippe Diallo qui découvre ça par voie de presse, c'est exactement le genre de management qui casse la confiance sur le long terme. On a beau promettre que rien ne changera dans la gouvernance, les gens ne sont pas dupes, ils savent que celui qui tient les cordons de la bourse finit toujours par avoir son mot à dire.
10 milliards de dollars promis, mais personne autour de la table au moment de décider. Ça ne marche pas comme ça.
Dans une coopérative, si un associé décide de vendre 20 % des parts à un investisseur extérieur sans vote en assemblée, ça ne passe pas, point. Le parallèle avec ce que fait Infantino est troublant, i fo quand même que les fédérations membres aient leur mot à dire avant qu'on restructure toute la maison.
Ce qui me frappe, c'est la méthode architecturale du projet : on construit d'abord la structure financière, on dessine les façades institutionnelles après. J.P. Morgan et un fonds lié aux Kushner comme maîtres d'ouvrage cachés, c'est le schéma classique du promoteur qui impose son programme avant que le permis soit déposé. L'UEFA réagit comme un ABF face à un projet qui menace un site classé, sauf qu'ici le patrimoine commun, c'est le football lui-même. Infantino a oublié une règle de base : on ne change pas la destination d'un bâtiment sans consulter les occupants.