À 76 ans, Peter Mertes n'a toujours pas demandé pardon. Fondateur de la marque réunionnaise Pardon!, cet entrepreneur d'origine allemande revendique la provocation depuis plus de quarante ans et ne s'excuse d'aucune des polémiques que ses collections ont suscitées. Portrait d'un homme qui continue de diviser.
Tout a commencé par un voyage raté. Né en Allemagne, près de la frontière luxembourgeoise, Peter Mertes débarque à La Réunion sans intention de s'y installer. Sa destination, c'est le Costa Rica. L'île n'est qu'une escale. Pour financer son billet de départ, il imprime des tee-shirts et des sacs. Une chemise ornée d'un petit diable, inspiré d'un ancien journal satirique allemand, attire l'œil des passants. «Je me suis dit : là, c'est une occasion.» Avec quelques amis, il conçoit trois premiers modèles, teints à la main, imprimés dans le jardin de sa compagne. Le Costa Rica s'efface de l'horizon. «Je me suis dit que le paradis n'était nulle part.»
Pardon! s'est depuis installée dans le paysage réunionnais. La marque compte aujourd'hui six boutiques officielles, une trentaine de salariés dans le textile et un chiffre d'affaires annuel qui dépasse les cinq millions d'euros selon son fondateur. Des commandes partent jusqu'en Allemagne et aux États-Unis. Derrière ces chiffres, une méthode : des vitrines renouvelées tous les deux mois, des collections qui s'inspirent de l'actualité politique et sociale, et un petit diable rouge devenu symbole reconnaissable entre mille.
Les polémiques, elles, ont suivi le même rythme. À ses débuts, des prêtres déconseillaient d'acheter ses vêtements. Certaines campagnes ont été accusées de sexisme, d'autres de grossophobie. La controverse la plus vive reste récente : quelques heures après le passage du cyclone Belal — qui avait déclenché pour la première fois une alerte violette et causé la mort de cinq personnes —, Pardon! sortait sa collection «Violet». «Choquant», «déplacé», «de mauvais goût», pouvait-on lire à l'époque. Interrogé sur ce choix, Mertes l'assume et préfère parler du «mauvais fonctionnement des secours et de ce qui l'a choqué dans la gestion de la crise».
Face aux accusations de racisme ou de sexisme, la réponse est sèche : «Non. Du tout.» Pas un mot de plus. Sur la limite de la liberté d'expression, il avance une règle qu'il dit emprunter à la Bible : «Ne pas faire aux autres ce qu'on ne souhaite pas qu'ils nous fassent.» Une ligne de conduite, dit-il. Quant au buzz, il balaie l'idée d'en faire une stratégie. «Les buzz, je n'ai jamais compris. Quand on faisait ça, c'était pour s'amuser.»
L'échec de l'expansion nationale reste l'un des rares sujets où Mertes reconnaît une erreur de calcul. Des boutiques ouvertes en métropole, sans succès. Des millions investis. «Je pensais qu'avec deux millions on pouvait devenir une marque nationale. Il en fallait deux cents.» Sans détour. Il détient par ailleurs plusieurs établissements au carré cathédrale, dans le centre-ville de Saint-Denis.
Sur la transmission, il est plus disert. Une fondation est en cours de création, qui devrait reprendre la marque le moment venu. «Je pense que ça va être repris par la fondation», répète-t-il. La retraite, elle, n'est pas à l'ordre du jour. «Surtout pas !» Et ce qu'il aimerait que les Réunionnais retiennent de lui : «Les deux. Le provocateur et l'entrepreneur.»


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