La France crée des emplois, mais produit moins de richesse par heure travaillée qu'avant la pandémie. C'est le constat d'une analyse publiée par Vie-publique.fr, qui relève un écart persistant entre la trajectoire actuelle de la productivité du travail et celle qu'elle aurait suivie sans la crise du Covid-19.
Cet écart est chiffré : la productivité reste « environ 4 % inférieure à la trajectoire qu'elle aurait suivie si les tendances d'avant-crise s'étaient poursuivies ». Un retard qui pèse directement sur la capacité à financer les services publics, à soutenir les hausses de salaires et à tenir la comparaison avec les voisins européens.
Deux facteurs immédiats sont identifiés. L'essor de l'apprentissage et des microentreprises a permis de créer « un nombre important d'emplois », selon l'analyse, mais ces postes sont souvent occupés par des personnes moins expérimentées ou à temps partiel, ce qui tire mécaniquement la productivité vers le bas. Par ailleurs, beaucoup d'entreprises ont conservé leurs salariés même lorsque leur activité ralentissait, par crainte de futures difficultés de recrutement. Cette rétention de main-d'œuvre protège l'emploi, mais réduit la richesse produite par salarié.
L'analyse pointe également des « causes plus profondes » : ralentissement des gains liés au progrès technologique, investissements moins performants dans certains secteurs, vieillissement de la population active et diffusion jugée trop lente des innovations numériques au sein des entreprises.
Les économistes estiment que l'intelligence artificielle, la robotisation et la transformation numérique pourraient relancer les gains de productivité, à condition que ces innovations soient largement adoptées par les entreprises.


5 commentaires
Mon client de ce matin m'a dit la même chose : il garde son employé même quand y'a moins de boulot parce que la dernière fois qu'il a licencié quelqu'un il a mis huit mois à retrouver quelqu'un de bien. C'est tout ce article en vrai.
La diffusion trop lente des innovations numériques, on en rigolerait presque ici au Tampon. Les outils de gestion de coopérative, les plateformes pour vendre en circuits courts, i fo se battre pendant des années pour que les collègues agriculteurs adoptent le moindre logiciel. C'est pas une question de volonté, c'est une question de formation accessible et de connexion qui tient la route. Tant que ces deux problèmes ne seront pas réglés dans les territoires comme le nôtre, le retard de productivité il va rester bien ancré.
C'est vrai que ces chiffres font réfléchir, mais je retiens quand même que des emplois ont été créés, et ça c'est concret pour des familles. La productivité ça se reconstruit, surtout si on accompagne mieux les gens dans leur montée en compétences.
Dans le BTP, on voit exactement ce truc des apprentis qui tirent les stats vers le bas. J'en prends, des apprentis, et franchement les deux premières années t'avances pas vite sur le chantier. Mais si on les prend pas, dans dix ans y'a plus personne qui sait poser un enduit. C'est un investissement, pas un boulet, et les économistes devraient faire la différence.
Ce qu'ils appellent pudiquement 'rétention de main-d'œuvre', nous on connaît ça depuis toujours sur les docks : le patron garde les gars pas par bonté d'âme, mais parce qu'il sait que former un bon travailleur ça coûte. Sauf que maintenant on nous sort des stats pour expliquer que les salariés seraient responsables de la baisse de productivité, c'est un peu court. Les entreprises ont encaissé les aides pendant le Covid, elles ont préservé leurs marges, et aujourd'hui c'est les chiffres des travailleurs qui trinquent dans les analyses. Le problème n'est pas que les gens travaillent mal, c'est que l'investissement dans les outils et la formation réelle n'a pas suivi.