L'usine de Bois-Rouge est bloquée depuis mercredi matin. Des planteurs membres de l'UPNA et de la CGPER ont mis leur menace à exécution, au lendemain d'un appel à la mobilisation lancé par plusieurs organisations syndicales.
Jean-François Sababady, co-président du Comité paritaire canne-sucre pour les planteurs, a exposé les raisons de l'action. Premier grief : le manque de transparence de Tereos sur les sommes dues par chaque exploitant. « Ce n'est pas normal de commencer une campagne et de ne pas savoir le montant réel dû à l'usinier », a-t-il déclaré. Les documents transmis aux planteurs ne leur permettent pas de connaître précisément le capital restant à rembourser, une situation qu'il qualifie de « manque de respect » envers les producteurs. Un prélèvement de 7 euros par tonne doit par ailleurs prochainement entrer en vigueur.
Second motif d'inquiétude : les premières analyses de richesse en sucre. Même les cannes récoltées manuellement affichent des niveaux particulièrement faibles, autour de 6,7, après une centaine de tonnes récoltées. Sababady réclame la communication du taux réel d'extraction pratiqué par l'usinier depuis le début de la campagne. Si ce taux s'avère sensiblement supérieur aux richesses annoncées aux planteurs, des explications devront être apportées, prévient-il.
Au-delà du bras de fer immédiat, le co-président du Comité paritaire canne-sucre adresse deux demandes aux pouvoirs publics. Il appelle l'État à instaurer, par avenant, un fonds de garantie exceptionnel pour les campagnes 2026 et 2027, afin de sécuriser la filière avant l'entrée en vigueur du prix plancher prévu en 2028. Il souhaite également rencontrer la présidente de la Région Réunion pour obtenir un engagement financier exceptionnel en faveur des planteurs, qu'il présente comme indispensable à la préservation d'une filière qu'il considère comme un patrimoine de l'île.
Le blocage est maintenu jusqu'à nouvel ordre, dans l'attente d'une réponse de Tereos et des autorités publiques.


8 commentaires
Sujet loin de mon domaine, mais comme @Tom Bib le souligne, c'est un rapport de force qu'on retrouve partout. Ce qui me frappe ici c'est la même logique qu'on voit dans les marchés publics de construction : le maître d'ouvrage qui retient l'information comptable, qui tarde à valider les situations de travaux, et le petit prestataire qui avance sans savoir réellement ce qu'il va toucher. La filière canne a la même architecture relationnelle dysfonctionnelle que bien des secteurs. Un fonds de garantie c'est bien, mais ça ne règle pas le problème de fond si la convention ne prévoit pas d'obligation de communication des données brutes.
On est à Saint-Leu, les touristes me demandent ce qui se passe, pourquoi y'a du bruit, des barrages. J'essaie d'expliquer que la canne c'est pas juste une carte postale avec de beaux champs verts, c'est des familles qui travaillent dur et qui méritent de savoir ce qu'on leur doit. Mais bon, Tereos ça répond pas, les pouvoirs publics ça tergiversent, et nous on fait ce qu'on peut avec ce qu'on a.
Je suis pas de la filière canne, mais quand des producteurs bloquent une usine pour obtenir des chiffres que n'importe quel fournisseur devrait recevoir de base, c'est qu'on a un vrai problème structurel. Sur le lagon on connaît bien les rapports de force avec les gros opérateurs, quand t'es petit tu te bats pour chaque donnée, chaque relevé. La demande d'un fonds de garantie pour 2026 et 2027 me paraît la plus urgente à traiter, parce qu'attendre 2028 pour un prix plancher c'est long quand t'as des dettes qui courent.
On a connu ça dans la pêche aussi. L'usinier, le mareyeur, c'est pareil. À la fin de la journée c'est toujours le petit producteur qui sait pas exactement ce qu'il touche. Le péi-la change pas vraiment.
La richesse en sucre à 6,7 en début de campagne, c'est effectivement très bas, mais la vraie question c'est celle que pose Sababady : est-ce que le taux d'extraction réel correspond à ce qu'on nous annonce ? Dans notre coopérative on a appris à croiser nos propres mesures avec celles de l'usinier. Tant que Tereos ne publie pas ces chiffres de façon transparente, le blocage est la seule réponse logique.
Un rapport de force asymétrique entre un géant industriel et des producteurs individuels, ça fait écho à tellement de situations qu'on a déjà vécues dans l'histoire de cette île. La demande de transparence sur les taux d'extraction me rappelle les grandes luttes pour la lisibilité des contrats agricoles qu'on retrouve documentées dans les travaux de Jean Defos du Rau sur l'économie réunionnaise. La filière canne porte une mémoire collective lourde, et quand la confiance se brise entre l'amont et l'aval, c'est tout l'équilibre du péi-la qui vacille.
Ce manque de transparence sur les taux d'extraction, ça me sidère pas vraiment. Les petits producteurs ont toujours du mal à obtenir des chiffres clairs de ceux qui transforment leur récolte, que ce soit la canne ou autre chose. Moi sur le marché de Sainte-Suzanne je sais exactement ce que je vends et à quel prix, i fo que les usiniers fassent pareil avec leurs planteurs. Un prélèvement de 7 euros la tonne qui arrive comme ça sans explication claire, c'est inacceptable.
Mon dieu, même ici à Cilaos on entend parler de ce blocage, les nouvelles montent vite dans les hauts. La canne c'est toute une vie pour ces familles, des générations qui ont travaillé la terre, et ne pas savoir ce qu'on vous doit à la fin d'une campagne c'est vraiment dur à accepter. J'espère que les autorités vont écouter ces gens-là.