Quatre mois après un premier dépôt, le projet de fusion entre les réseaux de distribution de Leader Price et Run Market a fait l'objet d'une nouvelle notification auprès de l'Autorité de la concurrence, enregistrée le 12 mai. Ce second dépôt ne traduit pas un changement de fond : il répond à une demande de reformulation de l'Autorité elle-même.
« Les travaux avancent, mais ça n'avance pas comme nous l'espérions », confie un acteur du dossier. Depuis la première notification déposée le 16 janvier 2026, l'instruction réclame davantage de compléments que prévu. Le 13 mai, l'Autorité a publié le détail de l'opération : une prise de contrôle conjointe des activités de distribution alimentaire de Caillé Grande Distribution et de Make Distribution, via la création d'une holding commune baptisée « NewCo », détenue à 60 % par le groupe Caillé et à 40 % par IBL via IBL Run Invest. Le groupe mauricien IBL, déjà présent à La Réunion à travers Edena — production et embouteillage — et Phoenix Réunion — importation et distribution de boissons —, deviendrait ainsi actionnaire minoritaire de ce nouvel ensemble.
Si l'opération aboutit, le futur groupe représenterait environ 20 % du marché local de la grande distribution, loin derrière le duopole Carrefour–Leclerc. Plus d'une cinquantaine de magasins seraient concernés à La Réunion, dans un secteur déjà sous tension autour de la vie chère et de la concentration économique.
Une réunion extraordinaire avec les salariés doit se tenir lundi prochain pour faire le point sur l'état des échanges avec l'Autorité. Les observations de tiers peuvent être déposées jusqu'au 5 juin.


9 commentaires
Ce matin j'avais une cliente qui m'a parlé de ça entre deux mèches, elle savait même pas ce qu'était l'Autorité de la concurrence. Elle m'a juste dit qu'elle espérait que ça fasse baisser les prix. C'est souvent là qu'on en est, le reste c'est des questions de juristes.
Edena dans l'actionnariat, ça m'interpelle. Production et embouteillage d'eau d'un côté, grande distribution de l'autre, dans un péi où la ressource en eau est déjà un sujet sensible. On parle beaucoup de la concurrence alimentaire, mais personne ne pose la question de l'impact environnemental de ces regroupements industriels à cette échelle.
@Nadine Saint-Louis, tu mets le doigt sur quelque chose d'important. Moi avec mon miel de Saint-Jo et mes rhums arrangés, chaque fois qu'un gros réseau grossit encore, je me demande combien de temps avant qu'ils veuillent référencer mes produits à des conditions impossibles. C'est déjà arrivé à des collègues producteurs, on te propose un linéaire contre une remise qui te laisse rien. Le circuit court c'est pas un luxe, c'est une question de survie pour nous, et cette fusion-là ne va pas arranger les équilibres.
@Nadine Saint-Louis, je comprends la frustration, vraiment, mais je vois aussi une opportunité dans ce que tu décris. Quand la grande distribution se concentre, les consommateurs cherchent souvent une alternative, quelque chose de plus humain, de plus local. C'est exactement là que les petits commerces et le e-commerce local peuvent se positionner. Moi j'ai doublé mes ventes en ligne sur les six derniers mois juste en misant sur le « fait à La Réunion ». Le péi a un vrai marché pour ça, lé bon de le rappeler.
@David, c'est exactement ça. Moi ce qui m'inquiète c'est pas les 20 % de part de marché sur le papier, c'est ce que ça va changer pour mes fournisseurs de viande locale. Quand un groupe de cette taille renégocie ses contrats d'approvisionnement, il écrase les prix d'achat, et c'est les éleveurs du coin qui trinquent en premier. J'achète en direct à Bras-Panon et dans les hauts, je connais les marges que ces gars ont déjà du mal à tenir. Une NewCo avec une centrale d'achat commune, i fo pas se raconter des histoires, ça va serrer encore plus.
...rands se regroupent, les petits restent sur le côté. Mon bail commercial à Saint-Louis j'ai failli le perdre l'an dernier, j'ai tenu grâce à mes clients fidèles du quartier, pas grâce à une holding. Cinquante magasins dans une seule entité, ça veut dire cinquante fois plus de pouvoir de négociation avec les fournisseurs, et nous on reste à se battre pour gratter deux euros sur une caisse de légumes.
60/40, ça mérite attention : IBL minoritaire à 40 % peut quand même peser lourd selon la rédaction des pactes d'actionnaires. L'Autorité a raison de prendre le temps de lire les détails.
Une cinquantaine de magasins et une holding commune, et nous les petits commerçants de centre-ville on continue de payer notre loyer tout seuls sans aucune aide. Je dis pas que cette fusion est une mauvaise chose, mais chaque fois que les grandes surfaces grossissent encore, mes clientes me disent qu'elles hésitent moins à aller faire tous leurs achats là-bas. C'est décourageant franchement.
20 % du marché c'est pas rien, mais bon, le vrai problème reste les prix que mes clients paient avant de venir manger chez moi. Quand un touriste débourse une fortune au supermarché pour deux bouteilles d'eau et un pack de yaourts, il lui reste moins pour sortir au resto le soir. Qu'Autorité de la concurrence prenne son temps, c'est son rôle, mais j'espère que tout ce dossier finira par peser sur les prix à la caisse.