La coopérative Provanille a inauguré jeudi à Bras-Panon un laboratoire de vitroplants de vanille. Soixante mètres carrés, une capacité de plus de 90 000 plants sains par an et un investissement de plus de 250 000 euros, financé à 70 % par l'Odéadom, le solde étant couvert par la coopérative et la BRED.
Derrière cet outil, un constat qui plombe la filière depuis une dizaine d'années : les rendements décrochent. Certains producteurs récoltaient jusqu'à 70 kilos de vanille ; beaucoup n'en tirent plus que 30 aujourd'hui. La Vanilla planifolia, variété quasi exclusive cultivée à La Réunion, présente des signes de dégénérescence, et le bouturage classique ne suffit plus à renouveler les lianes dans les exploitations. Les besoins de la filière sont estimés à 70 000 plants par an — la nouvelle unité les dépasse donc dès le départ.
La technique repose sur les méristèmes, les bourgeons apicaux de la liane, multipliés en laboratoire. Développée avec le CIRAD et inspirée d'outils déjà utilisés à Tahiti, elle produit des plants certifiés exempts de maladies. Une centaine de planteurs, venus pour la plupart du Sud Sauvage malgré la fermeture de la RN2, ont assisté à l'inauguration lors de la journée annuelle des adhérents, organisée à l'occasion de la Foire agricole de Bras-Panon.
Les vitroplants ne peuvent pas être mis en plein champ directement. Une phase d'acclimatation est nécessaire, ce qui suppose de former des producteurs pépiniéristes chargés de faire maturer les jeunes lianes. Provanille prévoit d'installer des zones de maturation sur différents secteurs de l'île. Le laboratoire pourra aussi servir à travailler sur d'autres variétés de vanille et à explorer des débouchés dans la cosmétique ou les orchidées ornementales.
Le directeur de Provanille, Jimmy Péribé, envisage un périmètre plus large : « Cet outil est consacré d'abord à la vanille, mais il peut aussi devenir un véritable outil de développement et d'innovation agricole en faveur de l'Est. » Des partenariats sont déjà noués avec la commune de Bras-Panon pour travailler sur d'autres espèces — fruit à pain, bananiers, orchidées ornementales. L'unité est présentée comme l'un des premiers piliers d'un futur centre technique de 2 500 m², à construire à proximité du parc de la vanille et des orchidées.
La journée a aussi été marquée par un hommage à Antoine Jeanette, planteur de Bois-Blanc décédé à 76 ans dans son carreau de vanille. Un portrait a été remis à sa famille et dévoilé au sein de la coopérative. Son président depuis 2007, Willy Boyer, a rappelé le chemin parcouru depuis la liquidation de la structure il y a une vingtaine d'années : le prix au kilo est passé d'environ 20 euros au début des années 2010 à plus de 100 euros aujourd'hui. La coopérative, qui écoule près de 80 % de la vanille produite à La Réunion, détient désormais à 80 % son propre site de Bras-Panon et compte à son actif la première IGP de l'île ainsi que trois médailles d'or au dernier Salon de l'agriculture de Paris.


11 commentaires
Moi je suis boucher, pas planteur, mais je comprends très bien ce que c'est que de voir des rendements qui s'effondrent sans vraiment savoir pourquoi. Dans ma cave, quand la qualité d'un fournisseur dégringole, je change de fournisseur. Les planteurs de vanille, eux, peuvent pas faire ça, lé pa fasil de changer de liane du jour au lendemain. Ce laboratoire, c'est exactement ce type de solution structurelle qui manquait. Ce qui m'intéresse maintenant, c'est de savoir si cette vanille de qualité va rester accessible aux artisans locaux ou si elle va partir intégralement à l'export et en cosmétique.
Trois médailles d'or à Paris et une IGP, i fo que Provanille communique beaucoup plus fort là-dessus. Y'a un potentiel de storytelling énorme autour de cette vanille, et j'ai l'impression que ça reste trop confidentiel hors du péi.
@Fifi430, tu as raison sur le foncier, c'est souvent la variable oubliée. Mais ce qui me retient dans l'article c'est l'annonce d'un centre technique de 2 500 m² à construire à proximité du parc de la vanille et des orchidées. Si ce futur bâtiment est pensé en cohérence avec le site existant, avec une vraie réflexion sur l'insertion paysagère dans ce secteur de Bras-Panon, ça peut être beau. Si c'est un hangar préfabriqué balancé là parce que le terrain est disponible, on ratera une occasion. L'Est n'a pas besoin d'un équipement de plus conçu sans ambition architecturale.
Travailler sur la dégénérescence variétale avec le CIRAD, ça fait écho à des problématiques qu'on connait bien en apiculture, où la consanguinité des reines finit par fragiliser des ruchers entiers. La logique est la même : renouveler le matériel génétique de base plutôt que de bricoler avec du bouturage à l'infini. Ce qui m'intéresse, c'est la piste sur d'autres variétés de vanille. La Vanilla tahitensis par exemple serait intéressante pour les rhums arrangés, elle donne un profil aromatique très différent de la planifolia.
Ce qui mérite réflexion, c'est le modèle économique derrière la diffusion des vitroplants. À quel prix ces plants seront-ils cédés aux producteurs ? Si la coopérative les facture au coût réel de production, les petits planteurs pourront-ils suivre ? L'investissement de départ est couvert par l'Odéadom, mais le fonctionnement récurrent, lui, ne l'est pas forcément. La question de l'accessibilité pour les adhérents les plus fragiles me semble centrale et l'article n'y répond pas vraiment.
Moi qui suis à Cilaos, je connais bien ce que c'est que de voir une filière dépérir et puis se relever. On a vécu ça avec la lentille. Ce laboratoire à Bras-Panon, ça fait plaisir à entendre, même si c'est loin de chez nous. Les planteurs du Sud Sauvage qui ont fait la route malgré la RN2 fermée, ça dit tout sur leur attachement à ce travail. J'espère que les jeunes du péi prendront la suite, parce que ce savoir-faire, une fois perdu, ça revient pas.
L'hommage à Antoine Jeanette m'a vraiment émue. Mourir dans son carreau de vanille à 76 ans, c'est une vie entière donnée à une plante, à une terre. Ces laboratoires et ces chiffres, c'est bien, mais n'oublions pas que derrière chaque liane il y a des hommes et des femmes qui ont tout mis.
Le fait que Provanille détienne désormais à 80 % son propre site est un point notable, souvent sous-estimé dans ce type d'annonce. La maîtrise du foncier conditionne directement la capacité à développer le futur centre technique de 2 500 m² évoqué. Sur la forme juridique de la coopérative, il faudrait préciser si les partenariats noués avec la commune de Bras-Panon passent par des conventions formalisées, car ça change les engagements de chaque partie.
Former des producteurs pépiniéristes pour la phase d'acclimatation, ça me rappelle quand on forme des apprentis sur chantier : l'outil, c'est rien si les gens derrière savent pas s'en servir. J'espère que Provanille a prévu un vrai budget formation, pas juste une journée d'info. Parce que lé pa fasil de changer les habitudes chez des planteurs qui bossent de la même façon depuis vingt ans.
Ce qui me touche dans cette histoire, c'est la résilience de toute une filière qui choisit de se réinventer plutôt que de subir. Partir de 20 euros le kilo pour arriver à plus de 100 euros, c'est pas juste un chiffre, c'est le résultat d'années de travail collectif. Et l'hommage à Antoine Jeanette au milieu de tout ça, ça rappelle que derrière chaque innovation, y'a des hommes et des femmes qui ont construit quelque chose de vivant.
250 000 euros d'investissement financé à 70 % par l'Odéadom, ça représente 175 000 euros de subvention publique et 75 000 euros à la charge de la coopérative et de la BRED. Pour une capacité de 90 000 plants par an, on est autour de 2,77 euros de coût d'investissement par plant si on lisse sur une durée raisonnable. C'est correct pour un outil de cette nature. Ce qui sera intéressant à suivre, c'est le coût de revient réel une fois qu'on intègre la phase d'acclimatation chez les pépiniéristes.