Du 11 au 12 mai 2026, Nairobi accueille l'Africa Forward Summit, coprésidé par Emmanuel Macron et William Ruto. Plus de 2 000 participants — investisseurs, chefs d'entreprise, responsables politiques — se retrouvent pour deux jours d'échanges sur les partenariats économiques entre la France et l'Afrique. Parmi eux, une trentaine d'acteurs mahorais, accompagnés par Business France et l'ADIM.
« Le Kenya est la porte d'entrée de Mayotte », affirme Ben Issa Ousséni, président de l'Assemblée de Mayotte. Il rappelle que le Kenya est le seul pays africain relié directement au territoire français par une liaison aérienne. « Le Kenya monte en puissance avec une forte croissance économique, et Mayotte doit entrer dans ce wagon », dit-il. La délégation mahoraise cible l'agroalimentaire, le numérique, la santé et la formation.
Le sommet s'inscrit dans un tournant de la stratégie française en Afrique. Près de dix ans après le discours d'Ouagadougou en 2017, Paris cherche à promouvoir un « partenariat gagnant-gagnant », fondé sur des intérêts réciproques. Le choix de Nairobi, première ville anglophone à accueillir ce type de rencontre, traduit la volonté de la France de dépasser son pré carré francophone. Le dimanche 10 mai, les présidents Macron et Ruto ont validé huit projets représentant plus d'un milliard d'euros d'investissements.
La première journée, intitulée « Inspire and Connect », a réuni un forum d'affaires à l'Université de Nairobi. Les discussions ont porté sur le numérique, les énergies renouvelables, l'agriculture durable, les infrastructures et le sport. Une session « Future Makers » a rassemblé plusieurs centaines de jeunes entrepreneurs africains et français. Les industries culturelles ont aussi occupé une place notable, alors que le Festival de Cannes s'ouvrait ce même 12 mai.
Pour Mayotte, les priorités sont identifiées. Ben Issa Ousséni pointe des freins à lever, notamment sur les normes : « Beaucoup de produits sont difficiles à importer ou à exporter, donc il y a une vraie volonté d'aller vers le marché kenyan. » Il relève aussi l'avance du Kenya dans le numérique, notamment depuis la base navale de Mombasa. Les liens entre les deux territoires se renforcent depuis plusieurs années : en juin 2025, une délégation kényane avait signé plusieurs accords dans la formation, le numérique et les services.
Ce mardi 12 mai, le sommet prend une dimension plus politique avec l'arrivée de plusieurs chefs d'État africains : Bassirou Diomaye Faye (Sénégal), Félix Tshisekedi (RDC), Paul Kagame (Rwanda), Bola Tinubu (Nigéria), John Dramani Mahama (Ghana), Alassane Ouattara (Côte d'Ivoire) et Mamadi Doumbouya (Guinée). Les discussions portent sur le financement du développement et la réforme de l'architecture financière internationale. Kristalina Georgieva, directrice du FMI, participe aux échanges sur l'accès des pays africains aux financements internationaux.
Les questions de paix et de sécurité sont également au programme, avec une session consacrée aux médiations africaines et aux actions de l'Union africaine. Plusieurs tables rondes thématiques couvrent la santé, l'intelligence artificielle, l'agriculture durable et l'économie bleue. Le sommet se conclut par un concert réunissant Fally Ipupa, Youssou N'Dour et Savara. Ses conclusions pourraient alimenter les discussions du prochain G7, que la France accueillera à Évian-les-Bains du 15 au 17 juin 2026.


11 commentaires
@Thierry Lebon, la question est légitime mais je rajouterais une autre : quel est le volet infrastructures concrètement pour Mayotte ? Un milliard validé sur le papier, ça peut très bien financer des entrepôts mal conçus posés n'importe où, sans réflexion sur l'intégration urbaine ou portuaire. On a vu ça sur d'autres territoires où les fonds d'investissement arrivent vite et les bâtiments tiennent dix ans. La question du financement public ou privé compte, mais la qualité de ce qu'on construit avec compte autant.
Ce matin j'avais une passagère qui bossait à la CCI, elle m'a dit que des entreprises réunionnaises avaient voulu intégrer la délégation mahoraise mais que c'était compliqué côté accréditation. Je sais pas si c'est vrai, mais ça se disait. Le péi-la est juste à côté et on rate peut-être des connexions parce qu'on s'organise chacun dans son coin.
Nairobi, les accords, les chefs d'État, c'est bien beau tout ça. Mais nous à Saint-Leu on attend toujours que les touristes reviennent en nombre, le lagon est splendide et les tables sont à moitié vides certains midis. Je vois pas trop comment un sommet en Afrique de l'Est va remplir mon restaurant.
Le milliard d'euros annoncé, c'est un engagement global sur combien d'années ? Parce que la durée de réalisation change tout à l'analyse. Un milliard sur 10 ans c'est 100 millions annuels, ce qui est très différent d'un déploiement sur 3 ans. Ce genre de précision manque souvent dans les communiqués de ce type.
@Lastron-Leïla, exactement ! Et pour nous qui vendons des produits cosmétiques locaux, le Kenya c'est un marché à surveiller de près. Le e-commerce africain explose, on parle de +25% par an sur certains segments beauté. Mayotte qui cible l'agroalimentaire et le numérique, c'est logique, mais moi je vois aussi une opportunité pour les cosmétiques du péi. Y'a des débouchés là-bas, i fo juste oser s'y positionner avant que tout le monde arrive.
Et le concert de clôture avec Fally Ipupa et Youssou N'Dour, c'est pas anodin. Les industries culturelles comme levier d'influence, c'est une vraie stratégie. On sous-estime toujours la puissance du soft power dans les partenariats économiques.
L'article mentionne "plus d'un milliard d'euros d'investissements" validés en amont du sommet. Il serait utile de préciser si ces montants incluent des garanties publiques via Bpifrance ou des fonds privés seuls, car cela change considérablement l'analyse du risque fiscal et budgétaire pour la partie française. Ce n'est pas un détail mineur quand on parle de partenariats entre un territoire sous statut particulier comme Mayotte et un État tiers.
Moi je lis ça et je me dis tant mieux pour Mayotte, vraiment. Mais des fois j'aimerais qu'on parle autant des petits commerçants de Saint-Louis que des grands sommets à Nairobi. On a besoin d'un coup de pouce nous aussi, pas seulement des investisseurs à Nairobi.
L'agroalimentaire fait partie des secteurs ciblés par la délégation, c'est bien de le noter. Mais le vrai sujet c'est les normes, Ben Issa Ousséni le dit lui-même, les produits sont difficiles à importer ou exporter. Pour nous agriculteurs dans les coopératives à La Réunion, c'est le même mur qu'on affronte dès qu'on essaie de regarder vers l'export. Un partenariat gagnant-gagnant, ça veut dire quoi concrètement si les standards ne sont pas harmonisés ? La bonne volonté i fo, mais les textes réglementaires suivent rarement.
Une trentaine d'acteurs mahorais qui se déplacent à Nairobi, accompagnés, avec des priorités claires, c'est du concret ! Voilà comment on avance.
La session Future Makers avec des centaines de jeunes entrepreneurs, c'est exactement le genre de truc qui devrait faire du bruit ici à La Réunion aussi. Mayotte avance, et nous on regarde ? Le Kenya est en avance sur le numérique depuis Mombasa, c'est dit dans l'article, et ça rejoint tout ce qu'on entend sur l'essor de la tech est-africaine. J'aurais adoré voir des Réunionnais dans cette délégation.