À Dzaoudzi, sur le quai Issouffali, la tension est palpable. Le Groupement des artisans de taxis de Petite-Terre a tenu une conférence de presse pour s'opposer à l'arrivée prévue mi-mai de lignes de transport public déployées par le Département-Région de Mayotte. Une décision prise, selon eux, sans la moindre concertation. « En mettant ces bus sur Petite-Terre, ils vont nous enlever notre profession », alerte Mohamed Abdoul-Haffour, président du groupement.
Des courriers ont été adressés au Département-Région pour réclamer l'ouverture d'un dialogue. Sans réponse. Face à ce silence, une opération escargot a été annoncée dès le jeudi matin, à partir de 6 heures. Une cinquantaine de taxis devaient ralentir le trafic depuis le rond-point Four-à-chaux jusqu'au parking de la barge. L'objectif affiché : interpeller les autorités, sans bloquer totalement la circulation.
Derrière cette mobilisation, c'est d'abord une inquiétude économique qui s'exprime. Mayotte compte 270 taxis, dont 115 en Petite-Terre. « 270 taxis mis au placard, c'est 270 familles sans revenus », rappelle Président Schouma, représentant de l'intersyndical des taxis de Mayotte, venu de Grande-Terre. Le soutien dépasse Petite-Terre : les chauffeurs de Grande-Terre disent déjà ressentir les effets de la mise en place des bus de la Cadema.
Les professionnels ne rejettent pas l'arrivée des bus en elle-même. Ce qu'ils dénoncent, c'est la méthode : un projet monté sans eux, qui ne prévoit aucune place pour les intégrer. Ils pointent aussi une inégalité de traitement. Les bus disposent d'un cadre sécurisé, avec une rémunération garantie, tandis que les taxis ne vivent que de leur activité quotidienne, déjà fragile. « Le bus sera moins cher, donc forcément notre chiffre d'affaires sera impacté. On a déjà des taximans qui n'arrivent pas à joindre les deux bouts ni à payer leurs impôts, là ça sera pire », confie Président Schouma.
Les chauffeurs avancent une piste de cohabitation. Les taxis pourraient intervenir dans les zones moins accessibles aux bus. « On peut travailler avec eux, on est capable de le faire », assure Mohamed Abdoul-Haffour. Mais à condition d'être associés au dispositif, pas écartés.
D'autres revendications anciennes restent sans suite. La création d'arrêts de taxis dans les communes, la possibilité d'emprunter les voies de bus pour fluidifier le trafic : autant de demandes qui n'ont jamais abouti. Une mobilisation avait déjà eu lieu à Mamoudzou en février sur ce dernier point. Pour beaucoup, ce projet de bus est « la goutte de trop », qui renforce le sentiment d'être laissés à l'écart de l'organisation des transports à Mayotte.
Les taxis laissent une porte ouverte. Si les autorités acceptent rapidement de les recevoir, la mobilisation pourrait être annulée. Sinon, la grève s'étendra à l'ensemble de l'île, avec des perturbations plus importantes. « Il ne faudra pas dire que c'est la faute des taxis, ça sera la faute du Département », insiste Président Schouma. Le mouvement pourrait n'être qu'un avertissement. Ou le début d'un conflit qui s'installe.


5 commentaires
Encore une décision tombée d’en haut, sans réponse aux courriers, sans vraie discussion… après faut pas s’étonner que la grève démarre. À un moment, faudrait arrête faire comme si bann professionnels terrain n’existent pas.
Quand les chauffeurs disent que les bus auront un cadre sécurisé pendant qu’eux vivent uniquement de leur chiffre d’affaires quotidien, la question mérite d’être posée sérieusement. Moderniser le transport, oui. Sacrifier une profession déjà fragile, non.
Le vrai problème ici, c’est pas seulement l’arrivée des bus, c’est la méthode. Si ou impose un dispositif sans intégrer les taxis dans le schéma, forcément la tension i monte. Pourtant zot la déjà propose une cohabitation dans les zones moins accessibles.
Mi comprend bien faut améliore transport pou la population, mais si ou enlève travail bann taxis comme ça, sans kozé ek zot, lé pas normal du tout. Après sa va dit taxis i bloque, mais sé surtout manque de dialogue lo fond.
On peut comprendre le besoin de développer les transports publics, mais lancer des bus sans concertation avec 115 taxis de Petite-Terre, c’est préparer un conflit au lieu d’organiser une transition. Derrière, ce sont des familles entières qui risquent de payer l’addition.