Ce jeudi matin, à la technopole de Dembeni, la salle affichait complet pour évoquer un sujet encore trop souvent associé aux bâtiments provisoires : la construction hors site. Derrière ce terme, il ne s'agit pas uniquement de modules importés ou de structures temporaires en conteneur, comme on en voit fréquemment sur l'île, mais d'une approche plus large fondée sur la préfabrication en atelier avant installation sur le terrain. Organisée dans le cadre de la reconstruction engagée à Mayotte, la rencontre a réuni des acteurs d'horizons variés : collectivités, services de l'État, professionnels du bâtiment. Tous partagent un même constat : construire vite, mais surtout construire mieux, dans un territoire où les besoins ne cessent de croître.
Une méthode encore à définir collectivement
« La reconstruction, c'est une démarche collective », rappelle Benoît Gars, directeur général de l'Établissement public de reconstruction et de développement de Mayotte (EPRD). L'établissement, précise-t-il, ne construit pas directement : il coordonne les projets et les acteurs impliqués dans l'investissement. L'objectif de cette rencontre était donc d'ouvrir un espace d'échange pour identifier ce qui fonctionne, ce qui bloque, et chercher des solutions communes.
Shanyce MATHIAS / JDM
Le choix du thème n'est pas anodin. Après le passage du cyclone Chido, le « pré-fabriqué » a laissé une image négative. « L'idée, c'est de montrer que le hors site, c'est des constructions pérennes, durables, qui ont déjà leur place sur le territoire ». Pourtant, certaines opérations intègrent déjà ce type de méthode. En 2014, des classes ont été livrées au collège de Doujani après neuf mois de chantier grâce à la construction hors site. Des chantiers portés par le Département devraient également en bénéficier, comme celui du MUMA, un musée de Mayotte situé à Dzaoudzi.
Pour les équipements publics, comme les écoles, rien n'est exclu. « Si certains veulent aller vers ce type de construction, c'est possible, à condition de bien définir les paramètres, notamment sur l'usage de matériaux locaux et l'implication du tissu économique », précise Benoît Gars.
Une autre façon de construire
Pour les professionnels du secteur, l'intérêt est avant tout concret. Céline Beaujolin, déléguée générale de l'association Filière Hors Site France, insiste sur la qualité et la fiabilité de ce procédé, qui repose sur une forte anticipation des projets. « On ne repart pas de zéro à chaque fois, on utilise des éléments déjà éprouvés, ce qui permet de mieux maîtriser la construction », explique-t-elle.
Le dernier étage de la Technopole de Dembeni est en hors site. Shanyce MATHIAS / JDM
Mais au-delà de la technique, elle pointe surtout un enjeu humain : « il faut retrouver de la compétence à tous les niveaux, chez les ouvriers, les architectes, les maîtres d'ouvrage ». Dans un territoire aux prises avec des contraintes de main-d'œuvre, de transport et de délais, elle estime que le hors site peut apporter des réponses — à condition de l'adapter au contexte local. Sur le terrain, certains artisans locaux indiquent d'ailleurs recourir à cette pratique à plus petite échelle, avec des résultats déjà jugés satisfaisants.
Entre espoirs et réserves sur le terrain
Sur le terrain, le sujet est abordé avec davantage de prudence. Pour Moussa Attoumani, directeur de la maîtrise d'ouvrage à la Société Immobilière de Mayotte (SIM), le hors site peut être un levier, mais ne règle pas tout.
« Un chantier qui doit durer deux ans peut en prendre cinq, et ce n'est bon pour personne », dit-il. La préfabrication peut faire gagner du temps, mais il parle plutôt d'un « raccourci » que d'un changement complet des pratiques. Le hors site total reste, selon lui, encore loin pour Mayotte. Plusieurs acteurs du bâtiment et du logement étaient présents.
Shanyce MATHIAS / JDM
Il insiste aussi sur un point souvent mal compris : cette pratique ne se limite pas au modulaire. « Ça peut être des façades, des éléments en bois, des structures préparées en atelier et posées ensuite ».
Une approche déjà utilisée, parfois sans être identifiée comme telle, mais qui suppose encore de structurer une véritable filière locale, avec des espaces pour les acteurs souhaitant se lancer. Même prudence du côté de Dominique Tessier, directeur du Conseil d'architecture, d'urbanisme et de l'environnement (CAUE), qui replace le débat dans un cadre plus large. « Le hors site, ce n'est pas une solution, c'est une méthode », insiste-t-il. Il dit comprendre les réticences d'une partie de la population face aux constructions préfabriquées, souvent associées à des bâtiments temporaires ou de moindre qualité. « Il y a un risque de rejet si on ne fait pas attention », prévient-il, appelant à ne pas opposer les méthodes mais à trouver un équilibre entre pratiques traditionnelles et nouvelles approches — à condition que la qualité soit au rendez-vous.
Shanyce MATHIAS ALI. L'article La construction « hors site » cherche encore sa place dans la reconstruction de Mayotte est apparu en premier sur Le Journal De Mayotte.


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