Les gérants de stations-service à La Réunion traversent une crise financière pendant que les pétroliers engrangent des profits. Un rapport de la DEETS, présenté lors de l'Observatoire des prix, des marges et des revenus, expose ce déséquilibre dans le secteur pétrolier.
D'un côté, les importateurs et grossistes empochent des bénéfices conséquents. De l'autre, les exploitants de stations-service luttent pour survivre. Le modèle économique se fissure : les marges restent captées en amont de la chaîne.
Les chiffres de la DEETS parlent d'eux-mêmes. L'activité de stockage, qui fonctionne en monopole, a dégagé 4,8 millions d'euros de résultat net en 2024. Les importateurs-grossistes affichent plus d'un milliard d'euros de chiffre d'affaires et 30,4 millions d'euros de bénéfice net, avec une rentabilité qui tient bon.
Le réseau de distribution au détail vit une tout autre réalité. Parmi les 161 stations-service de l'île, 115 sont gérées par des locataires qui travaillent sans marge. En 2024, ces stations accusent un résultat net négatif de 3 580 euros, alors que les charges fixes comme les loyers grimpent à 176 000 euros par an en moyenne.
Cette détresse a éclaté au grand jour lors de la mobilisation des gérants en septembre. Après des négociations tendues, le Syndicat réunionnais des exploitants de stations-service (SRESS) a arraché une hausse d'un centime de la marge à partir du 1er octobre. Le président du syndicat, Gérard Lebon, a salué cette revalorisation comme une bouffée d'oxygène, même si le compromis reste dérisoire.
Avec une consommation qui stagne depuis 2019 et la montée de l'électrique, l'avenir du modèle réunionnais s'assombrit. Le centime accordé ne compensera pas la rigidité des marges ni la flambée des coûts. Tout dépendra maintenant des mesures que prendra la préfecture pour encadrer les contrats et les implantations.


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