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La Réunion cartographie ses risques climatiques avec CLIMAAX

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La Réunion cartographie ses risques climatiques avec CLIMAAX

Projet CLIMAAX : "La Réunion est dans le virage du changement climatique" - Crédit Zinfos974 - Société


La Région Réunion a présenté ce jeudi matin, au Domaine Moca, les résultats du projet européen CLIMAAX appliqué à l'île. Pièce centrale du dispositif : une cartographie inédite des vulnérabilités face aux risques hydro-climatiques, destinée à aider les décideurs à construire leurs politiques d'adaptation.

« On est en quelque sorte dans le virage du changement climatique », résume Kévin Lamy, chargé de projet risques naturels et climat à la Région Réunion. « Il y a dix ans, on parlait très peu de sécheresse, à part lors d'événements très ponctuels. Mais là, on sent bien qu'on est dans le virage. On ne voit pas encore ce qui nous attend de l'autre côté. Et CLIMAAX vise aussi à éclairer cela. »

Le projet réunionnais, baptisé RISC-RA (Reunion Island's Climate Risk Atlas), a été lancé en octobre 2024 pour une durée de 22 mois. Piloté par la Région et financé par la Commission européenne dans le cadre du programme Horizon Europe, il s'inscrit dans un dispositif qui accompagne 69 territoires européens avec un même objectif : évaluer leurs vulnérabilités et fournir aux décideurs les données nécessaires pour orienter leurs choix d'adaptation. À La Réunion, les travaux ont associé Météo-France, l'OSU-Réunion/CNRS et le BRGM, et se sont concentrés sur deux risques : les sécheresses et leurs conséquences sur l'approvisionnement en eau potable, d'une part, et les précipitations extrêmes avec les crues torrentielles, d'autre part.

La particularité de CLIMAAX tient à sa méthode. Plutôt que de s'appuyer sur les seules données climatiques, le projet croise l'aléa avec l'exposition et la vulnérabilité du territoire. « Ce qu'apporte CLIMAAX, c'est d'aller au-delà de l'aléa, c'est-à-dire de ne pas rester cantonné à des données purement climatiques, mais d'intégrer les enjeux du territoire », explique Nils Poncet, chercheur à l'OSU-Réunion/CNRS. Population, situation sociale, dépendance à une ressource en eau, état des réseaux : ces paramètres permettent de comprendre pourquoi une même sécheresse peut avoir des conséquences très différentes d'un secteur à l'autre.

Météo-France a rappelé l'ampleur du changement en cours. Le thermomètre a déjà progressé d'environ 1,2 °C sur l'île. Les projections évoquent un réchauffement pouvant atteindre environ +1,5 °C à l'horizon 2030, +2 °C en 2050 et près de +3 °C en 2100, par rapport à l'ère préindustrielle (1850 à 1900). L'organisme a également rappelé que la sécheresse en cours cette année est la deuxième saison des pluies la plus sèche observée sur environ cinquante ans de données, et que l'île a abordé la saison sèche avec un déficit hydrique déjà important.

Sur le risque de sécheresse, les conclusions de CLIMAAX sont parmi les plus nettes. Le Nord apparaît particulièrement menacé, sous l'effet combiné du changement climatique et de l'urbanisation. « Le changement climatique entraînerait une forte aggravation des sécheresses dans le Nord et la probabilité d'apparition d'événements majeurs », indique Nils Poncet. L'Ouest est exposé à la dépendance aux ouvrages de transfert et à la sensibilité de certains forages à l'intrusion d'eau salée ; l'Est, à sa dépendance aux eaux de surface. Le risque d'insécurité hydrique, déjà modéré à élevé au Port, à Saint-Denis et dans plusieurs communes du Sud, devrait s'intensifier dès le milieu du siècle. Concrètement, cela pourrait se traduire par des coupures d'eau plus longues, des débits de rivière insuffisants ou des nappes ne permettant plus certains prélèvements.

La question des précipitations extrêmes est plus difficile à modéliser. À La Réunion, elles représentent déjà un risque important en raison du relief escarpé, pouvant provoquer inondations, glissements de terrain, embâcles et destructions d'infrastructures. Mais les projections restent incertaines : plus de 60 % des épisodes pluvieux extrêmes sont générés par des cyclones, qui demeurent difficiles à reproduire précisément dans les modèles climatiques. « Pour l'instant, selon cette méthodologie, il n'y a pas de tendance robuste sur l'évolution du risque. Ça nécessite des analyses supplémentaires », prévient Nils Poncet. En cas de cyclone frappant directement l'île, le risque lié aux précipitations extrêmes reste très élevé.

Pour Patrick Lebreton, premier vice-président de la Région et maire de Saint-Joseph, ces résultats imposent de passer de la connaissance scientifique à l'adaptation concrète. « Le changement climatique n'est plus une projection lointaine. Il se manifeste dans nos quartiers, sur nos routes, dans nos ravines, dans nos réseaux et jusque dans les robinets de nos habitants », dit-il. L'élu plaide pour revoir les infrastructures et les politiques d'aménagement : améliorer le rendement des réseaux, augmenter les capacités de stockage, développer les interconnexions, récupérer les eaux pluviales et encourager la sobriété des usages. « Anticiper coûte, mais réparer dans l'urgence coûte toujours davantage », a-t-il insisté.

Jean-Pierre Chabriat, conseiller régional délégué à l'enseignement supérieur, à la recherche, à l'innovation et à la transition énergétique, défend pour sa part une mobilisation accrue des ressources souterraines. « La Réunion est une éponge. Il y a beaucoup d'eau dans le sol », estime-t-il. « Il faut faire des forages. On ne va pas se mentir, moi j'en suis convaincu. Aujourd'hui, nous devons faire des forages, en particulier dans l'Est. »

La restitution de jeudi ne clôt pas les travaux. La phase européenne de RISC-RA s'est achevée au terme des 22 mois prévus, mais la Région a décidé de poursuivre le projet localement pour ancrer les résultats dans les territoires et faciliter leur appropriation par les collectivités. L'Atlas des risques hydriques doit être rendu accessible au public, avec un double objectif : aider à la décision et sensibiliser les Réunionnais. Il doit notamment alimenter des documents de planification comme le SAR 2050.

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10 commentaires

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M
Margaux 23/08/2026 à 17:38

Je me demande si ces données seront accessibles au public ou réservées aux collectivités. En métropole, y'a des portails cartographiques ouverts pour les risques naturels, est-ce que La Réunion va aller dans ce sens ? Pour nous qui gérons un gîte à Saint-Gilles, connaître la vulnérabilité de notre secteur ça changerait vraiment notre façon d'anticiper, notamment pour informer nos hôtes.

Y
Yannick P 23/08/2026 à 17:25

Ce qui me frappe dans tout ça c'est que personne parle des impacts sur le fret. Le Port, c'est le poumon de l'île, et si les épisodes de crues torrentielles s'intensifient, les accès routiers vers le terminal sont les premiers à sauter. On l'a vu lors de fortes pluies, une ravine qui déborde et c'est toute la chaîne logistique qui se grippe. Nos partenaires à Maurice ou à Tamatave ils peuvent adapter leurs rotations mais nous on est une île, on a pas de plan B quand la route est coupée. J'aurais aimé que la cartographie inclue les infrastructures portuaires et les axes critiques d'approvisionnement, pas seulement les quartiers résidentiels.

T
Tonton Bébert 23/08/2026 à 16:16

@Pti-Louis, t'as raison et c'est là que ça coince depuis toujours. Nous au Port on a vu défiler les plans, les rapports, les annonces. Les travailleurs des réseaux d'eau, les agents des communes, ils savent ce qui cloche sur le terrain depuis des années, i fo juste les écouter. Mais entre une belle cartographie présentée au Domaine Moca et un budget voté en conseil régional pour refaire les canalisations du vieux Port, y'a un monde. Lebreton dit les bonnes choses, maintenant on attend les actes.

T
Tom Bib 23/08/2026 à 15:30

Je repense à un passage de Bruno Latour dans 'Où atterrir' où il dit que le déni climatique n'est pas une erreur d'information mais une décision politique de ne pas regarder. Cette cartographie, en rendant visible ce qui était abstrait, fait exactement l'inverse. Elle oblige à regarder. Ce que dit Pti-Louis sur les budgets est juste, la vraie question c'est toujours celle de la volonté de traduire la connaissance en acte. L'outil ne sauve rien par lui-même, mais sans lui on avance dans le brouillard.

Z
Zoubi 23/08/2026 à 15:16

Ce matin j'avais une cliente à Saint-André qui m'a dit que son voisin a eu une coupure d'eau de deux jours le mois dernier. On parlait de ça entre deux brushings et franchement on réalisait pas trop que c'était lié à tout ça. Maintenant je vais voir les choses autrement.

B
Bichik 23/08/2026 à 14:40

@Lastron-Leïla, tu as mis le doigt sur quelque chose d'important. L'outil existe, mais combien de belles études ont dormi dans des tiroirs depuis quarante ans sur cette île. L'espoir c'est que cette fois les données soient vraiment publiques et accessibles.

L
Lulu 23/08/2026 à 14:22

Moi ça fait des années que je fais mon food truck au bord de mer à Saint-Pierre et je remarque des trucs que les cartes vont pas forcément montrer. Le vent qui change, les grosses pluies qui arrivent plus vite, les clients qui me disent que leurs jardins sèchent avant même l'hiver. La sécheresse dans le Nord c'est bien documenté là, mais le Sud il faut pas l'oublier non plus. En tout cas si la cartographie aide à ce qu'on arrête de bricoler après chaque catastrophe, moin lé pour.

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Pti-Louis 23/08/2026 à 13:13

Lebreton dit qu'anticiper coûte mais que réparer coûte plus. Wi, c'est vrai. Reste à voir si les élus s'en souviendront au moment de voter les budgets.

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TataYoyo 23/08/2026 à 13:09

Depuis que je suis petite au Tampon, j'ai jamais vu des saisons sèches comme on a là. Les vieux disaient que la rivière coulait mieux avant, on pensait qu'ils exagéraient. Bon, ils avaient raison. Pourvu que mes petits-enfants aient encore de l'eau au robinet dans vingt ans, c'est tout ce que je demande.

L
Lastron-Leïla 23/08/2026 à 13:04

Ce projet CLIMAAX c'est exactement le genre d'initiative dont on a besoin pour que les gens comprennent concrètement ce qui se passe ici. Une cartographie des risques, c'est un outil de communication puissant, reste à savoir si les collectivités vont vraiment s'en saisir ou si ça finit dans un tiroir comme beaucoup de rapports. La question c'est : qui va rendre ça accessible au grand public, pas seulement aux décideurs ?