Le préfet de La Réunion a réuni mercredi 19 août, à l'Orangerie de Saint-Denis, les acteurs du logement social pour un séminaire consacré au financement et à la production de logements. L'État y a confirmé le relèvement de la Ligne budgétaire unique (LBU) de 26,9 à 43,4 millions d'euros pour La Réunion, soit 16,5 millions d'euros de plus que l'enveloppe initialement prévue.
Cette rallonge reste toutefois bien en deçà des crédits engagés les années précédentes : 85,65 millions d'euros en 2024 et 78,5 millions en 2025. La veille du séminaire, la présidente de Région Huguette Bello avait réitéré ses réserves, estimant que « le compte n'est toujours pas bon » et qu'« aucun acteur local, aussi engagé soit-il, ne pourra compenser un désengagement significatif de l'État ».
La mobilisation de la filière a été longue. La baisse initiale des crédits avait déclenché une manifestation le 20 mai, un courrier au Premier ministre, puis une motion cosignée par les acteurs du logement et déposée en préfecture le 24 juin. Le contexte est lourd : plus de 50 000 ménages attendent un logement à La Réunion, 150 000 Réunionnais seraient touchés par le mal-logement, et seulement 1 739 logements sociaux ont été livrés en 2024.
Face à un budget contraint, l'État a présenté plusieurs pistes pour élargir les sources de financement au-delà de la seule LBU : partenariats public-privé, optimisation des ressources financières, évolution des modèles architecturaux, maîtrise des coûts de construction, développement de matériaux locaux et biosourcés. La préfecture juge que la situation impose de « réinterroger le modèle actuel ».
L'annonce principale du séminaire porte sur le lancement d'un appel à projets intitulé « Habitats innovants et durables à La Réunion », conduit en partenariat avec les collectivités et les opérateurs intéressés. L'objectif : expérimenter de nouvelles solutions pour produire davantage de logements abordables, réduire les coûts de construction et d'exploitation, favoriser l'émergence de filières locales et contribuer à l'insertion professionnelle. Le lancement est prévu en septembre 2026, pour une sélection des lauréats au deuxième trimestre 2027.
Le séminaire a également permis de présenter le troisième programme de renouvellement urbain porté par l'Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU), inscrit dans le projet de loi « Relance logement », avec une enveloppe prévisionnelle de 5 milliards d'euros à l'échelle nationale. Huguette Bello avait prévenu que cette réflexion collective sur les modèles ne devait pas occulter « le problème grave et urgent » de la baisse de la LBU.


6 commentaires
@Alex, exactement. Les matériaux biosourcés et les habitats innovants, moi j'attends de voir. Sur le terrain, on a déjà du mal à trouver de la main-d'oeuvre pour les chantiers classiques, alors un nouveau modèle architectural ça ne se fait pas du jour au lendemain. Et pendant qu'on expérimente jusqu'en 2027, les familles elles attendent quoi ?
Une de mes clientes m'a confié cette semaine qu'elle attend un logement social depuis sept ans. Elle vit chez sa belle-mère avec son mari et ses deux enfants, tout le monde dans la même pièce. Elle m'a dit ça entre deux coups de ciseau, tranquillement, comme si c'était normal. C'est ça qui fait mal, que ça devienne normal.
Le coup des partenariats public-privé et des matériaux biosourcés, c'est bien sur le papier, mais ça ne règle pas la question de qui finance les 50 000 ménages en attente maintenant. L'État présente des pistes d'innovation alors qu'il vient de couper de moitié une enveloppe qui était déjà insuffisante. J'aimerais savoir concrètement combien de logements supplémentaires ces nouvelles pistes sont censées produire, et dans quel délai, parce que là on reste sur des intentions.
L'appel à projets sur les habitats innovants m'intéresse beaucoup, mais j'aurais une question : est-ce que des étudiants ou de jeunes porteurs de projets pourront y participer, ou c'est réservé aux opérateurs déjà établis ? Ce serait une vraie opportunité pour des profils comme ceux de mon master si c'est ouvert.
On avait 85 millions en 2024, on tombe à 43 maintenant. Pour mes salariés qui galèrent à trouver à se loger au Tampon, lé pa fasil de rester serein face à ça.
Dans mes tournées, je croise régulièrement des familles entassées à quatre ou cinq dans un T2, parfois avec des personnes âgées ou des enfants malades. Le mal-logement a des conséquences directes sur la santé, le suivi médical, la santé mentale. 150 000 Réunionnais touchés, ça ne reste pas un chiffre abstrait quand tu travailles au plus près des gens. Quand j'entends parler d'appel à projets pour 2026 avec des résultats en 2027, j'ai du mal à y voir une réponse à l'urgence d'aujourd'hui.