Le Département de La Réunion a adopté mercredi 19 août une motion en commission permanente pour peser dans la révision du Schéma d'aménagement régional (SAR) 2050, le document qui organisera le développement de l'île jusqu'au milieu du siècle. Les élus réclament des garanties contraignantes avant toute nouvelle ouverture à l'urbanisation, alors que le projet de SAR identifie plus de 3 000 hectares de capacités d'urbanisation à l'horizon 2050.
Le calendrier est serré. L'année 2025 est consacrée à la rédaction du nouveau schéma ; 2026 doit être celle de son arrêt, avant transmission aux personnes publiques associées et une enquête publique prévue en 2027. C'est dans cette fenêtre que le Département choisit de faire entendre sa voix, huit mois après que la Région a présenté son « scénario d'équilibre » en décembre dernier.
Sur le foncier urbanisable, la collectivité ne s'oppose pas au principe d'extension, mais exige qu'elle soit conditionnée à une analyse obligatoire de faisabilité technique et financière. Les élus mettent en garde contre des ouvertures qui interviendraient « sans infrastructures adaptées, sans réseaux dimensionnés et sans ressource en eau sécurisée », au risque de créer, selon eux, des charges durables pour les collectivités. Cette analyse devrait couvrir les accès routiers, les réseaux, la disponibilité en eau et le coût global des aménagements.
L'autre point de friction porte sur les terres agricoles irriguées. Le Département rappelle que plus de 17 000 hectares sont aujourd'hui équipés en irrigation — soit plus de 40 % de la surface agricole de l'île —, au terme de décennies d'investissements publics dans l'hydro-agricole. Il demande que ces périmètres soient « sanctuarisés » et reconnus comme un critère d'arbitrage opposable à toute décision d'extension urbaine. La demande rejoint les engagements affichés par la Région elle-même : lors d'un séminaire en mai dernier, la présidente Huguette Bello citait la souveraineté alimentaire parmi les piliers du futur SAR.
La motion aborde aussi la mobilité. Le Département demande que le réseau routier départemental soit reconnu comme un maillon du système de mobilité réunionnais et que ses projets routiers structurants soient intégrés au SAR, en articulation avec les infrastructures régionales et communales. Les élus proposent par ailleurs qu'une réflexion soit engagée au sein de la Conférence territoriale de l'action publique (CTAP) pour assurer un suivi partagé du schéma une fois adopté.


7 commentaires
Ce que je comprends pas bien, c'est qui a le dernier mot entre la Région et le Département quand les deux ont des positions différentes sur le SAR ? Comme dit Thierry Lebon, la motion a une portée limitée, mais alors concrètement comment ça se passe si le Département dit non et que la Région passe quand même ? Je cherche à comprendre le fonctionnement institutionnel, si quelqu'un peut m'expliquer ou me donner une source, ça m'aiderait vraiment.
@TataYoyo, exactement. Ces 17 000 hectares irrigués, ça représente des générations d'efforts, des kilomètres de canaux, des années de négociations pour obtenir les droits en eau. À la coopérative on gère des parcelles de canne sur des périmètres irrigués depuis les années 80, et chaque fois qu'on entend parler d'une nouvelle zone à urbaniser à proximité, on sait que c'est nos droits d'eau qui sont les premiers menacés. Sanctuariser ces terres c'est pas du conservatisme, c'est protéger un outil de production qui tourne et qui nourrit le péi. Le reste, les quartiers sans routes, sans réseaux, on a déjà vu ce que ça donne.
Une précision qui me semble utile : la motion adoptée en commission permanente n'a pas la même portée juridique qu'une délibération en assemblée plénière. Elle exprime une position politique du Département, mais elle n'est pas opposable en tant que telle dans la procédure d'élaboration du SAR. La Région reste l'autorité compétente pour arrêter le schéma, et les personnes publiques associées donnent des avis consultatifs. Autrement dit, les conditions posées ici ont du poids politique, mais pas de caractère contraignant au sens du droit de l'urbanisme. Ce qui ne veut pas dire que la démarche est inutile, loin de là, mais il faut lire ce texte pour ce qu'il est.
J'ai eu un client la semaine dernière, un entrepreneur du bâtiment, il m'a dit exactement ça : on nous ouvre des zones et derrière y'a même pas une route pour y accéder correctement. Lui il avait un chantier vers Saint-Joseph, il me racontait que ses camions faisaient des détours de 20 minutes à chaque rotation parce que la voirie était pas prévue pour. Moi je dis, i fo d'abord mettre les routes, après on construit, pas l'inverse.
3 000 hectares hein.
Mwin lé content qu'on parle enfin de l'eau et des terres irriguées, parce que des décennies de travail ont été mis là-dedans. Bétonner tout ça pour faire des quartiers sans même les routes qui vont avec, les domoun de mon âge ils ont déjà vu ça mal finir.
Ça peut paraître loin du quotidien de mes patients, mais les zones qui s'ouvrent sans routes ni eau potable, c'est souvent là qu'on retrouve ensuite les indépendants qui s'installent dans des locaux impossibles d'accès, avec des trajets épuisants et des coûts d'exploitation qui explosent. La question des infrastructures avant les permis, c'est pas du détail.