Le Département-Région de Mayotte prépare la reprise du port de Longoni au 1er septembre, après que la justice a résilié par anticipation la délégation de service public confiée à Mayotte Channel Gateway (MCG), qui devait courir jusqu'en 2027. L'EPPCM, créé pour piloter cette transition, a tenu sa troisième séance de conseil d'administration et validé à l'unanimité les nouveaux tarifs portuaires.
Ces tarifs avaient été affichés le 4 août, après une première version présentée en commission financière fin juillet, puis retravaillée à la suite des observations du Conseil portuaire. Le sujet était délicat : l'annulation de la délégation de service public tenait en partie aux pratiques tarifaires de l'ancien délégataire, accusé d'avoir appliqué pendant des années des prix sans base légale ni validation officielle. La présidente de l'EPPCM, Zamimou Ahamadi, a noté que la Chambre de commerce et d'industrie, d'abord opposée, a finalement voté pour : « Si on a eu la validation de tout le monde, ça veut dire qu'on a tenu compte des observations. » Les derniers tarifs officiellement validés dataient de 2015. L'établissement a choisi de ne pas les augmenter, malgré l'inflation post-cyclonique, pour préserver le pouvoir d'achat.
Le démarrage est financé par une avance remboursable de 4 millions d'euros consentie par le Département, ajustée aux besoins réels du port. Sur le plan administratif, l'EPPCM a nommé son directeur général, Henri Dupuis, et le budget voté ce 19 août prévoit la reprise des salariés du port conformément à la loi, ainsi que les recrutements et commandes nécessaires.
Un point de friction subsiste avec MCG : la propriété des équipements lourds, notamment les grues et les portiques RTG. Une expertise judiciaire est toujours en cours. Zamimou Ahamadi a indiqué que plusieurs scénarios sont préparés pour éviter tout blocage au moment de la prise en main : « La DSP dit que les grues ce sont des biens du Département. On n'a pas toujours la même lecture avec MCG qui considère peut-être que ce sont ses biens. Donc on est obligé de réfléchir à plusieurs scénarios. Si la solution A ne fonctionne pas, on a la solution B. »
Sur le long terme, les questions restent ouvertes. L'EPPCM est conçu comme une structure de transition, jusqu'à la création d'un Grand Port Maritime de l'État annoncée par le président de la République et inscrite dans la loi — mais aucun calendrier n'a été fixé avec Paris. L'élue Mariam Saïd Kalame a reconnu que la décision de justice a pris tout le monde de court : « On a tous été pris de court par rapport à la décision de la justice d'interrompre la DSP prématurément. Je pense que l'État aussi se trouve dans la même situation que nous ! » Elle a demandé de laisser l'établissement s'installer avant d'aborder la question de la compensation financière due au Département lors du transfert à l'État. La venue annoncée de Sébastien Lecornu à Mayotte la semaine prochaine pourrait rouvrir ce dossier.
« On assure aux Mahorais qu'on sera prêt. On fait tout pour qu'il y ait une continuité du service public parce que nous savons tous que c'est le poumon économique de Mayotte et on ne peut que réussir », a déclaré Zamimou Ahamadi.


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