La FDSEA de La Réunion a publié jeudi 20 août un communiqué dénonçant des importations qu'elle qualifie de « massives » de pommes de terre, alors que la récolte locale bat son plein. Le syndicat accuse importateurs et grandes surfaces de fragiliser les producteurs péi au moment précis où ceux-ci doivent écouler leur production.
Les pommes de terre importées arrivent à des coûts d'approche nettement inférieurs à ceux de la production locale, rendant la concurrence très difficile pour les exploitations réunionnaises, selon la FDSEA. Le syndicat juge le calendrier d'autant plus mal venu que des initiatives récentes, comme la Fête de la Pomme de Terre, cherchaient justement à valoriser la filière, avec le soutien des collectivités.
« Importer massivement des pommes de terre au moment exact où nos agriculteurs récoltent les leurs, c'est un manque de respect inacceptable. On ne peut pas prétendre soutenir l'économie locale et poignarder nos producteurs dans le dos dès que les volumes sont disponibles. C'est juste anormal, et nous ne le tolérerons pas », écrit le syndicat dans son communiqué.
La FDSEA affirme que « la colère dans les champs est à son comble » et indique réfléchir à des actions sur le terrain. L'objectif : défendre le revenu des producteurs et obtenir une régulation des importations lorsque la production locale est disponible. La nature et le calendrier de ces actions n'ont pas encore été précisés.


8 commentaires
C'est marrant, quand les récifs blanchissent on nous explique que c'est la faute des consommateurs qui ne font pas les bons choix. Et là, les producteurs locaux se font écraser et on va encore nous sortir le même discours sur la loi du marché. À Saint-Gilles on vend du rêve avec le péi, les touristes veulent du local, de l'authentique, mais dans leurs assiettes on leur sert de la pomme de terre importée. La cohérence est où ?
Je comprends pas trop comment ça marche légalement. Est-ce qu'il y a des textes qui permettent de bloquer ou de limiter les importations pendant la période de récolte locale, ou c'est juste une question de bonne volonté des acteurs ?
C'est exactement la même chose dans le BTP. On se bat pour décrocher des chantiers sur le péi, on paie nos charges, nos gars au SMIC réunionnais, et on perd des marchés face à des boîtes qui font venir de la main d'oeuvre pas chère de l'extérieur. Les producteurs de patates, les artisans, les maçons, c'est le même combat. Tant que les donneurs d'ordre cherchent juste le moins cher, on tournera en rond.
Je vais vous dire un truc : les volumes qui arrivent, c'est pas du hasard. Les commandes passent des semaines à l'avance, les importateurs savent exactement quand la récolte locale tombe, c'est pas un secret, les calendriers agricoles sont publics. Donc soit c'est une décision commerciale assumée, soit y'a une vraie défaillance de coordination avec les services de l'État. A Maurice ou à Madagascar, ce genre de régulation saisonnière ça existe, c'est pas la lune.
Les actions sur le terrain, on verra. On nous dit ça à chaque fois.
Cette situation rappelle ce que décrit Silvia Federici sur la destruction des économies paysannes locales par les logiques de marché globalisé. Ce n'est pas propre à La Réunion, c'est un pattern qui se répète partout où une filière vivriève tente de s'organiser. La Fête de la Pomme de Terre, les collectivités qui soutiennent, et derrière les containers qui débarquent au même moment : i fo vraiment réfléchir à des mécanismes structurels, pas juste des événements de valorisation.
Ce qui pose problème concrètement, c'est l'écart de coût de revient. Si un producteur local sort sa pomme de terre à 0,80 ou 0,90 euro le kilo et que l'importé arrive à 0,40 sur palette, aucune grande surface ne va jouer le jeu du local sans y être contrainte. Les bonnes intentions ne font pas un compte d'exploitation.
Moi je dois me battre pour mettre du local dans mon menu, j'explique aux clients que la pomme de terre péi c'est une autre saveur, un autre produit. Et pendant ce temps les grandes surfaces cassent les prix avec de l'importé. C'est décourageant franchement, on prêche dans le désert.